POPULARITÉ
3753

Hubert Reeves : "L'économie circulaire a de l'avenir"

Éditer
Publié dans
le 07.10.14
20141006_1_2_7_1_1_obj7340049_1

Notre président, Hubert Reeves, était grand témoin le 6 octobre 2014 au congrès national des Chambres de Commerce et d'Industrie, à Arles (CCI).

Son interview parue ce jour-là dans la presse régionale :
La Chambre de commerce et d'industrie du pays d'Arles organise, aujourd'hui et demain, en partenariat avec son homologue marseillaise, le congrès national des CCI dédié au développement durable. Avec pour thème l'économie circulaire. Un sujet de plus en plus porteur. Entre les ateliers et conférences, la CCI d'Arles a convié l'astrophysicien franco-canadien Hubert Reeves comme "grand témoin". À 82 ans, celui que la France a découvert lors des fameuses "Nuits des étoiles" reste un militant infatigable de la cause environnementale.

Vous serez le grand témoin de ce colloque sur l'économie circulaire. En quoi ce thème vous est-il cher ?
Hubert Reeves : Pour ma part, j'ai découvert ce concept lors du Grenelle de l'Environnement qui fut un grand moment positif dont il faudrait retenir et appliquer bon nombre des accords trouvés à l'époque. L'économie circulaire vise à limiter fortement les matières premières et l'énergie pour concevoir des produits utiles. Cela me va. Je ne suis pas économiste mais je pressens qu'elle a de l'avenir. Par la force des choses, il faut apprendre à faire mieux avec moins, se souvenir que la nature ne fait pas de déchets. C'est là une des recettes de son succès !

Le fait que les entreprises, à travers les Chambres de commerce et d'industrie, se saisissent de cette question est-il un signe positif ?
H.R. : Elles intègrent des réalités qui vont devenir de plus en plus claires. Aucune des ressources minérales n'est inépuisable, les énergies non renouvelables ne le sont pas. Prendre en compte, à chaque étape, les impacts d'une production sur la nature va devenir une constante. Celui qui entreprend cette démarche est un pionnier d'un futur supportable. Car un tel futur ne va pas de soi. Il faut le vouloir, commencer à le construire avec d'autres préoccupations, différentes de celles des époques antérieures. On a maintenant ajouté la motivation environnementale à celles sociales et économiques. C'est la condition nécessaire de la pérennité. Il s'agit, dans un contexte plus complexe, d'évoluer intelligemment. Ne pas être en retard sur les avant-gardistes dans un monde où la compétitivité est un critère majeur.

Quelles peuvent être les applications de l'économie circulaire dans le futur ? Peut-on imaginer que l'ensemble de l'économie soit régie par ce système ?
H.R. : L'économie circulaire ne tolère guère les déchets inutilisés, on peut supposer que des entreprises jusqu'à présent sans liens entre elles vont se rapprocher, les déchets de l'une devenant la matière d'une autre. Un exemple que j'ai retenu est celui d'une coopérative betteravière de l'Aube qui utilise du sable pour le lavage des tubercules. A la fin de l'opération, une entreprise de travaux publics voisine vient le récupérer pour ses chantiers alors qu'auparavant, il était stocké, inutilisé. Il faut éviter le gaspillage. Cet esprit va sans doute développer l'imagination des entrepreneurs qui ont besoin de telles expérimentations.

En quoi votre parcours d'astrophysicien vous a-t-il poussé à vous intéresser, plus largement, au développement durable ? Entre les étoiles et la Terre, on imagine parfois qu'il y a un monde…
H.R : Ayant traversé toute la seconde moitié du siècle précédent, j'ai vu la situation se détériorer et la crise écologique s'amplifier depuis le nouveau siècle. Ayant des petits-enfants qui vivront à travers ce XXIe siècle, je suis préoccupé de savoir quelles conditions ils rencontreront. Dérèglements climatiques et perte de biodiversité sont des épées de Damoclès au-dessus de toutes les têtes. Je suis volontairement optimiste et, en tous cas, très déterminé à contribuer à faire bouger les lignes. C'est pourquoi je suis devenu président d'une association qui agit auprès des décideurs. Elle réunit beaucoup de nos concitoyens et montre l'exemple en créant des Oasis Nature pour favoriser la biodiversité...

Le congrès a lieu à Arles, en Provence. Avez-vous des liens particuliers avec cette région ?
H.R. : La Provence, ce sont de bons souvenirs à Aix, des monuments romains impressionnants et l'originalité de la Bambouseraie d'Uzès, la Camargue et ses flamants roses, le Luberon et ses lavandes...Quant à Arles, elle fut immortalisée par Van Gogh, et je trouve réjouissant qu'un musée lui soit consacré. J'ai aussi une pensée pour Gauguin et surtout pour les tournesols...

Sylvain Pignol

Voir nos propositions en matière d'économie circulaire

Commentaires

À propos de l'auteur

Humanité et Biodiversité, est une association loi 1901, reconnue d’utilité publique, agréée au titre de la protection de la nature. Elle est actuellement présidée par Bernard Chevassus-au-Louis, et Hubert Reeves est devenu son président d'honneur. Humanité et Biodiversité mène une action de plaidoyer et d'influence pour faire émerger dans la société les défis posés par l’érosion de la b...

Réputation
Découvrir la biodiversité #1f6929 decouvrir-la-biodiversite 607151
Patrimoine naturel #81A23E patrimoine-naturel 271362
Ménagement du Territoire #D05D10 menagement-du-territoire 101102
Cadres institutionnels #B36281 cadres-institutionnels 189244
Économie et Biodiversité #723DC4 economie-et-biodiversite 41976
Transition écologique #168DBE transition-ecologique 227812

Ses derniers articles

Powered_by_tinkuy