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Proposition 1 : Renforcer la connaissance de la biodiversité sur l’ensemble de notre territoire

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Publié dans
le 22.03.17
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Thème : Connaissance et dialogue environnemental

Proposition 1 : Renforcer, en mobilisant tous les acteurs, la connaissance de la biodiversité sur l’ensemble de notre territoire.

Notre connaissance de la biodiversité française, même en métropole, est encore très partielle, tant en termes de couverture géographique que d’espèces considérées. En outre, l’état de la biodiversité ne fait généralement pas l’objet de suivis réguliers, d’où des tensions fréquentes lors d’aménagements révélant une biodiversité inattendue.
Il convient donc de sensibiliser à cet enjeu et de développer une démarche pluriannuelle coordonnée d’inventaires, en y associant étroitement les habitants de tous âges.

Alors que la France est, du fait de la diversité biogéographique de ses territoires terrestres et marins allant des milieux polaires aux milieux intertropicaux, considérée comme l’un des pays du monde les plus riches en biodiversité, notre connaissance de cette biodiversité est encore très parcellaire.

Un inventaire encore très partiel

Même en France métropolitaine, ou la liste des espèces présentes est à peu près stabilisée pour les vertébrés et les plantes à fleurs, il n’est pas rare que des études utilisant des méthodes scientifiques modernes ne révèlent qu’une espèce «familière» est en fait constituée de plusieurs espèces à l’apparence semblable, mais qu’il convient de gérer comme des entités distinctes. C’est par exemple le cas de plusieurs espèces de poissons et notamment du brochet commun, pour lequel on a identifié récemment trois espèces différentes.

En outre, au-delà de la simple présence ou absence de ces espèces sur notre territoire, leur répartition géographique et leur abondance (qui conditionne à la fois son rôle écologique et son risque d’extinction) sont souvent connues de manière imprécise et ponctuelle, à l’exception de quelques groupes comme les oiseaux communs (le programme STOC du Muséum) ou les papillons diurnes, pour lesquelles on dispose de données temporelles fiables (et préoccupantes) depuis une trentaine d’années.

En conséquence, il n’est pas rare que des inventaires réalisés dans le cadre d’études d’impact liées à des grands projets d’aménagement ne révèlent la présence inattendue d’espèces protégées. Cette découverte tardive génère souvent des tensions entre les naturalistes et les maîtres d’ouvrage, compréhensibles mais qui ne contribuent pas à donner une image positive de ces inventaires de biodiversité, à l’image de la célèbre affaire du pique-prune, insecte dont la découverte avait bloqué les travaux de l’autoroute A26.

La situation est, de loin, encore plus préoccupante pour la faune et la flore des sols, pour les milieux marins et pour les départements et territoires d’outre-mer, dont on sait qu’ils recèlent une biodiversité considérable et originale mais dont l’inventaire reste en grande partie à réaliser, notamment en Guyane, en Nouvelle-Calédonie et dans les iles du Pacifique. Là aussi, le fait que cette biodiversité ne soit souvent révélée que dans le cadre de projets d’aménagements (barrages, exploitation minière…) est extrêmement contre-productif.

La nécessité d’une approche dynamique

Enfin, ces inventaires souvent ponctuels ne sont pas adaptés au caractère dynamique et évolutif de la biodiversité, en particulier dans la perspective des changements climatiques mais aussi de l’arrivée permanente, du fait des activités humaines, de nouvelles espèces sur notre territoire. On sait en effet que, face à ce phénomène, seule une détection précoce de ces foyers d’introduction peut permettre le déclenchement de moyens efficaces d’éradication, lorsque celle-ci sera jugée nécessaire.

De nombreuses initiatives de la société civile

Face à ce déficit de connaissances, de nombreuses initiatives ont été prises, et depuis longtemps, par la société civile, associations de naturalistes, association de protection de la nature, qui contribuent de manière majeure à l’alimentation des bases de données pour certains groupes d’espèces (en particulier les oiseaux, les plantes terrestres, les paillons diurnes).

Plus récemment se sont développées des opérations de recherche participative visant à associer un plus large public à ces inventaires, en s’appuyant souvent sur les techniques du numérique (Atlas de biodiversité communale, Vigie Nature, observatoires de la biodiversité agricole…). Mais ces données, pour être exploitables et, surtout, mise à disposition de tous, doivent faire l’objet d’une coordination, d’une certaine standardisation des protocoles d’observation et d’une validation impliquant le recours à des professionnels qualifiés.

C’est pourquoi notre association propose :

  • de soutenir les actions de sensibilisation aux enjeux de la biodiversité, en mobilisant tous les acteurs de la société (éducation à l’environnement, culture scientifique et technique, associations professionnelles…) ;
  • de renforcer de manière importante le soutien à l’ensemble des opérateurs qualifiés, amateurs ou professionnels, impliqués dans la collecte et le suivi temporel de données sur la biodiversité de notre pays, dans l’ensemble de ses territoires ;
  • de mettre en place une contractualisation pluriannuelle longue (au moins cinq ans) entre ces opérateurs et l’Agence française pour la biodiversité, afin d’inscrire ces inventaires dans un schéma national cohérent ;
  • de définir un dispositif permettant d’encourager la réalisation d’Atlas de la biodiversité communale lors de l’élaboration des documents d’urbanisme ;
  • de privilégier les opérations « participatives », associant largement les habitants de tous âges à la réalisation, mais aussi à la conception et à l’analyse de ces inventaires, afin de favoriser une véritable appropriation sociale de notre patrimoine naturel. Ces différentes opérations pourraient s’intégrer dans le cadre d’une relance forte de la stratégie nationale de la biodiversité et dans l’optique de répondre aux objectifs 2020 de la convention pour la diversité biologique, dont notre pays est signataire.

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À propos de l'auteur

Humanité et Biodiversité, est une association loi 1901, reconnue d’utilité publique, agréée au titre de la protection de la nature. Elle est actuellement présidée par Bernard Chevassus-au-Louis, et Hubert Reeves est devenu son actif président d'honneur. Humanité et Biodiversité mène une action de plaidoyer et d'influence pour faire émerger dans la société les défis posés par l’érosion d...

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