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De la richesse des compromis : aux lisières de l’espace et du temps

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Publié dans
le 08.03.14
P9180009

Qu’est-ce qu’un écotone ?

Une haie, une ripisylve, un ourlet forestier, tous ont un point commun : ce sont des lisières, des zones de contact et de transition, des compromis en quelque sorte.

La haie est une structure linéaire arborée plantée dans un espace ouvert, la zone humide est un milieu mi-terrestre/mi-aquatique, l’ourlet forestier est une zone de transition entre forêt et milieu ouvert, la ripisylve est la bordure boisée qui sépare le cours d’eau et la terre.


La ripisylve, un exemple d'écotone : milieu boisé linéaire sur le bord d'un cours d'eau elle constitue une zone de transition entre milieu aquatique et milieu terrestre
 

En langage scientifique, ces espaces situés à la frontière de deux écosystèmes ont un nom particulier, ils sont appelés des écotones (du grec « oïkos » qui signifie « maison » et « tonos » qui signifie « tension » car ces espaces constituent en effet des zones de tensions où les principales espèces des communautés adjacentes atteignent leurs limites).

Ces espaces de transition, séparant un milieu dit A et un milieu dit B, sont particulièrement riches en espèces. De façon « mécanique », on y retrouve des espèces du milieu A et des espèces du milieu B, plus les espèces qui recherchent en soi un compromis entre A et B.

 

Le bocage, un paysage de compromis à lui tout seul

Le phénomène d'écotone peut se répercuter à l'échelle même d'un paysage. Le bocage en est une illustration parfaite. Du fait de la présence de haies, de bosquets ou encore d'arbres isolés, placés dans le milieu ouvert (cultures, prairies, ...), le bocage est un paysage de compromis à lui tout seul. C'est un milieu composite qui n’est ni une forêt ni un milieu totalement ouvert. Cette caractéristique fait que l'on y rencontre à la fois :

- des espèces forestières qui peuvent s’accommoder d’espaces boisés lâches (ex : Chouette hulotte, Pic vert),

- des espèces de milieux ouverts qui tolèrent la présence de boisements (ex : Huppe fasciée, Œdicnème criard)

- des espèces qui recherchent un peu des deux c’est-à-dire des espaces « semi-ouverts » (ex : la Chouette chevêche).

Les paysages de bocage sont ainsi très riches en biodiversité. Mais tout est alors bien une question de compromis. Par exemple, si le bocage devient trop ouvert, la Chouette hulotte le désertera, si le bocage devient trop fermé, la Chouette chevêche s’en ira et en fonction du curseur d’éléments boisés on comptera plus de l’une que de l’autre.


Le bocage est un paysage de compromis à lui tout seul car la présence de haies et de bosquets placés au sein des cultures et des prairies en fait ni une forêt ni un milieu totalement ouvert.

Les charnières du temps cyclique révèlent le même principe : vers un nouveau de concept de "chronotone" ?

Le même principe peut s’appliquer au temps. Le cycle journalier (circadien) du temps, qui se traduit par une alternance continuelle de jour et de nuit, comprend lui-aussi deux périodes charnières que l’on pourrait pourquoi pas appeler « chronotones ». Il s’agit de l’aube et du crépuscule, transitions entre les périodes éclairée et obscure.

Moment du crépuscule : une transition entre jour et nuit 

Comme une transposition de ce que l’on constate pour l’espace, ces deux charnières temporelles sont également des moments particulièrement riches en activité chez la faune notamment.

Mécaniquement, on retrouve au coucher du soleil des espèces diurnes qui finissent leur activité et des espèces nocturnes qui la commencent, et inversement à l’aube.

Beaucoup d’espèces dites nocturnes (chouettes, chauves-souris, mustélidés, félidés, ...) sont en réalité actives surtout à ces deux moments du cycle alors que le cœur de la nuit est relativement calme, presque autant que la totalité du jour. Dans l’autre sens, des espèces dites diurnes ont aussi une période de repos au milieu de la journée, après avoir été actives le matin et avant de reprendre leur activité en fin de journée ; on retrouve cette activité dite « bimodale » chez certains reptiles par exemple.

Ces périodes de transition entre jour et nuit, pas trop chaudes ni trop froides, pas trop éclairées ni trop obscures sont effectivement des compromis. Elles permettent à de nombreuses espèces de satisfaire au mieux leurs besoins tout en minimisant les risques auxquelles elles s’exposent (prédation, déshydratation, ...).

 

Le compromis, une richesse ... et si c’était une leçon à méditer pour nos sociétés humaines ?

Commentaires

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2014-03-09 11:42:15 +0100

Mieux vaut un compromis que rien mais faut pas trop de compromis mais plutôt une recherche d'équilibre

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2014-03-09 12:48:05 +0100

Belle idée sur laquelle se clôt votre article.
Dans les sociétés humaines, les lieux de transition ( frontières, villes cosmopolites ) se sont souvent révélés être des endroits d'une intense vie relationnelle, culturelle et intellectuelle. A la manière des "écotones" et des "chronotones", ces lieux de transition ont pu être d'une richesse et d'une diversité extraordinaire.
Je ne citerai que quelques exemples : l'Andalousie, en 1492, juste avant sa chute après la Reconquista, rassemblait des cultures, juives, musulmanes et chrétiennes ; ce fut une région des plus intenses intellectuellement à ce moment-là. On peut extrapoler avec d'autres villes comme Alexandrie, Constantinople, etc...
Quand il est possible de se parler, d'échanger, de faire des compromis, tout le monde y gagne.
Il y aurait encore beaucoup à dire sur cette question-là.

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2014-03-09 14:26:14 +0100

"Le compromis, une richesse ... et si c’était une leçon à méditer pour nos sociétés humaines ?"
La règle du jeu est que des adversaires acceptent des concessions mutuelles, alors ils deviennent partenaires visant un objectif commun: trouver un accord.
Le Grenelle de l'environnement fut un exercice de ce genre, nouveau en France.
Echanges et interactions entre adversaire/partenaires défendant leur opinion mais toujours soucieux d'aboutir à l'accord. Cela demande de la volonté ! Mais quelle récompense quand on sort du conflit!
Compromis: c'est souvent une via media où on se retrouve paisiblement ENSEMBLE pour coopérer à la mise en oeuvre de l'accord trouvé.
C'est difficile à toutes les étapes: la réalisation de l'accord et son suivi.
En France, le Grenelle a établi une brèche dans la culture du conflit …
Durablement?

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2014-03-16 10:20:47 +0100

Les écotones, zones de transition ecologique, nous pourrions aussi aborder les friches industrielles, les terrils et autres vestiges industriels qui, à la faveur d'un abandon des activités, se sont transformés en richesse…
Personnellement, je pense que les seules vraies zones de transition écologique devraient être hors de toute influence humaine (exploitation, cueillette ou autre) afin d'en faire des îlots de régénéressence de la flore comme de la faune. Et ces espaces prendront un moment avant d'être repeuplés, mais il n'y a qu'à observer la richesse de ces zones de transition pour en connaître l'extrême valeur ! Bel article!

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À propos de l'auteur

Depuis 2012, j'apporte de mon temps et de mes compétences à l’association Humanité et Biodiversité (administrateur de 2012 à 2015), où je contribue au développement des Oasis nature et à l’approfondissement de plusieurs thématiques déjà portées de longue date par l'association H&B ex Ligue Roc (cohabitation avec les grands carnivores, considération des espèces dites « nuisibles », ...). Cet eng...

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