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A l’assaut des grands vortex de déchets dans les océans

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Publié dans
le 15.05.15
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Dans les océans flottent des macrodéchets épars et surtout une myriade de microfragments, d’un diamètre inférieur à 5 millimètres.

On la considère comme la plus grande poubelle du monde, des milliards de déchets qui dérivent dans les océans hors de tout contrôle. En réalité, ce « 7e continent de plastique », comme il est surnommé, ne ressemble pas à un gigantesque amas compact de sacs, de bouteilles, de filets et autres bidons, mais à une « soupe » plus ou moins concentrée, constituée de quelques macrodéchets épars et surtout d’une myriade de microfragments, d’un diamètre inférieur à 5 millimètres. Documenté depuis une quinzaine d’années, le phénomène fait l’objet d’une recrudescence d’expéditions aux visées scientifiques – et à la communication – ambitieuses.

Vendredi 15 mai, l’une d’entre elles, l’expédition « 7e continent », s’élancera de Martinique pour un périple d’un mois afin d’explorer la mer des Sargasses et l’Atlantique Nord et prolonger un programme lancé l’an dernier, qui avait avorté en raison d’avaries techniques. A bord d’un catamaran de 18 mètres, 10 navigateurs et scientifiques procéderont à des prélèvements, des mesures et des cartographies.
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L’expédition 7e continent affiche ainsi à son tableau de chasse le Centre national d’études spatiales, le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), le Muséum national d’histoire naturelle et Mercator Ocean. Race for Water, de son côté, travaille avec l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne ainsi que les universités américaines de Duke (Caroline du Nord) et de l’Etat de l’Oregon, tandis que la Tara peut se prévaloir du soutien de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) et du CNRS.

Une masse de déchet vertigineuse

La littérature scientifique s’est de fait largement penchée sur la question. En décembre 2014, une vaste étude internationale, parue dans la revue PLOS ONE, a livré pour la première fois une évaluation globale des détritus flottant à la surface de l’ensemble des mers, à l’issue de 24 campagnes effectuées pendant six ans (2007-2013) non seulement sur les cinq grands gyres, mais aussi près des côtes australiennes, dans le golfe du Bengale et en Méditerranée. Les résultats sont vertigineux : 269 000 tonnes constituées de plus de 5 250 milliards de particules de toutes tailles.

Deux mois plus tard, une autre étude publiée dans Science estimait que les Etats côtiers de la planète avaient produit, en 2010, 275 millions de tonnes de déchets en plastique, dont 4,8 à 12,7 millions de tonnes ont fini leur vie dans les océans.

Une différence de chiffres qui prouve que l’écrasante majorité de ces déchets, loin de flotter à la surface, restent introuvables. Où finissent-ils donc ? En la matière, les études scientifiques n’ont pas encore fait le tour de la question. Plusieurs hypothèses sont avancées : présence dans les fonds océaniques, dégradation par les rayons ultraviolets, biodégradation ou ingestion par des organismes marins.
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De même, l’impact précis des plastiques, dont la persistance se compte en centaine d’années, pour les écosystèmes marins doit-il faire l’objet de nouvelles recherches. Selon Greenpeace, un million d’oiseaux et 100 000 mammifères marins meurent chaque année de l’ingestion de plastiques. En réalité, l’étude la plus complète sur le sujet, menée par le biologiste britannique Richard Thompson (université de Plymouth, Royaume-Uni), et publiée en mars, indique que près de 700 espèces marines ont croisé la route de débris, et 10 % des individus ont ingéré des microplastiques.

« Le plus souvent, ces espèces parviennent à rejeter les plastiques ingérés. Le risque de bioaccumulation dans la chaîne alimentaire est sans doute plus faible que ce que l’on craignait, estime François Galgani. En revanche, il y a bel et bien des risques d’occlusions intestinales, de suffocations, de blessures ou d’infections de tortues, d’oiseaux et de mammifères. »

Les polymères entraînent un autre risque moins connu mais néanmoins inquiétant : la prolifération de certaines espèces invasives. «Les fragments deviennent des supports pour certaines espèces qui sont ainsi transportées, avec les courants, dans des zones où elles ne se seraient pas développées et reproduites sinon, explique le chercheur. Ces espèces prennent alors la place d’autres, ce qui risque de créer des déséquilibres des écosystèmes marins. »

Là où toutes les expéditions scientifiques se rejoignent, c’est donc qu’il y a urgence à ne plus considérer les océans comme un immense dépotoir à ciel ouvert.

Extraits de http://www.lemonde.fr/pollution/article/2015/05/15/a-l-assaut-des-grands-vortex-de-dechets-dans-les-oceans_4634241_1652666.html

Commentaires

3
2015-05-15 14:02:17 +0200

Ce sujet revient souvent à la Une tant il et préoccupant
exemples:
- en 1013: http://www.humanite-biodive...
- en 2014: http://www.humanite-biodive...

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2015-05-16 16:06:58 +0200

Je pense que la réflexion doit être plus importante que juste les océans (bien qu'il ya urgence de ce côté).

Avant on déposait à l'air libre -> pollution
On a pensé à les enterrer -> pollution
On a tout balancé à la mer -> pollution

La prochaine c'est d'envoyer dans l'espace ? Le problème reviendra au même.

Le vrai problème, c'est la façon dont nous consommons :/

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À propos de l'auteur

ex-directeur de Laboratoire INRA, économiste, ex président de l'institut de recherche économique et sociale, ex membre du bureau du CNIS, négociateurs des Grenelles de l'environnement et de la mer, membre du CEDD et de nombreuses commissions de France-Stratégie ( ex-CAS). Vice-président d’Humanité et Biodiversité.

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