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Des dauphins Maui au dilemme des choix étatiques

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Publié dans
le 28.08.14
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Une publication récente de notre site a attiré l'attentin de Hubert Reeves. Il a d'abord réagi par un commentaire que nous avions déposé sous l'article et a ensuite décidé de rediger un billet publié sur lepoint.fr.

Le voici.
" Dans la réalité, il arrive parfois que deux objectifs respectables s'opposent. Il peut y avoir de bons arguments en faveur de l'un et de l'autre. Il devient alors nécessaire de choisir. Tel est le cas aujourd'hui pour les dauphins Maui, des cétacés d'une grande élégance qui vivent en Nouvelle-Zélande. Leur population est réduite à moins de soixante individus. Ils sont concentrés dans un sanctuaire de petite dimension qui leur est consacré. Il n'y en a pas ailleurs. Aujourd'hui, cette zone est devenue d'un grand intérêt pour les prospecteurs pétroliers. Ils veulent y implanter leurs forages. Cette exploitation pourrait apporter, dit-on, plus d'un milliard de dollars par an à l'État. Elle éviterait, de plus, un retour au charbon (plus préjudiciable à la biosphère que le pétrole). Mais ce projet mettrait sérieusement en danger l'avenir des dauphins de Maui.

Engrenage

Notre réaction instinctive est de nous opposer à ce projet malencontreux au nom de la protection de la biodiversité déjà bien malmenée. La disparition prévisible de ces cétacés nous attriste. Encore une fois, il paraît que le profit l'emporterait sur la préservation de la vie. Mais voici l'occasion d'y regarder de plus près, au-delà de ce cas qui a suscité le besoin d'évaluer la situation dans sa globalité. De tels dilemmes ne concernent pas que la Nouvelle-Zélande... Les pays riches de leurs forêts primaires, et tous ceux qui détiennent une flotte de pêche en mer, sont confrontés à de tels conflits entre leur économie et la préservation de la biodiversité. C'est l'affrontement de deux logiques différentes. Généralement préserver la biodiversité implique de maintenir le fonctionnement des écosystèmes sur le long terme. C'est indispensable pour que les humains à venir puissent vivre décemment, voire vivre tout court. Or l'économie exige des décisions de (très) court terme. Le système économique actuel, l'économie de marché, la demande toujours croissante d'énergie de la part des Terriens, tout cela entraîne les États dans une sorte d'engrenage. Ils ne peuvent négliger les besoins de leurs citoyens et particulièrement dans les pays en développement.

Sur les plateaux de la balance, nous avons d'un côté la pérennité du vivant dont Homo sapiens dépend et, de l'autre, les besoins immédiats des populations humaines toujours plus nombreuses et aspirant à toujours plus de confort. Mon intention ici n'est pas de choisir entre les deux options. J'en suis bien incapable et je suis heureux de ne pas avoir à le faire. Je veux cependant mettre en évidence la difficulté de cette situation. On doit la prendre en considération avant de jeter l'opprobre sur ceux qui auront à décider. Il faut se souvenir que dans le monde réel, comme l'écrivait Sempé, "rien n'est simple". "

Vignette accompagnant le Billet © Brandon Cole / Biosphoto

Commentaires

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2014-08-28 09:11:41 +0200

Ce billet pose clairement les difficultés de la période. Notre monde économique et social va mal, chômage de masse, pauvreté, épidémie. On est donc tenté d'agir dans l'urgence sous la pression des opinions publiques. Le long terme n'est pas dans l'univers temporel des personnes. Si l'on prend le cas de la France, les français attendent le recul du chômage, même si cela met en cause la biodiversité. C'est le cas des grands projets d'infrastructure, avec néanmoins des progrès en matière de protection ou de compensation.
Il nous faudrait essayer de construire une grille d'analyse qui combine les enjeux selon leur temporalité. Il resterait alors au débat public à trancher et aux élus à prendre en connaissance de cause la décision. C'est le principe de base de la démocratie. Mais cette démarche valable pour les projets, non soumis totalement au marché, est-elle réaliste pour ceux qui dépendent d'un fonctionnement plus ou moins transparent des marchés.
L'expérience historique de la planification impérative nous incite à la prudence.
Le rôle de notre association devient alors primordiale, en soulevant les enjeux de la survie des écosystèmes et en multipliant par le biais des oasis les réponses humaines à des situations parfois inhumaines.
Osons expérimenter.

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2014-08-28 09:45:31 +0200

Ce qui est étonnant, c'est que le choix ne soit qu'entre pétrole (hydrocarbures) et charbon, et que, précisément, l'intelligence de l'Homme n'ait toujours rien de mieux à proposer en 2014, après plus d'un siècle d'exploitation du charbon et du pétrole...Donc, on peut raisonnablement jeter l'opprobre sur un état de fait: lorsque de grands intérêts financier sont en jeu, les petites bonnes idées, nombreuses, émergeant d'inventeurs sans trop de moyens, sont tuées dans l'œuf alors qu'elles pourraient apporter leur part de contribution à un monde meilleur...Quant à l'humanité souffrant de pauvreté, chômage, mauvaise alimentation (excessive pour les uns, insuffisante pour les autres), elle devrait clairement reconsidérer ses choix démographiques. En France, un couple n'ayant qu'un enfant ne perçoit aucune allocation alors que plus on a d'enfants, par la suite, plus on touche d'allocation, le 3ème enfant "rapportant" plus que les 2 premiers... En Irlande, l'avortement est interdit...Il y a encore des prises de positions contre la contraception. Pourtant, la démographie humaine galopante est problématique. Tout ce qui est excessivement proliférant fait courir à la vie dans son ensemble un danger, que cela plaise ou non (ce n'est pas une pensée que j'aime exprimer, mais au plan objectif, il apparaît important d'évoquer ce sujet toujours évité).

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2014-08-28 10:11:59 +0200

Eh oui, le long terme a été négligé: on s'en aperçoit a posteriori. On a vécu dans l'illusion de ressources sans fin…
Savoir maintenant intégrer le long terme est une culture à acquérir … dans la douleur ...

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2014-08-28 11:37:43 +0200

Cela fait un moment déjà que me trotte par la tête le problème de surpopulation . La plupart des états ( et des religions) mènent des politiques natalistes incompatibles avec l’amélioration pour les plus démunis de leurs conditions de vie et tout simplement avec le survie de l'homme à moyen terme. Mais ceci est poser sans doute un problème iconoclaste. Pourtant, il va bien falloir arriver à stopper cette inflation humaine. Il ne s'agit pas de "faire la chasse aux pauvres" mais bel et bien d'arriver à un contrôle des naissances dans tous les pays... On en est loin. En même temps, il est de plus en plus vital d'inventer d'autres bases de société humaine et ce au niveau mondial. Là encore on en est loin, on prie "Sainte croissance" ici et partout dans le monde au mépris de l'être humain et bien entendu des autres habitants de la planète
La réflexion de notre président me fait penser au vieux proverbe "choisir entre la peste et le choléra". Effectivement nous n'avons pas à choisir entre deux maux mais à tenter de d'inventer d' autre choix. Il faudrait avoir un sacré courage politique pour remettre en cause ces non choix de société que l'on nous assène au nom du profit de quelques uns. Et je ne suis pas certaines que nos politique aient ce courage là.
En tous cas je remercie Germaingrignan d'avoir osé abordé ce sujet... qui fâche

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2014-08-28 15:47:02 +0200

N'y a t'il pas d'autre solution que PETROLE ET EXTINCTION DES DAUPHINS MAUI OU CHARBON ET PRESERVATION DES DAUPHINS? Parfois, les choses ne sont pas étudiées dans leur intégralité...j'en veux pour preuve l'électricité...largement gaspillée, il est dit que l'éolien et le solaire engendre des dégâts (vrai pour les grandes installations) et ne produisent plus d'électricité lorsqu'il n'y a ni vent ni soleil (pas toujours vrai!). Néanmoins, il existe des habitations neutres en énergie, voire à énergie positive. Une éolienne à effet venturi, des panneaux photovoltaïques bien orientés, un chauffe-eau solaire, voire un bassin de stockage de l'eau permettant de "stocker l'énergie" pour faire face à d'éventuelles pénuries (l'eau étant alors envoyée vers le bas et actionnant une turbine)...et des économies (pas d'appareils très gourmants en electricité dans la maison...une bonne isolation) suffisent à produire une telle maison. Mais cela, on n'en entend pas parler, et dans le bâtiment "conventionnel", une telle maison n'existe pas...d'anciens ingénieurs résidant sur un haut plateau dromois ont ainsi conçu leur habitation, et l'electricité qu'ils produisent en excès est revendue à Enercoop...Si j'en reviens au pétrole, à qui est-il destiné? En 2050, le problème de la pénurie ne sera t'il pas général, de toute façon? Forer et extraire gaz de schiste et sables bitumeux n'Est-ce pas jouer les "prolongations" pour une dépendance excessive au pétrole qui, de toute façon, va poser problème? Repousser au lendemain notre confrontation réelle face à ce problème n'est pas non plus une solution, même si l'on clame "économie" "croissance "emploi" ...valoriser d'autres solutions, qui émergent, ça et là dans le monde, et prouvent qu'on peut faire autrement, ce serait utile. Et cela donnerait aussi des arguments aux personnes qui y croient foncièrement et se voient toujours rejetter à la figure l'écolo-scepticisme des personnes tentées par la facilité de continuer à consommer sans conscience, et qui préfèrent croire que l'écologie n'est pas possible car cela leur permet de se débarasser des problèmes sur le dos des générations futures... les dauphins sont un épiphénomène (très attristant) d'un problème global.

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2014-08-28 16:47:51 +0200

Réduire la population… sujet nullement tabou mais très difficile.
D'abord une info: En France: l'indice de fécondité est passé en 2013 sous le seuil des deux enfants par femme. Voir la source
.
La réduire où? Les peuples qui font beaucoup d'enfants ont un niveau de vie tel que chacune de leurs familles nombreuses a moins d'impacts sur la nature qu'une famille occidentale avec un ou deux enfants seulement.
La réduire comment?
Chaque pays est souverain…

.
A supposer que des mesures soient prises, en attendant qu'elles produisent l'effet escompté, le gouvernement néo-zélandais doit répondre aux besoins actuels.
La conclusion serait la même pour la conversion aux énergies renouvelables…
Donc, pour tout décideur, le dilemme est inéluctable.

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2014-08-28 19:04:56 +0200

Sur notre territoire, je parlais avec un élu qui disait qu'il était nécessaire de construire de nouvelles routes et de nouveaux immeubles car il y avait accroissement de la population et des voitures donc... sans même se poser la question de savoir s'il était judicieux d'accroitre le nombre de résidents sans prendre en compte les chômeurs existant sur le territoire, les différents centres village aux appartements vides à rénover. Bref la politique du on verra plus tard, on fait face à l'urgence.
Sur la pression exercée dans les pays pauvres par la population, notre objectif est il de maintenir l’illettrisme, la pauvreté, le statut d'esclave de la femme, le saccage de la nature et le fleurissement d'immenses bidonvilles au nom de quelle liberté?
Loin de moi l'idée d'une société liberticide mais faire 10 enfants quelle que soit l'état dans lequel nous vivons est une aberration.

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2014-08-28 19:05:04 +0200

Il nous faut avancer collectivement à partir du billet d'HUBERT.
Il faut des critères de choix qui correspondent à notre conception du développement durable. Un compromis entre-l’économique, le social et l'environnemental.
C'est bien la notion de compromis négocié qui est centrale. Sauf urgence majeure, nous devons prendre en compte l'avis des autres acteurs, ceux du profit, ceux de l'emploi. Nous devons démontrer par nos oasis la faisabilité d'un monde plus respectueux de la biodiversité.
.
Il faut des Oasis dans les quartiers pauvres et ne pas les réserver à une catégorie sociale aisée.

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À propos de l'auteur

Humanité et Biodiversité, est une association loi 1901, reconnue d’utilité publique, agréée au titre de la protection de la nature. Elle est actuellement présidée par Bernard Chevassus-au-Louis, et Hubert Reeves est devenu son actif président d'honneur. Humanité et Biodiversité mène une action de plaidoyer et d'influence pour faire émerger dans la société les défis posés par l’érosion d...

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