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Allan Savory : combat d’un biologiste contre la désertification et le changement climatique

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Publié dans
le 27.03.13
Allansavory

Tombé - presque - par hasard sur cette conférence du biologiste Allan Savory, au premier visionnage je suis resté pantois devant la limpidité de son exposé, la force de l’argumentation soutenue par une expérimentation à grande échelle (les photographies entre avant et après l’application de sa méthode sont à couper le souffle).

A la deuxième écoute de son argumentaire je me suis posé la question : Ne serait-ce pas trop beau pour être vrai ? 

C’est possible me suis-je dit alors. Mais en pensant aussitôt que même si les expérimentations de terrain conduites par A.Savory ne fonctionnaient véritablement que dans 30 à 40% des cas, cela valait néanmoins la peine de pousser plus avant sa méthode, de la généraliser (à moins, évidemment, que ne puisse être démontré un effet contraire à celui annoncé pour certains biotopes).

Dans les grandes lignes la thèse défendue par le biologiste Zimbabwéen est d’une simplicité déconcertante et découle de l’observation : A savoir que dans les contrées ou il y a alternance d’une saison sèche et d’une saison humide, ce qui est le cas en Afrique, à l’état sauvage nous rencontrons d’énormes troupeaux compacts de ruminants (qui se protègent ainsi des prédateurs), toujours en mouvement pour se procurer de la nourriture. En outre, si les sols nus favorisent l’évaporation de l’eau et contribuent à la désertification, le piétinement des troupeaux (sur une brève période), en couchant l’herbe et par la production d’excréments, contribue au contraire à la fertilisation des sols. L’idée de Savory est donc d’imiter la nature et de reproduire ce mouvement naturel des troupeaux sauvages ( s’y ajoute une critique de la technique du brulis largement répandue en Afrique, selon lui biologiquement contreproductive et désastreuse d’un point de vue environnemental). 

Ceci posé, en parcourant la toile, je me suis aperçu qu’il existait une controverse autour des positions d’A.Savory, ce qui est sain et stimulant, et que par ailleurs des vérifications scientifiques  étaient en cours pour vérifier ses résultats.

Sur le flanc de la critique, sur ce que j’ai pu en lire, les principaux arguments se déclinent en deux grandes familles :

Tout d’abord, d’un point de vue sémantique et sur le plan des présupposés idéologiques, A. Savory abuserait du terme de désertification (dont la cause serait exclusivement attribuée à l’homme), et il ne verrait dans chaque coin de désert qu’un écosystème à transformer en prairie. « Allan Savory takes it further than that: He wants to eradicate deserts just because they exist. » ; « He claims that the world's deserts are all human-cause ». 

Ce type d’argument m’apparait ici quelque peu abusif, et surtout n’apporte absolument rien au débat.

L’autre volet des critiques est plus intéressant et concerne la scientificité des thèses avancées par Savory. 

On peut lire, par exemple, dans un article (voir pour le détail le lien « TED Talk Teaches Us to Disparage the Desert ») : « The idea that grasses must be eaten by livestock to perform a valuable ecological function is absurd » Ou encore : « Savory's contention that the "algal crust" he shows developing on arid land soil is "the cancer of desertification" is unscientific in the extreme ».

Si je ne suis pas compétent pour discuter dans le menu du bien-fondé scientifique ou non de la charge, et que le débat doit se poursuivre argument contre argument, ce qui m’apparait plus problématique est le tour passionnel que prend l’affaire. Pour s’en convaincre il n’est qu’à lire la suite de la critique : « This TED talk Savory's gone viral ». Selon cet auteur cela n’est guère étonnant puisque « Most people don't know anything about the desert, and the notion of "greening" it has deep emotional resonance». 

En d’autres termes nous serions collectivement ignares (les non experts) et nous nous ferions rouler dans la farine par un bonimenteur. C’est possible. Mais j’aimerai alors connaitre le mobile poussant Savory à nous conter de telles sornettes. Mieux, j’apprécierai que les détracteurs de sa méthode nous entretiennent des résultats des expérimentations effectuées. Car en effet, si on en croit le biologiste, il aurait déjà mis en œuvre ses théories sur pas moins de 15 millions d’hectares : « Savory's experiments with livestock have reversed degraded dry lands in Zimbabwe, Mexico, the Horn of Africa and Argentina ». S’il convient bien entendu d’être prudent dans des domaines aussi complexes que le changement climatique, les causes de la désertification ou l’impact environnemental de tel ou tel mode d’élevage, une expérimentation d’une telle ampleur, ce me semble, devrait laisser des traces et permettre une vérification sur le terrain capable d’infirmer ou de confirmer, au moins dans les grandes lignes, les postulats d’Allan Savory.

Pour l’heure je n’ai pas trouvé de véritables critiques à ce niveau (peut-être n’ai-je pas assez cherché). 

Mais plutôt que de ronflantes déclarations teintées d’idéologies du genre : «  HRM [holistic resource management, now shortened to holistic management] promotes the dangerous philosophy that humans are capable of, and should be, managing a planet. It does not recognize the integrity of the natural environment, its right to free existence, or humans' place in it » (Lynn Jacobs, dans Waste of the West), ou de dire qu’il s’agit « Just another tip to our hubris about how we think we can control nature » un peu de pragmatisme serait bienvenu.

Quoi qu’il en soit, une affaire à suivre de près. 

 

Commentaires

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2013-03-28 15:36:14 +0100

Quelle que soit la pertinence scientifique de son travail, il montre que c'est possible, que la nature possède en elle la capacité de remédier a un problème aussi grave que la désertification. Comme nous ne la laissons pas s'exprimer, il nous propose de la mimer. Il a trouvé une solution. Il y en a probablement d'autres. Il ne ferme pas de porte, au contraire, il en ouvre. Finalement, je retiens de son intervention un espoir, un certain optimisme, une espèce de transcendance de la nature. C'est certainement cela qui émerveille et que le public recherche.

Même s'il me paraît présomptueux de s'imaginer que nous serions capables de gérer seuls la planète, il me semble que de mieux comprendre son fonctionnement peut nous permettre de faire moins d'erreurs. C'est du pragmatisme!

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2013-03-28 16:48:22 +0100

Une autre expérience africaine pour lutter contre la désertification

https://www.youtube.com/wat...

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2013-11-11 01:30:29 +0100

Voir en anglais l'article de Slate :http://www.slate.com/articl...

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