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Biophilie

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Publié dans
le 12.05.13
Biophilie

C’est à Edward O Wilson qu’on doit le terme « Biodiversité ». Mais c’est peut-être pour l’invention du néologisme « Biophilie », qu’il restera le plus dans nos mémoires. L’ouvrage éponyme, « Biophilie », publié en français en mars 2012 en ouverture d’une collection quasi-éponyme, « Biophilia » (éditions Corti), est une lecture indispensable pour qui s’intéresse à l’écologie, et à l’éthique, de la conservation. 

C’est un livre assez personnel que livre là E. O. Wilson, avec un retour sur ses années de jeune chercheur, des confidences assez touchantes, et l’ouverture de nombreuses perspectives sur l’articulation entre science et conservation, voire science et militantisme.

Selon l’auteur, la biophilie est un penchant naturel, instinctif, qui nous pousse à nous intéresser à la vie et à ses processus, et rechercher un contact, authentique ou dérivé, mais intime, avec le vivant dans ses différents niveaux d’expression.  Complément à l’approche utilitariste et anthropocentrique, à laquelle la culture anglo-saxonne nous a habitué, la biophilie nous fournirait des raisons « instinctives » de préserver la biodiversité. Peut-être est-ce là un fruit de notre longue coévolution avec le vivant non-humain ? En tout cas il est plutôt réjouissant de constater que, dans ce cas précis, l’instinct et la raison peuvent faire bon ménage. A condition toutefois que nous soyons capables d’aller, collectivement, au delà de ce que nos sens peuvent à eux seul non transmettre, en étant mieux à l’écoute des signaux que nous envoie la recherche sur l’évolution de l’état de la biodiversité.

Le dernier chapitre pose des questions fondamentales sur l’éthique de la conservation, discipline naissante à laquelle il nous faudra nous intéresser de près. Car conserver la biodiversité, s’est aussi gérer, intervenir, faire des choix, et arbitrer entre des priorités, parfois contradictoires. Si, gérer la nature c’est avant tout reconnaître, en reformulant la pensée d’Aldo Leopold, comme le fait Wilson, que « la règle n°1 du bricolage, c’est de conserver toutes les pièces », la mise en œuvre de ce principe sain n’est pas toujours aisée sur le terrain. Agir ici, est-ce agir d’abord pour les riverains et les « usagers locaux » de la nature, ou plutôt dans une perspective globale ? Agir maintenant, est-ce imposer des contraintes à nos contemporains dans l’espoir de préserver des potentialités plus ouvertes pour nos descendants ? Comment faire en sorte de laisser chacun avancer, aujourd’hui, vers ses aspirations à plus de richesse et de bien-être, ce qui est une des bases de la démocratie et d’une économie de marché, sans obérer définitivement la résilience et la capacité d’évolution des écosystèmes ? « Choisir le meilleur pour l’avenir proche est facile. Choisir le meilleur pour le futur éloigné est aussi facile. Mais choisir le meilleur pour les deux avenirs à la fois est une tâche difficile, souvent intimement contradictoire, qui exige des codes éthiques restant à formuler. ». De tous les scénarios le pire étant, toujours selon Wilson, « la perte de la biodiversité du fait de la destruction des habitats naturels. Telle est la folie que nos descendants seront le moins susceptibles de nous pardonner ». Cette nouvelle éthique de la conservation, largement à construire, suppose un effort d’éducation considérable, et une participation active de la part de tous, étant entendu, et l’auteur cite ici Garret Hardin, que la première règle de l’altruisme est de ne « jamais demander aux gens de faire quoi que ce soit qu’ils jugent contraire à leur intérêt. La seule façon de faire fonctionner l’éthique de la conservation, c’est de l’enraciner dans un raisonnement fondamentalement égoïste, mais dont les prémisses soient inédites et plus puissantes ».

La clé de cette énigme, de cet étonnant paradoxe entre nos aspirations à plus de confort, mais aussi à un partage plus juste et équitable, réside peut-être là : prendre conscience à la fois de notre interdépendance vis à vis du vivant et de notre « biophilie » . Et réconcilier ainsi raison et instinct, libre arbitre et responsabilité, autonomie et partage.

« La vérité, c’est que nous n’avons jamais conquis le monde, nous ne l’avons jamais compris ; nous croyons juste exercer un contrôle. Nous ne savons même pas pourquoi nous réagissons d’une certaine façon à d’autres organismes, pourquoi nous en avons besoin de diverses manières, et si profondément. (…) Plus l’esprit sera sondé pour lui même, en tant qu’organe de survie, plus grande sera la révérence à la vie, au nom de raisons purement rationnelles ».

Biophilie, Edward O. Wilson
Editions Corti, 2012

 

 

Commentaires

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2013-05-12 19:45:51 +0200

Biophilie ... biophobie les deux mots me sont connus depuis un article archivé là: http://www.courrierinternat...

Pour éviter de passer de biophilie à biophobie: "renaturer les villes", "créer des Oasis Nature" ... c'est un minimum ...

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À propos de l'auteur

Administrateur de Humanité et Biodiversité jusqu'en mars 2017 Fondateur de l'institut INSPIRE Auteur de "L'économie expliquée aux humains" et de "Permaéconomie" aux éditions WildProject.

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