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Proposition 5 : développer des «espaces de nature» diversifiés

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Publié dans
le 22.03.17
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Thème : Espaces protégés

Proposition 5 : développer des «espaces de nature» diversifiés, lieux de découverte et d’échange autour de la biodiversité.

Les divers types d’espaces protégés constituent des outils privilégiés de la prise en compte du temps long dans la gestion des territoires et de la biodiversité. Ils doivent être maintenus et développés dans leur diversité, sur la base des concepts actuels sur le fonctionnement des écosystèmes et socio-écosystèmes. Ceci nécessite une réflexion menée avec toutes les parties prenantes, pour adapter au monde actuel le concept général d’espace protégé et ses déclinaisons et renforcer leur rôle de sensibilisation aux enjeux de la biodiversité.

Dans une société changeante tant sur le plan politique que socioéconomique, où le temps court est privilégié, la gestion environnementale des territoires nécessite l’existence de zones de stabilité prenant en compte le temps long de la biodiversité. Précisons dès maintenant que stabilité environnementale ne doit pas dire « immobilisme » et « mise sous cloche » mais « évolution raisonnée », en tenant compte des dynamiques naturelles et sociétales. De plus la dynamique d’un espace protégé doit être intégrée dans le socio-écosystème dont il fait partie, en tenant compte des populations humaines locales et en développant le concept de « solidarité écologique ».

Une diversité d’outils

Le bon état de la biodiversité, ordinaire comme patrimoniale, est conditionné par une bonne gestion des territoires au travers de l’ensemble des politiques publiques. Bien qu’une attention toute particulière soit requise pour la « biodiversité ordinaire », certains éléments de la biodiversité présentant des caractéristiques exceptionnelles (espèces, habitats, écosystèmes, paysages, composantes culturelles) nécessitent d’être identifiés et gérés de façon adaptée sur le long terme. Les espaces faisant l’objet de ces gestions sont regroupés sous le vocable de « espaces protégés ». Ce vocable regroupe une grande variété d’espaces, ce qui fait que les outils de protection et de gestion sont nombreux et adaptés à diverses situations. On peut les classer en trois groupes : les règlementaires, les contractuels et ceux en relation avec le droit de propriété. Ces trois types d’espaces sont pertinents en fonction des questions de biodiversité à traiter. Il faut cependant veiller à éviter les superpositions d’outils sur un même espace et choisir le plus pertinent. Cette mission pourrait-être confiée au Conseils Scientifiques Régionaux du Patrimoine Naturel (CSRPN) sous l’égide de l’Agence Française pour la Biodiversité (AFB) ou des Agences Régionales pour la Biodiversité (ARB) si elles existent. En outre, l’espace protégé est inclus dans un territoire plus vaste, avec l’application de la notion de « solidarité écologique » entre ces deux types d’espaces.

Il y a souvent de fortes réticences à l’égard des espaces protégés de la part d’élus et de certains groupes sociaux, qui y voient une atteinte à leur liberté d’action et, parfois, une spoliation de leur territoire ou de leur droit de propriété. Il convient de faire comprendre que l’espace protégé est un outil indispensable pour une gestion adaptée de la biodiversité et que, loin de geler cet espace, il confère souvent une image économiquement valorisable par le territoire où il est installé. Il faut aussi faire comprendre que les plans de gestion (ou équivalent) des espaces protégés permettent une meilleure adaptation de ces territoires aux changements des socio-écosystèmes. La création et la prise en compte des espaces protégés dans les politiques publiques sont d’excellents sujets de dialogue environnemental.

Veiller au bon état de la biodiversité sous toutes ces formes sous-entend donc le maintien et le financement de l’outil « espace protégé » dans sa diversité. En outre, Le rôle de personnels qualifiés pour la pédagogie, l’information et la surveillance des différents « espaces protégés » est déterminant et il conviendra de ne pas réduire ce potentiel humain, qui est déjà insuffisant.

Nos propositions

Quatre outils doivent plus particulièrement retenir l’attention :

  • Les parcs nationaux : Ils ont une réputation internationale et constituent les fleurons de nos espaces protégés. La mise en œuvre des chartes doit être soutenue, avec une attention particulière aux moyens humains, déterminants pour une bonne gestion de la totalité de leur territoire et une bonne appropriation de ces parcs par les populations locales. Dans cette optique, les zones d’adhésion des PN doivent devenir des zones privilégiées de dialogue environnemental. En outre, les deux nouveaux parcs prévus par la loi Grenelle, un de forêt de feuillus de plaine (en cours de gestation) et un de zone humide, devront être créés, sans diminution des moyens alloués aux autres parcs nationaux.
  • Les parcs marins : la stratégie de création de ces parcs doit être poursuivie et ils doivent avoir les moyens de s’installer convenablement. De plus, les milieux continentaux adjacents doivent être réellement considérés comme faisant fonctionnellement partie du parc marin ; enfin, le dialogue social est constitutif de la création d’un parc marin et tout doit être fait pour qu’il perdure tout au long de l’existence du parc.
  • Les parcs naturels régionaux : ils sont les incubateurs territoriaux d’une coopération et d’un dialogue environnemental et constituent de plus un excellent outil de développement durable innovant. Nous demandons donc que le rôle des PNR comme incubateur territorial de coopération et dialogue environnemental soit inscrit dans le code de l’environnement et que l’Etat soutienne cet outil, en le reconnaissant comme majeur dans sa stratégie de développement durable des territoires.
  • Le Conservatoire du littoral et des rivages lacustres et les Conservatoires d’espaces naturels : il faut leur maintenir les moyens de devenir propriétaire de parcelles dans des zones particulièrement menacées et l’utilisation des moyens issus de la compensation devrait être étudiée. Ils doivent également avoir les moyens permettant de suivre l’évolution de leurs propriétés, même quand la gestion est déléguée à des acteurs locaux.

Le « Grenelle de l’Environnement » a mis en avant la « Stratégie Nationale des Aires Protégées » (SCAP) avec des objectifs chiffrés ambitieux, les aires ainsi désignées étant celles à forte protection règlementaire (Réserves Naturelles et cœurs de parcs nationaux). Le bilan actuel de cette stratégie n’est pas satisfaisant et il convient de la repenser, en l’inscrivant dans un dialogue environnemental renforcé et plus local. Nous proposons en outre d’élargir cette réflexion à l’ensemble des aires protégées, avec une réflexion sur leur stratégie de développement et sur la meilleure utilisation de tel ou tel type d’outil en fonction du territoire concerné et des objectifs.

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À propos de l'auteur

Humanité et Biodiversité, est une association loi 1901, reconnue d’utilité publique, agréée au titre de la protection de la nature. Elle est actuellement présidée par Bernard Chevassus-au-Louis, et Hubert Reeves est devenu son actif président d'honneur. Humanité et Biodiversité mène une action de plaidoyer et d'influence pour faire émerger dans la société les défis posés par l’érosion d...

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