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Inondations et biodiversité / 4

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Publié dans
le 10.02.18
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Position d’Humanité & biodiversité

On est surpris par l'ampleur de ces épisodes de crue: pour celle de juin 2016 surtout par les trop nombreux morts qu’elle a causés et, pour les deux épisodes, par le montant très élevé des dégâtss.

Difficile de dire si ces inondations sont liées au changement climatique. Mais, il est annoncé par les prévisionnistes de plus en plus d’évènements extrêmes, et les derniers rapports du GIEC conduisent à considérer comme probable en Europe de l’ouest une stabilisation des précipitations annuelles, avec une augmentation des pluies en hiver compensant une baisse en été. Les crues hivernales du type de celle de janvier 2018 pourraient donc devenir plus importantes, et il est donc nécessaire de se préparer à une fréquence de ce genre d'événements plus grande qu'auparavant.
Il faut se poser clairement en matière d’inondation la question de l'influence de l'homme et des logiques économiques en œuvre.

  • On a détruit et asséché les zones humides.
    Les zones humides ont un rôle d'éponge, elles stockent de l'eau à des niveaux importants et la restituent lentement sur de longues périodes. On a détruit les zones humides, alors quand il pleut, l’eau va dans les rivières et les fleuves, et en cas de pluies abondantes provoque une inondation. Et s'il ne pleut pas, cela provoque une sécheresse.
    Les inondations récurrentes ne sont donc pas le seul fait de la nature. Il est indiscutable que l’artificialisation des sols ( immeubles, routes, zones commerciales et industrielles et autres infrastructures) a une incidence sur la répétition des inondations en augmentant la quantité d’eau qui ruisselle au lieu d’être absorbée et leur coût humain et financier. La réduction drastique en certaines régions des haies et talus enherbés et boisés (ripisylves) qui régulaient l’écoulement des eaux est également responsable de l’impact des inondations ainsi que certaines pratiques aberrantes (cultures et plantations de fruitiers et vignes parallèlement à la pente ).

  • L’appauvrissement des sols agricoles est facteur d’inondation.
    En effet, un sol agricole riche en matière organique et en biodiversité (micro organismes, collemboles, acariens, vers, larves diverses, hyphes de champignons …) fonctionne aussi comme une éponge (capacité d’absorption de l’eau en partie stockée dans le sol et en partie qui va s’infiltrer dans le continuum souterrain des eaux).
    Plusieurs études (Rodal institue notamment) estiment qu’un sol agricole riche augmente de 20 % la capacité d’absorption de l’eau par rapport à un sol appauvri. 100 km2 c’est environ 1,4 milliards de litres d’eau stockée et infiltrée. Imaginez alors la capacité d’absorption des quelques 29 millions d’ha de surface agricole utile de notre pays.

L’homme doit davantage intégrer dans son aménagement du territoire le fonctionnement d’un cours d’eau et la nécessité de zones inondables pour le réguler.
En construisant sur ces zones et en voulant contenir les cours d’eau, l’homme augmente les risques et va au-devant de dégâts énormes.
Les enjeux sont liés aux fonctions attribuables aux zones inondables par l’homme : à la fois des lieux supports du développement des activités économiques et des milieux ressources pour la dynamique des hydrosystèmes et la biodiversité.

  • Concilier développement économique et préservation des milieux naturels est donc l’enjeu global lié à la gestion des risques d’inondation.
  • Restaurer les rivières et les zones humides afin de permettre une meilleure infiltration des eaux de pluie dans les nappes phréatiques.

On peut apprendre beaucoup grâce aux traditions des habitants des bords des fleuves : les bâtiments sur pilotis ou les pratiques des pêcheurs professionnels.

On dirait que parfois, la mémoire des hommes est très courte. Ceux qui vivent une crue centennale se sentent tranquille à l’idée que la prochaine se produira dans cent ans. Ils ne seront probablement plus là ! En réalité, il s’agit d’une définition statistique, et non d’une prévision chronologique : la crue centennale est celle qui a une chance sur 100 de se produire chaque année. Le fait qu’elle se soit produite l’an dernier (ou en 1910…) ne change pas sa probabilité de se produire à nouveau cette année, qui est à nouveau de 1/100, comme l’an dernier.

La question des pollutions induites par les inondations doit être pleinement prise en compte en phase de décrue.
Les sites industriels anticipent l'arrivée des eaux en mettant en sécurité les dépôts de produits chimiques et les installations sensibles mais il est important de ne pas baisser leur vigilance. Des pollutions par les hydrocarbures, générées notamment par des débordements de cuves de particuliers et des fûts d'huiles usagées dans les garages. Il est nécessaire de procéder dès que possible au nettoyage des zones inondées une fois que l'eau s'est retirée. Des mesures particulières sont prévues pour faciliter la gestion des déchets générés par ces inondations. Un guide a été largement diffusé en ce sens par le Ministère en charge de l’écologie. Des zones temporaires de transit ont été créées pour stocker les déchets en toute sécurité. Une fois l’inondation passée, il ne faut pas oublier la problématique de la dépollution des sols. Après chaque inondation un diagnostic en la matière devrait être rendu avec des avis et conseils sur le nettoyage des sols, l’identification des produits présents et les produits à utiliser pour la dépollution.

La question des ouvrages de rétention d'eau et de leur localisation se pose pour réduire l'ampleur des montées d'eau en épisode de crue.
Il a été constaté lors de ces inondations de juin 2016 que de nombreux secteurs urbains inondés n'étaient pas dus à la Seine ou même à ses grands affluents, mais à des affluents plus petits (cas de Longjumeau ou de Corbeil-Essonne).

Pour faire face à ces inondations:

  • les pouvoirs publics proposent souvent lors des lendemains médiatisés de tels évènements des solutions lourdes (construction de digues, barrages, cuves enterrées, systèmes de canalisations, surdimensionnement des installations de gestion de l’eau, casiers, drains, rehaussement des berges, etc.). Bien qu’efficaces, ces solutions sont très onéreuses tant dans leur construction que dans leur entretien et viennent renforcer l’artificialisation, qui, paradoxalement, est à l’origine d’un accroissement des risques d’inondations en aval.

  • d’autres solutions doivent continuer à être explorées ; celles fondées notamment sur la préservation et la reconquête des écosystèmes. Ces solutions d’ingénierie écologique peuvent être utilement mixées combinant ingénierie écologique et ingénierie civile. En matière d’inondation, là où c’est possible la reconstitution d’une zone tampon, véritable écosystème à fonctionnalité de filtre et d’écrêtage est souvent moins onéreuse que les solutions plus lourdes.

Mais déjà des réactions en ce sens se font jour. Profitant des retours d’expérience des dernières inondations, plusieurs organismes et collectivités locales ont réagi. On citera à ce propos les alternatives de gestion du fleuve mises en place

  • le programme Loire vivante,
  • les travaux en vallée de la Bièvre
  • ou ceux de Natureparif qui a développé concrètement au cas des crues le concept lancé par l’UICN (Union mondiale pour la Nature) celui- des solutions fondées sur la Nature.

Le gouvernement par l’intermédiaire de son secrétaire d’Etat Sébastien Lecornu, secrétaire d’Etat auprès de Nicolas Hulot, mentionnait que l’Etat développerait les plans de prévention aux risques d’inondations dans 1900 communes supplémentaires. Nul doute que la mise en place de bassins de rétention et de milieux naturels tampons sera au cœur du retour d’expérience de ces inondations 2018.
Mais ces démarches devront être menées avec une véritable concertation, bien expliquées pour éviter les tensions possibles entre des intérêts divergents. Aujourd’hui le ministre d’ETAT s’engage dans un large débat autour d’un Green New Deal qui devrait inciter les acteurs économiques à réorganiser leurs modes de production en faveur d’un autre type de développement. Le cas des inondations sera un bon test de la mise en place raisonnées et diverses des mesures visant à prévenir plutôt que réparer.

Les enjeux sont considérables et à une échelle plus modeste les OASIS NATURE de notre association ont leur place.

A leur niveau, les OASIS NATURE - à travers les engagements que prennent leurs détenteur - sont aussi un cas concret des considérations de base à avoir pour intégrer le risque inondations. Le retour d’expérience de nos OASIS subissant les inondations sera à cet égard riche d’enseignement.

Vignette:©P.Hirbec
Publication précédente: http://www.humanite-biodiversite.fr/article-asso/inondations-et-biodiversite-3

Ci-dessous le dossier complet

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