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Inondations et biodiversité / 3

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Publié dans
le 09.02.18
Mare1876

La biodiversité lors d’inondation

Les inondations provoquent des déplacements de faune et augmentent la mortalité des animaux.

Le grand danger pour la faune aquatique c'est la décrue.

Les poissons risquent de se retrouver piégés dans des zones où ils ne devraient pas être, où ils ne peuvent pas survivre. On cite toujours, lors de fortes crues, des truites en plein champ, à plus de 30 mètres du cours d'eau. De plus, beaucoup de petites espèces de poissons sont emmenées vers l'aval, avec le flux d'eau important. Ils vont se retrouver quelquefois très loin des territoires desquels ils sont partis. Ceux qui nagent très bien, comme les salmonidés, les truites, peuvent revenir assez vite. Par contre ceux qui ne sont pas de bons nageurs, comme les carpes, les cyprinidés, auront du mal à revenir dans la zone initiale. Or dès qu'on est dans une zone qu'on ne connaît pas, le danger augmente, on est plus exposé aux prédateurs.

Chaque inondation génère aussi un problème de pollution.

L'humain a empoisonné certains sols. Tous les métaux lourds, les perturbateurs endocriniens, tout cela va se retrouver dans la rivière et dans l'estuaire. L'impact sur la zone marine estuarienne est très important. Une arrivée d'eau douce massive, transportant toutes les saletés que l'humain a accumulées débarque ainsi brutalement dans une zone particulière. Même le milieu marin peut en être affecté.
Lors des inondations de juin 2016, on était en époque de nuptialité, reproduction et nidification pour la faune et de floraison, fructification et dissémination des graines pour la flore. Les oiseaux qui ont niché près du lit du fleuve, ont eu leurs nids emmenés, les nichées ont été détruites.
L'envahissement des zones terrestres rapide (il a été plus lent lors de la crue de janvier 2018), comme cela s'est passé en juin 2016, a détruit toute une partie de la faune terrestre qui se trouvait trop près du lit de la rivière.
Comme pour la faune aquatique, on observe des déplacements : des radeaux faits d'accumulations de feuillages, branches cassées, de troncs d'arbre... La faune, que ce soit des insectes, des serpents, des grenouilles, des rats, des mulots, s'accroche aux éléments qui flottent. Ces radeaux vont s'échouer. Quand ces animaux se retrouvent tous accumulés sur des zones particulières, la nourriture va être plus difficile à trouver, les prédateurs vont reprendre leur activité. Certains poissons comme le Brochet vont affectionner les prairies inondées au printemps pour se reproduire, les alevins retournant ensuite dans le lit mineur. Les amphibiens quad à ceux apprécieront les mares temporaires pour se reproduire et pourront ensuite se débrouiller en milieu terrestre.

Ces inondations créent des perturbations évidentes sur le vivant.même si ce n'est pas l'événement le plus catastrophique pour la biodiversité

Des déplacements massifs de faune ont lieu. Mais rien de comparable avec une pollution massive comme l'empoisonnement d'un cours d'eau. La faune commune emportée par les inondations n’est qu’une part infime de la biodiversité et sera remplacée rapidement. Et tout un cortège spécialisé va en profiter. Tous ces évènements cycliques sont inscrits dans la résilience de la Nature.

De nombreux organismes se laissent transporter par les eaux de ruissellement.Nombre de plantes aquatiques laissent le vent pousser leur graine sur l'eau ; cette forme de dissémination s’appelle hydrochorie. Les graines ainsi transportées finissent par accoster une berge ou pourrir et laisser les graines tomber au fond de l'eau pour germer.

A titre d’exemple on citera le peuplier noir (Populus nigra ). Les graines de cette espèce pionnière sont pauvres en réserves, et ont besoin de coloniser des sols riches et dénués de végétation abandonnés juste après une période d’inondation. Dans de telles conditions (soleil, sol riche, humidité), l'arbre poussera très vite et la régénération sera rapide accompagnée d’un cortège de plantes l’accompagnant (saules notamment) recréant très vite une ripisylve.
L'hydrochorie concerne les arbres mais aussi beaucoup de mousses, fougères et plantes supérieurs, lichens ou champignons qui disséminent leurs fruits, graines ou tout matériel végétal susceptible de prendre racine en aval (bouturage naturel). De même pour les pontes ou libérations de larves par divers organismes aquatiques animaux.
Ces matériels peuvent ainsi passer d'un état flottant (radeau) à immergé, permettant à certaines plantes de germer sur le fond du cours d'eau.
L'hydrochorie influence certes fortement la distribution des espèces (espèces pionnières en particulier) mais aussi génétiquement en facilitant un flux génique élevé au sein d'une population, et ainsi accroître la diversité génétique dans les populations même si le déplacement se fait majoritairement dans le sens du courant, de l'amont vers l'aval. Néanmoins, des espèces hydrochores sont aussi souvent zoochores (transportées par les animaux) et ainsi transportées vers l'amont (par zoochorie comme par exemple : Rorippa sylvestris, cresson sauvage). Les oiseaux surtout remontent des graines vers la source du cours d'eau. Plus souvent, les crues dispersent les propagules dans la plaine inondable où certains animaux pourront éventuellement aussi transporter certaines propagules (sur leur pelage par exemple) vers les annexes hydrauliques des cours d'eau ou vers l'amont. Le rôle des poissons dans le transport de propagules végétales ou leur remise en circulation, y compris contre le courant, c'est-à-dire vers l'amont est peu étudié mais doit être considéré notamment par la consommation de graines et fruits de certaines espèces de poissons.

L'homme, via les endiguements, l'artificialisation et la régulation des cours d'eau, les seuils artificiels et les grands barrages a limité cette forme de dispersion en réduisant les débits de pointe (et donc la capacité de dispersion), en modifiant les calendriers naturels de dispersion, et parfois en présentant des barrières physiques (grands barrages).

Une étude suédoise a montré qu’une rivière très fragmentée par des barrages, par rapport à une rivière comparable sans barrages, avait une biodiversité nettement moins élevée du fait que les les propagules circulaient mieux dans les rivières non fragmentées (Andersson, E.; Nilsson, C.; Johansson, M. E. (2000), Effects of river fragmentation on plant dispersal and riparian flora ; Regulated Rivers: Research and Management Volume: 16 Issue: 1 Pages: 83-89).
Ces phénomènes décrits sont à moins considérer lors de crues hivernales du fait de la phénologie des espèces.

Les inondations contribuent au maintien de la biodiversité et à la qualité des paysages;
Les zones inondables sont une mosaïque de milieux humides temporaires très divers tels que forêts (ripisylves), prairies, roselières, bancs de graviers, etc. Les forêts alluviales rhénanes par exemple ont une productivité exceptionnelle grâce aux inondations estivales du Rhin. La très grande diversité d’habitats profite à de nombreuses espèces animales et végétales (mammifères, oiseaux, insectes, batraciens, reptiles, flore herbacée ou arbustive, ...). Les zones inondables sont aussi des relais pour les espèces migratrices (espaces de repos).

Vignette: Une zone tampon inondée. ©P.Hirbec
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