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Billet d'un chasseur

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Publié dans
le 12.02.14

Bonjour

J'ai 74 ans, je suis né dans une famille de chasseurs. Depuis mon plus jeune âge je pratique la nature dans mes Pyrénées, soit avec un APN et des jumelles, et, selon la période, une canne à pêche, un panier ou un fusil.

     J'ai vécu une période très faste pour la cueillette et j'ai vu se dégrader la biodiversité tout le long de ma vie jusqu'à ce jour.

     Les causes en sont multiples et touchent toutes les espèces (insectes,... petite faune, flore). On les connaît et la chasse n'a qu'un impact négligeable, je dirais même qu'elle est positive par ses apports et son action de protection des milieux. Les plaies: remembrement, disparition des biotopes, pollutions chimiques en tous genres, atmosphériques (retombées acides ou autres), agriculture intensive, monocultures, curages, disparition des zones humides, dérangements, tourisme de masse, surdensité humaine, etc.

     Seul le grand gibier n'a pas subi cette dégradation, au contraire; si nous trouvons des isards, des mouflons, des grands et petits cervidés, je pense que cela est dû à l'action des chasseurs et de leurs instances. Ces espèces ont été, pour certaines réintroduites (grâce aux chasseurs, ne vous déplaise), pour d'autres protégées avec une pratique très réglementée (par les chasseurs ne vous déplaise). De plus, elles n'ont pas de prédateurs ! Alors, pour le fun, on les réintroduit (loups, ours slovènes déracinés dans nos montagnes et qui n'ont rien d'ours pyrénéens, lynx) pour faire fantasmer des citadins qui ne les verront jamais, sauf accidents regrettables qui ne sauraient tarder s'ils prolifèrent.

     Je ne pense pas que, en dehors des chasseurs et de leurs cotisations, d'autres organisations se soient impliquées, sauf à critiquer leurs actions ou leurs pratiques ! "La critique est aisée mais l'art est difficile" …et le gousset peine à s' ouvrir !

     La chasse à toujours existé et les critiques qu'on lui porte reposent sur le fait que l'on tue pour le plaisir et qu'elle n'est plus une nécessité vitale pour la survie de l'espèce humaine. Ceci est vrai mais…

     Quant à la cruauté, il n'est pas plus cruel de tuer une bête proprement et éviter de la faire souffrir que de la laisser dévorer vivante par son prédateur (pratique naturelle sûrement, mais violente, choquante, atroce) et que dire du gentil agneau prédestiné à la boucherie sans la moindre chance d'en rechapper ? Du petit chevreau que l'on fait rôtir sans état d'âme ?

     La cruauté, elle est dans la corrida, l'abattage clandestin, l'élevage intensif en batteries …

     Le gibier, naturel s'entend, à la chance de vivre sa vie en liberté et d'échapper à ses prédateurs, serait-ce l'homme, de procréer s'il en a le temps.

      Certes il n'y a plus à chercher un bout de viande pour subsister, mais il se trouve qu'il y a de l'atavisme dans l'être humain et que l'homme est le plus grand prédateur sur terre, y compris pour sa propre espèce ! Vous êtes tous des prédateurs en puissance quand vous prenez votre voiture, quand vous faites construire, quand vous achetez votre nourriture quotidienne…..vous détruisez gaillardement, certes sans en avoir conscience, mais gaillardement quand même!

      Pour une large majorité de chasseurs, ils ne sont pas cruels envers les animaux, la chasse n'est pas cruelle (je mettrais à part la chasse à courre bien qu'elle soit plus naturelle que celle à tir)), moins que d'autres pratiques comme les courses, les combats, les spectacles d'animaux, les zoos, qui font souffrir, enferment ou modifient les comportements.

      Le chasseur est un paradoxe vivant : majoritairement, il aime les animaux, il est sensible à leur souffrance, et pourtant il éprouve le besoin de chasser et d'appréhender le gibier ! Mystère ! Dualité !

     Ce n'est pas le "civet" qui le motive (quoique ce ne soit pas désagréable) mais un besoin qui vient du fonds des âges, que certains maitrisent ou étouffent, et que d'autres conservent !

     Des personnages cruels et primaires il y en a en tout milieu, chasseur ou pas, et ce n'est pas l'apanage de la chasse.

      Comment puis-je éviter d'écraser une fourmi, sauver une coccinelle dans une flaque d'eau, ramasser un oisillon tombé du nid et, d'autre part porter un fusil ? je me suis longtemps posé la question et n'ai toujours pas de réponse !

     Je ne me sens pas coupable sauf quand je fais souffrir, c'est-à-dire quand je ne tue pas proprement, quand il y a agonie, ce qui gâche ma sortie.

     Longtemps la chasse a été interdite dans les réserves jusqu'au moment où l'on s'est rendu compte que c'était une hérésie pour le grand gibier : consanguinité, concentration avec maladies et épizooties ; la vérité d'hier n'est pas celle de demain et les textes doivent être réajustés en fonction des réalités du terrain ; j'ai été choqué de voir les résultats de règles intangibles, par le passé : Des chevreaux d'isard incapables de se sauver à mon approche et agonisant lamentablement derrière un rocher ; vous allez me rétorquer qu'ils n'ont plus de prédateurs... La question est de savoir s'il vaut mieux les réguler soi-même ou réintroduire des loups avec toutes les conséquences et dommages collatéraux que cela implique; réintroductions de grands prédateurs pour satisfaire des citadins rêveurs et nostalgiques de l'iconographie du passé, qui ne mettront jamais les pieds dans un milieu sauvage ou risqué!

     Je suis un rural, je m'appuie sur une longue pratique du milieu, sur mes observations, mes expériences, je suis curieux de cette nature. La connaissance que j'en ai me permet de dire que je supporte mal les attaques de citadins incapables de faire la différence entre un âne et un mulet, un oignon sur pied et un poireau, du persil et du cerfeuil, et qui se permettent de porter des jugements péremptoires ! J'en ai assez d'être un bouc émissaire en ma qualité de chasseur non cueilleur !

     Je vois et ai vu avec tristesse disparaître les insectes, les batraciens, les passereaux, les poissons, l'environnement de mon enfance, qu'elle tristesse pour nos descendants ! Mais en souffriront-ils ne l'ayant pas connu ? Vive la vie virtuelle !

     Pour en revenir à ma pratique, si j'avais une baguette magique je prendrais 2 mesures immédiates :

_ suppression des armes à répétition ou automatiques qui ne servent qu'à blesser ou mènent à des excès (tirs intempestifs, lointains, irréfléchis).

_ pour le grand gibier, tir à l'approche uniquement (suppression des battues) avec fléchettes hypodermiques pour endormir l'animal, photos, marquage personnel (à déterminer : marque nominative daté à cocher par exemple); au bout de x marquages nominatifs, possibilité de prélever l'animal pour consommation personnelle ( les plaisirs de la table font partie des plaisirs de la vie.

     Mais je rêve, je délire, je n'ai pas de baguette !

Je ne suis ni blanc, ni noir, je suis gris comme tout le monde; celui qui n' a pas péché qu'il lève le bras !        

Je défends avant tout la nature dont la chasse fait partie, et je regrette que les donneurs de leçon (je vise là les écolo/bobos/citadins invétérés) se permettent d'émettre des avis abrupts sans avoir mis les pieds ….dans un champ de navets !

Vous voulez des ours, des loups, mettez les au bois de Boulogne, vous les aurez sous la main et ils auront le loisir de faire un peu le ménage.

Cordialement                                                  

Commentaires

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2014-02-12 13:56:15 +0100

A toine

Votre témoignage est reçu sur ce site et considéré avec attention.
Votre lignée familiale et votre appartenance au milieu rural influencent forcément votre façon de vivre.

Que vous n'appréciez pas les lâchers d'animaux d'élevage baptisés "gibier de tir" est un point commun avec nos positions… Il en est d'autres.
Bien sûr tout humain vit aux dépends d'autres espèces.
Bien sûr les conditions de la vie humaine sont compromises par les atteintes à la nature que vous citez.
Et notre association s'honore de chercher des solutions pour les faire disparaître.

Nous espérons que vous explorerez ce site dans lequel vous trouverez à coup sûr des prises de position avec lesquelles vous serez en accord.

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2014-02-12 14:27:30 +0100

Bravo pour les images des Pyrénées prises avec votre Appareil Photographique Numérique.
Suggestion: choisissez-en une pour illustrer votre page profil … et une différente à chaque témoignage que vous jugerez bon de publier sur votre site.

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2014-02-12 14:36:50 +0100

Tout est une question de modération et de bon sens; on peut dialoguer sans sectarisme et tomber d'accord sur bien des points; cdlt

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2014-02-12 16:54:39 +0100

La fin est un peu rude et probablement injuste, mais le raisonnement se tient. Je suis rurale (parmi les non chasseurs) ... mais j'écoute.

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2014-02-12 17:03:39 +0100

Je vous ai lu attentivement. Votre propos est argumenté et je trouve que avez une certaine "distance" (très appréciable) à l'égard de la chasse qui semble être votre passion.
Toutefois, je ne partage pas une telle passion et je me suis permis de vous répondre sous la forme d'une "lettre à un ami chasseur". Vous trouverez cette publication quelques articles au-dessus du vôtre.
http://www.humanite-biodive...

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2014-02-12 21:32:36 +0100

Merci à Toine d'avoir le courage et la patience d'affronter les remarques de non-chasseurs certainement majoritaires. En ce qui concerne le rôle négligeable de la chasse sur l'érosion de la biodiversité, l'idée est intéressante, mais il ne faut pas occulter plusieurs points: 1) c'est le monde de la chasse et du piégage qui éradique les prédateurs (loup, lynx, ours, renards, belettes...) directement ou indirectement, sous l'influence de conflits d'intérêts que vous nous demandez de "prouver" mais qui sont aussi difficiles à prouver que ceux qui mettent en jeu l'industrie pharmaceutique, la médecine, voire les autorités de tutelle sanitaire (selon la revue indépendante Prescrire°, les avis de la Haute autorité de Santé, délivrés aux professionnels, pâtissent bien souvent ds conflits d'intérêts...et les auteurs le démontrent). 2) C'est le monde de la chasse qui influence négativement la proflifération des mulots et campagnols en supprimant les renards voire en introduisant des lapins dans un but de loisir (j'avais lu dans l'actualité la plainte d'un agriculteur contre les chasseurs pour l'excès de lapins). Quant aux sangliers, nous savons tous, dans le monde rural, qu'il a été croisé avec le cochon domestique, et que les sanglocochons qui en découlent ("cochongliers") sont très proflifiques et sont à l'origine ou aggravent le problème de la surpopulation (mais il faudrait des statistiques sur analyses génétiques, comptage du nombre de chromosomes des sangliers tués, sans "bais" statistique, pour le prouver). Le PIEGAGE, dont les auteurs (piégeurs agréés) sont aussi chasseurs, tue SANS DISTINCTION (pièges tuants) et peut donc participer au déclin de certaines espèces.

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2014-02-12 22:07:03 +0100

Puisque Germain aborde le sujet du piégeage, voici des Informations:
- Pour devenir piégeur agréé, il existe maintenant une condition d'âge (ce fut une des revendications de notre association puisqu'auparavant un enfant pouvait le devenir)
Donc dorénavant il faut être âgé d’au minimum 16 ans.
- Il n'y a pas obligation de posséder un permis de chasser mais obligation de participer à 16 h de formation se répartissant ainsi:
- 4 heures: connaissance des espèces dites nuisibles
- 2 heures : connaissance des différentes catégories de pièges, législation et utilisation
- 4 heures : apprentissage de la manipulation des pièges
- 2 heures : apprentissage de la mise à mort sans souffrances de l’animal capturé s'il appartient à une espèce autorisée à être piégée
- 4 heures : application des acquis de la formation

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2014-02-12 22:12:45 +0100

Merci. Je comprends pourquoi certains piégeurs font des erreurs d'identification que ne font pas les naturalistes...On ne pourrait pas devenir médecin en quelques jours d'études !

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2014-02-27 22:02:38 +0100

Les pieges sont des outils de torture qui n identifient pas les animaux qui ont le malheur de se faire prendre ..ils agonisent pendant
des heures voire des jours avant que des piegeurs agrees " avec si peu de formation n 'achevent "le sale boulot" pour une poignee d euros.. meme avec "recul" sur la chasse ce Monsieur gagnerait tellement..a ne garder que l appareil photo et le panier ... la sagesse avec l age..

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2014-05-22 13:08:07 +0200

Toine, imaginez que vous ayez été habitué à des espaces sauvages avec grands prédateurs (loups, ours)... Je vous assure que se retrouver nez à nez avec un ours, des loups, lors de "promenade" en solo(que je déconseille...), c'est une grande expérience, très loin des clichés/images d’Épinal des citadins(ou ruraux, ). Pour moi la "ruralité" ce n'est pas beaucoup plus la nature qu'un parc à Paris ou qu'un bac à fleurs Oasis Nature...
Des grands espaces "naturels" sans grands prédateurs autres que l'homme, c'est pas naturel.

Une de mes croyances: L'homme a besoin d’arrêter de se prendre pour Dieu, de se croire immortel et tout puissant: c'est une question de survie de l'espèce humaine.

Merci pour vôtre témoignage.

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2018-11-03 23:35:30 +0100

Tous...qu'ils soient terrestres ou aquatiques, les animaux possèdent une existence à laquelle ils tiennent.
Comme nous, ils ressentent une multitude de sensations et d'émotions.
Parce qu'ils peuvent souffrir ou au contraire se sentir bien, les animaux devraient avoir le droit de vivre leur vie dans de bonnes conditions.

Je ne comprends pas quand les êtres humains trouvent INCROYABLE que les animaux montrent AMOUR et
affection, il n'y a rien d'incroyable, au contraire, c'est juste TRES NATUREL.

Regardez cette vidéo.............
https://www.youtube.com/wat...

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À propos de l'auteur

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