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Proposition 9 : Réintroduire le «tissu vivant de la planète» au cœur des espaces urbains

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Publié dans
le 22.03.17
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Thème : Urbanisme, énergie, climat

Proposition 9 : Réintroduire le « tissu vivant de la planète » au cœur des espaces urbains, en développant des continuités écologiques urbaines, en re-naturalisant les espaces en déshérence utilisables à cette fin et en verdissant le bâti, afin de restaurer, au profit du citadin, une expérience à la fois pratique et sensible de la nature.

La population humaine, en ce début de 20e siècle, est une population très majoritairement urbaine, concentrée dans des espaces dont l’artificialisation va croissant, déconnectée en cela – dans le cas de la France – du rythme de progression réel de la population. Cet « homo urbanicus » se trouve éloigné, voire plus radicalement coupé de toute expérience sensible ou pratique de la nature. Cette coupure engendre à son tour tout un cortège d’inégalités sociales, comportementales, culturelles et sanitaires, dont certaines ont un coût financier important, à l’instar de l’exposition aux polluants atmosphériques. Les propositions suivantes visent à ré-instaurer des points de contact, d’échange et d’activité avec la biodiversité urbaine, pour réconcilier la nature et les humains, là où ils se trouvent concrètement.

Aujourd’hui, 79,5% de la population française vit en ville ou dans un contexte urbain (source : Banque Mondiale / Université de Sherbrooke), proportion qui se monte même à 95% si l’on prend comme référence les « aires urbaines » de l’INSEE. Sans surprise, la conformation du territoire traduit cette réalité : 9% du territoire métropolitain sont artificialisés, soit environ 450 m2 par habitant (source Terruti-Lucas). En dépit de l’effet de concentration des populations que ces chiffres évoquent, la consommation de territoire aux fins de l’aménagement (logement compris) progresse plus vite que ne le fait la population : il y a décorrélation entre les deux phénomènes, quand bien même le nombre de ménages continue à augmenter (Une remise en cohérence des deux mouvements se traduirait d’ailleurs par un ajustement drastique de l’artificialisation : « La règle alternative de limitation du rythme de l’artificialisation à celui de la croissance démographique consisterait à diviser par trois la superficie artificialisée annuelle, sous l’hypothèse d’une croissance démographique de 0,4 %. » Source : CGDD, Thema artificialisation 2017).

La concentration des populations en ville témoigne de ce que, de plus en plus, l’«urbanité» constitue le milieu de vie de l’homme moderne et, pourrait-on dire, son « écosystème réel ». La ville, lieu d’habitation, de travail et de déplacements quotidiens, est de ce fait également le lieu d’une coupure : elle marque la distanciation de l’homme - devenu « homo urbanicus » - d’avec les écosystèmes naturels. L’on peut certes estimer que cette évolution ne fait que traduire, dans la réalité de la condition quotidienne, un mouvement intellectuel dualiste bien illustré par l’opinion, notamment, d’un Buffon (« l’empire de l’homme sur les animaux est un empire légitime… c’est l’empire de l’esprit sur la matière »). Reste qu’en l’occurrence, et sur le plan matériel, l’ « empire de l’homme » est devenu un empire urbain. Ce qui ne va pas sans inconvénients.

Eloigné de la nature, le citadin se trouve privé d’expérience pratique, mais aussi sensible (voire : sensorielle) de la biodiversité. Cet éloignement est porteur d’inégalités sociales (éloignement différencié des espaces verts, effets de coupure induits par les infrastructures : combien de « cités » sont-elles enclavées entre une autoroute et une voie de RER ?) mais aussi de pathologies psychiques et comportementales. L’exposition au stress et aux pollutions – témoin l’épisode récent des particules fines – soulève quant à lui la question du coût sanitaire et financier de cette situation, coût estimé, sous le second aspect, à plus de 100 milliards / an pour des pollutions qui, il est vrai, ne se limitent pas aux seules aires urbaines (Rapport sénatorial « Pollution de l’air, le coût de l’inaction », JF Husson, rapporteur, Sénat, juillet 2015. Le chiffre avancé de 101,3 milliards / an représente, pour la société, deux fois le coût global du tabac.). Enfin, la coupure est aussi culturelle : raisonner, comme on accepte de le faire bien souvent, en termes de « cultures urbaines » n’implique-t-il pas a contrario qu’il existe aussi une culture de la nature qui va s’étiolant, et que seul un contact sensible peut alimenter ?

Il importe donc de recréer des points de contact, d’échange et d’activité avec la biodiversité, dans une logique consistant à adapter les formes urbaines, l’urbanisme et l’architecture à la psychologie évolutive de l’homme, pendant négligé de sa biologie évolutive (notion qu’Edward O. Wilson désigne au moyen du terme «biophillia», tendance naturelle de l’homme à se connecter ou re-connecter à la nature). Il existe pour ce faire plusieurs pistes :

  • Re-naturaliser des friches urbaines. L’espace urbain et périurbain comporte des « délaissés » et autres « espaces de déprise urbaine », jadis affectés à un usage disparu ou interrompu : locaux vides, plate-formes logistiques inemployées, infrastructures déclassées, chantiers perpétuels, etc… des acteurs divers (établissements publics fonciers, sociétés privées d’aménagement, foncières, etc) travaillent sur cette problématique du « recyclage foncier » qui pourrait inclure des objectifs surfaciques de renaturation ;
  • Tisser la trame verte et bleue urbaine : introduire des continuités sous forme de « coulées vertes » et d’espaces de promenade paysagers, comme à Singapour avec les « tracks », dans le but de relier les parcs existants ;
  • Développer l’outil que constituent les atlas de biodiversité communale et assurer leur intégration aux documents d’urbanisme et de planification ;
  • Penser l’inclusion d’espaces « pratiques » de la biodiversité, comme les jardins urbains, les potagers sur les toits, terrasses ou dalles, mais aussi des espaces de sensibilisation pour différents publics : jardins pédagogiques pour les scolaires, thérapeutiques pour les malades et personnes âgées, etc…
  • Introduire de la nature en ville via le bâti (toitures et façades végétalisées) ;
  • Instaurer, aux fins de promotion des efforts locaux, un concours des « villages de la biodiversité » de la même manière qu’existe aujourd’hui le concours des « villages fleuris de France ».

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Humanité et Biodiversité, est une association loi 1901, reconnue d’utilité publique, agréée au titre de la protection de la nature. Elle est actuellement présidée par Bernard Chevassus-au-Louis, et Hubert Reeves est devenu son actif président d'honneur. Humanité et Biodiversité mène une action de plaidoyer et d'influence pour faire émerger dans la société les défis posés par l’érosion d...

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