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Proposition 10 : Traiter les enjeux de l’articulation énergie / biodiversité en respectant la démocratie participative et en prenant en compte toutes les dimensions du développement durable

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Publié dans
le 22.03.17
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Thème : Urbanisme, énergie, climat

Proposition 10 : Traiter les enjeux de l’articulation énergie / biodiversité en respectant la démocratie participative et en prenant en compte toutes les dimensions du développement durable.

La Biodiversité a un rôle fondamental à jouer tant à l’égard de l’atténuation que de l’adaptation aux changements climatiques. Mais pour qu’elle puisse tenir ce rôle, encore faut-il que les politiques énergétiques la prennent en compte. Or, la trajectoire énergétique de la France à l’horizon 2050 vient de faire l’objet d’une série d’instruments, tant législatifs que programmatiques, au cœur desquels figure la loi de transition énergétique du 17 août 2015. Se pose dès lors, au regard des multiples stratégies associées, le problème d’une cartographie des priorités à poursuivre. L’articulation triangulaire climat / énergie / biodiversité doit dès lors être appréhendée à la fois sous l’angle d’une démocratie participative exemplaire, et dans toutes les dimensions du développement durable, économique et social inclus.

Le contexte politique qui caractérise la relation triangulaire énergie / climat / biodiversité se traduit, en cette période présidentielle, par deux mouvements : d’un côté, la résurgence agressive d’un climatoscepticisme stimulé par l’élection de Donald Trump, mais qui se manifeste également de ce côté-ci de l’Atlantique ; de l’autre, une réaffirmation virulente du rôle de l’énergie nucléaire en tant que source d’énergie « décarbonée », présentée comme une solution incontournable afin de répondre au défi climatique. Ces deux mouvements traduisent une crispation manifeste autour de ces enjeux, ainsi qu’un retour possible au conservatisme.

Cette tendance au basculement intervient alors que la France vient de se doter de trois instruments visant à définir la politique énergétique pour les années à venir : la loi de transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) du 17 août 2015, sa déclinaison programmatique sous forme d’une « programmation pluriannuelle de l’énergie » (PPE), et le décret traduisant cette dernière. En pratique, ces trois instruments fondamentaux s’accompagnent d’un ensemble de stratégies nationales, comme la « Stratégie de mobilisation de la biomasse » ou la « Stratégie nationale bas-carbone », objet de processus de consultation, voire de co-construction, auxquels H&B participe. Ces outils, considérés conjointement, doivent idéalement contribuer à l’atteinte de l’objectif consistant à diminuer par 4 nos émissions de GES à l’horizon 2050, effort nécessaire d’après le GIEC pour limiter la hausse du réchauffement à + 2°. De fait, la LTECV prévoit une baisse de 75% des rejets de GES à l’horizon 2050, une montée des énergies renouvelables à 30% du mix énergétique à la même échéance, et une baisse de la part du nucléaire à 50% de la production électrique à l’horizon 2025.

Mais par-delà ces éléments à la fois normatifs et stratégiques, se pose le problème d’une cartographie des priorités à poursuivre. Ce problème peut être envisagé selon plusieurs focales. D’un côté, on peut certes mettre en avant des objectifs primordiaux, conformes en leur principe aux finalités de la COP 21, consistant à sortir collectivement des énergies fossiles et à se diriger vers un monde « décarboné », ou bien encore à poursuivre l’effort de réduction de la consommation d’énergie. De l’autre, il importe de réintroduire la biodiversité dans ces débats, en faisant en sorte qu’elle ne serve pas de variable d’ajustement dans les arbitrages cruciaux à effectuer, sachant que toutes les modalités de production et de distribution de l’énergie emportent d’ores et déjà des effets défavorables sur la biodiversité, et qu’il en va de même en ce qui concerne le nucléaire (rejet d’eaux chaudes) ou les énergies renouvelables dites ENR (impact foncier du photovoltaïque, impact sur la faune et impact paysager de l’éolien, etc). Dans un contexte par exemple où la stratégie de mobilisation de la biomasse prévoit la fourniture de 2,1 millions de tonnes équivalent-pétrole (Tep) à l’horizon 2026, comment faire en sorte que cette montée en charge épargne la biodiversité forestière ? Et comment maintenir plus globalement la capacité des écosystèmes à participer à l’adaptation aux changements climatiques ?
Attentive aux enjeux de la qualité de la décision publique, notre association souligne l’importance des consultations et de la démocratie participative, et ce y compris à l’égard de la question du nucléaire. Rappelons en effet que celle-ci a été largement soustraite, pour ne pas dire escamotée de la PPE pour être externalisée dans le « plan stratégique » d’EDF, non soumis à consultation publique, manœuvre qui ne paraît pas acceptable. Mais cette vigilance doit pouvoir s’exercer, plus largement encore, sur toutes les dimensions du développement durable sous-jacentes à cette articulation énergie / biodiversité. En effet, en superposition aux problématiques déjà évoquées à l’instant, interviennent encore la question proprement économique (prise en compte des coûts financiers prévisibles du maintien, du développement, voire au contraire du démantèlement des filières actuelles) et la question sociale (efficacité relative des filières à l’égard de l’emploi ou, pourrait-on dire, « intensité en emploi » comparée des différentes filières). Sous ce dernier angle, correspondant à l’évolution du nombre d’emploi par unité de puissance installée, plusieurs études relativement récentes montrent qu’à coup égal, miser sur les ENR sera, demain, plus fortement créateur d’emploi que dans les filières conventionnelles et nucléaires (IRENA 2013, Rutovitz et Harris 2012) : en ce domaine-ci comme dans d’autres, nous sommes à la veille, et peut-être déjà au cœur, d’un « croisement des courbes » qu’il importe de documenter.

Compte tenu de ces éléments, Humanité et Biodiversité :

  • Rappelle la nécessité de respecter les objectifs inscrits dans la loi de transition énergétique ;
  • Rappelle le besoin de concertations claires et conformes à ce que prévoient les directives européennes en ce qui concerne tous les « plans et programmes » intéressant l’avenir énergétique et climatique de la France, ce dont n’a pas bénéficié en son temps la PPE, en raison notamment de la non prise en compte des observations de l’Autorité environnementale ; et s’inquiète de l’exclusion du nucléaire des consultations et concertations sur la PPE ;
  • Propose que les coûts et avantages respectifs du développement d’une production électrique décarbonée soient comparés, notamment autour de deux scenarii mettant respectivement l’accent sur le maintien en activité des réacteurs nucléaires actuellement exploité et sur une montée en charge substantielle de l’électricité renouvelable hors-hydroélectricité, mais sans omettre l’intégralité des coûts prévisibles appelés à peser sur l’industrie nucléaire et en incluant, dans toute la mesure du possible, l’ « intensité en emploi » respective de ces deux scenarii ;
  • Souligne que la biodiversité, victime du changement climatique, est également un élément fort de solution aux défis posés par ce dernier et ce, tant en termes d’atténuation que d’adaptation ;
  • Invite à mettre en place des « solutions fondés sur la nature » aux fins de cette adaptation, et relève que des écosystèmes sains, résilients, fonctionnels et diversifiés sont la solution pour réduire, notamment, l’exposition des populations aux risques climatiques ;
  • Alerte sur le fait que le développement des énergies renouvelables doive prendre en compte, et dans toute la mesure du possible réduire, leur impact possible sur la biodiversité (emprise foncière du photovoltaïque, implications de l’exploitation du bois de chauffe et de la biomasse sur les écosystèmes forestiers…).

Commentaires

2
2017-03-23 11:58:46 +0100

Je suis tout à fait d'accord :)

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À propos de l'auteur

Humanité et Biodiversité, est une association loi 1901, reconnue d’utilité publique, agréée au titre de la protection de la nature. ************************************************************************************************************************************* Elle est actuellement présidée par Bernard Chevassus-au-Louis, et Hubert Reeves est devenu son actif président d'honneur. ****...

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