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Hubert Reeves : érosion de la biodiversité, l'autre urgence

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Publié dans
le 05.08.14
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Le mercredi 30 juillet, le projet de loi sur la transition énergétique était présenté en conseil des ministres par la ministre chargée du dossier, Mme Ségolène Royal. Objectif : faire de la France un pays plus économe en énergie et, à la fois, promouvoir les énergies renouvelables et devenir moins utilisateur des énergies fossiles et du nucléaire. Je prends acte.

Mon propos est de rappeler une autre urgence. Certes, l'écologie n'a plus le grand ministère du temps du Grenelle, mais quand la volonté existe au niveau gouvernemental, tout ministre peut, sans être d'État, faire de grandes choses. Et l'autre urgence est l'érosion de la biodiversité. L'ambition de faire de la France un État exemplaire en matière de reconquête de la biodiversité est un engagement du président de la République de septembre 2012.

Où en est-on ?

Le projet de loi sur la biodiversité a été présenté en conseil des ministres le 26 mars 2014, Mme Ségolène Royal a fait adopter des amendements intéressants au projet de loi dédié à la biodiversité, par la commission du développement durable et de l'aménagement du territoire de l'Assemblée nationale. C'est un pas en avant. Un petit pas, car j'ai beau scruter le calendrier parlementaire, le vote de la loi n'y figure pas et, comme soeur Anne, je ne vois rien venir.

L'association Humanité & Biodiversité que je préside reste mobilisée, car, faut-il le rappeler une énième fois, nous, les humains, nous faisons partie de la biodiversité et en dépendons. Aucune grande loi depuis 1976, alors qu'il y a péril ! Inscrire le vote de la loi à la session extraordinaire prévue en septembre, voilà qui prouverait qu'on passe des intentions aux actes. Et bien sûr, nous allons le dire au Premier ministre et au président de l'Assemblée nationale.

Source: http://www.lepoint.fr/invites-du-point/hubert-reeves/hubert-reeves-erosion-de-la-biodiversite-l-autre-urgence-01-08-2014-1850873_1914.php (la notoriété de ce billet est notoire sur le site-source !)

Commentaires

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2014-08-05 09:51:10 +0200

Préserver ce qui reste d'espaces de nature, restituer la biodiversité dans des endroits où elle a été fortement érodée est une priorité, et passe, à mon sens, devant la nécessité de diminuer la part de l'énergie nucléaire dans la fourniture d'electricité. D'ailleurs, cette diminution ne pourrait pas se faire sans un travail intelligent aboutissant à une diminution de la consommation (NEGAWATT).

Les espaces naturels, même s'ils sont, en France, souvent façonnés ou remaniés par les actions de l'Homme, doivent être protégés de l'extension du béton, du bitume, des tôles des zones commerciales, d'une agriculture intensive aux pratiques incompatibles avec la biodiversité. Des haies pourraient être reconstituées à des endroits où elles ont été rasées pour faciliter le travail des tracteurs...Comme dans la Biovallée de la Drôme (territoire expérimental de la région Rhône-Alpes où 30% de la surface agricole est cultivée en agriculture biologique, ce pourcentage ne faisant qu'augmenter avec le temps -et il atteint 60% dans la commune de Chatillon-en-Diois), divers territoires pourraient être convertis à l'agriculture biologique, et des aides pourraient être allouées à cette pratique agricole plus qu'à l'agriculture intensive et aux élevages extensifs...La présence du loup étant un atout pour la biodiversité, il s'agirait aussi d'inciter financièrement les petits éleveurs plus que les gros élevages concentrationnaires...et de leur permettre de payer un berger pour surveiller le troupeau 24h/24 avec un patou....Il ne faut pas oublier non plus que, si la pratique du pastoralisme est bonne pour la bidiversité, en revanche, certains type de pâturage lui nuisent: dans le beau département du Cantal, brouté par de belles vaches de type Salers, beaucoup de prés sont engraissés aux engrais chimiques, ce qui conduit à une importante eutrophisation des rivières, fait que j'ai constaté il y a 3 ans lorsque nous sommes allés en vacances là-bas...A d'autres endroits, comme le Parc national des Ecrins, les élevages sont trop nombreux, les éleveurs trop quérulents, et cela aboutit à de situations déséquilibrées qui font perdre au parc naturel sa vocation première…

Tout notre système de croissance, urbanisation, production agricole, est donc à repenser… Et il faut aussi veiller aux conflits d'intérêts !

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2014-08-16 11:52:41 +0200

En matière d'énergies renouvelables, savez vous que les associations de protection de la nature se retrouvent souvent contre le ministère de l'écologie au tribunal administratif et ce de plus en plus souvent !
Sur des sujets aussi différents que
- l'hydroélectricité, où un tuyau de centrale peut assécher un écosystème montagnard sur 5 ou 6 kms : la micro centrale a le droit de prélever 90% de l'étiage (niveau le plus bas des eaux). Même en présence d'écosystème remarquable ou d'espèces protégées, l'association peut perdre au tribunal.
- L'éolien ne tient pas compte des territoires de chasse des grands rapaces comme le faucon crécerelle qui lui, ne changera pas ses habitudes. Si vous passez par argeles gazost dans les hautes pyrénées, allez voir les nombreux vautours fauves blessés recueillis par le parc animalier d'argeles gazost, et provenant du secteur des éoliennes coté espagnol.
- le bois énergie : catastrophes écologiques annoncées! Les chaudières à granulé ont le vent en poupe, on met en avant leurs performances énergétiques. Plusieurs méga entreprises s'installent actuellement. Le gros souci : le bois est réduit à l'état de copeaux, alors les essences plantées et le mode de traitement importent peu. Exemple : les milliers d'hectares de robinier faux acacia qui vont être replantées dans les friches agricoles en lisière forestière (contrats directs avec les agriculteurs). Le robinier va complètement bouleverser les écotones, apporter des problèmes en termes de sols, d'eau, de biodiversité. Une fois installé, il sera pratiquement impossible de passer du robinier à une autre essence.
MAIS les énergies renouvelables ont le vent en poupe dans le coeur des français, à qui l'on ne dit pas tout .... La stratégie du réchauffement climatique est une arme redoutable. Elle permet de valider des projets insensés et cela, l'industrie le sait bien.

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À propos de l'auteur

Humanité et Biodiversité, est une association loi 1901, reconnue d’utilité publique, agréée au titre de la protection de la nature. Elle est actuellement présidée par Bernard Chevassus-au-Louis, et Hubert Reeves est devenu son président d'honneur. Humanité et Biodiversité mène une action de plaidoyer et d'influence pour faire émerger dans la société les défis posés par l’érosion de la b...

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