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Des indicateurs de biodiversité testés à grande échelle pour les paysages agricoles.

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Publié dans
le 10.06.12
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Dans de nombreux paysages agricoles européens, le nombre d’espèces présentes connaît un déclin considérable. Une étude à très grande échelle dans sept pays, à laquelle ont participé des chercheurs de l’INRA, a permis de montrer qu’aucun groupe d’espèces ne peut servir à lui seul d’indicateur de la biodiversité des paysages. Cette étude confirme que le maintien de la diversité des paysages et de leur hétérogénéité est indispensable pour offrir des habitats à toutes les espèces.

Le déclin de la biodiversité dans les paysages agricoles de nombreux Etats-membres de l’Union européenne est un fait bien connu. De nombreuses études concordent pour établir que parmi l’ensemble des facteurs pouvant jouer un rôle positif dans la richesse en espèces de ces régions, l’hétérogénéité des habitats, la présence d’éléments comme les haies, les talus, ….ainsi que des pratiques agricoles moins intensives occupent une place particulièrement importante. 

Cependant, peu d’études ont pris en compte un large éventail de variables couvrant tous les aspects de l’utilisation des terres. La plupart ont été menées à une échelle spatiale relativement modeste, ou bien se sont limitées à la prise en compte d’un nombre restreint de groupes d’espèces, sans que l’on puisse extrapoler leurs résultats à une plus grande échelle ni à d’autres groupes d’espèces.

L’étude présentée dans le Journal of Applied Ecology prend en compte un nombre beaucoup plus large de variables permettant de cerner les paysages dans leur ensemble. Les auteurs se sont fixé deux objectifs principaux. Tout d’abord, mener une analyse à l’échelle du continent européen afin de déterminer si certains groupes d’espèces pouvaient constituer des indicateurs de la biodiversité globale. Ensuite, savoir s’il existe des relations cohérentes entre la richesse spécifique, d’une part et la configuration et le mode de gestion des paysages agricoles, d’autre part. Si tel était le cas, on disposerait d’un moyen pour surveiller l’état de la biodiversité et pour améliorer la gestion de ces paysages.

L’étude a été conduite dans 25 sites agricoles de 16 km² répartis dans sept pays européens : France, Belgique, Pays-Bas, Allemagne, Suisse, République tchèque et Estonie. Ces sites reflètent un large éventail de l’intensité de l’usage des terres et de types de paysage. Dans chaque région, le nombre total d’espèces de plantes, d’oiseaux, d’abeilles et autres insectes et de cinq groupes d’arthropodes a été évalué. Les variables comme la diversité, la surface, l’organisation spatiale des éléments présents (ex : haies, bosquets, prairies, cultures, ….) ont été choisies pour rendre compte de la structure du paysage. L’évaluation de l’intensité de l’agriculture s’est basée sur la diversité des cultures, la densité de l’élevage et l’utilisation de pesticides et d’engrais. 

Les variations régionales de la richesse en espèces peuvent être bien évidemment dues à des facteurs biogéographiques et climatiques qui ont été exclus de l’étude pour se concentrer sur les variables choisies. Plusieurs corrélations ont pu être établies entre un groupe d’espèces testé comme indicateur et le nombre d’espèces d’un groupe donné présentes sur un site. Aucune espèce ou groupe d’espèces unique n’ont pu être identifiés comme étant un bon indicateur de prédiction de la présence de tous les autres.

D’autres corrélations ont été mises en évidence entre groupes d’espèces et indicateurs du paysage. La variable de loin la plus importante pour expliquer la richesse spécifique est la surface en habitats semi-naturels, l’autre paramètre significatif étant la diversité de ces espaces agricoles.

Le nombre total d’espèces de plantes augmente avec la surface des zones semi-naturelles d’un site donné et décroît quand le pourcentage de terres agricoles utilisant beaucoup d’engrais augmente. Les mêmes tendances sont observées pour les oiseaux, dont le nombre est corrélé positivement avec la surface des espaces semi-naturels et négativement avec la quantité d’engrais. La richesse en nombre d’espèces d’arthropodes augmente également avec les surfaces en habitats semi-naturels. Seul le nombre d’espèces d’abeilles parmi les arthropodes est corrélé positivement à la diversité des habitats semi-naturels.

En conclusion, aucun groupe d’espèces ne peut servir à lui seul d’indicateur pour évaluer la biodiversité globale des paysages. Chaque groupe, du fait des caractéristiques biologiques des espèces qui le composent, a une réponse différentielle à la variation des paramètres du paysage et de l’usage des terres. La gestion de la biodiversité nécessite donc que des objectifs de biodiversité soient précisés pour aménager les paysages et utiliser les terres de façon adaptée. Par ailleurs, le maintien d’une diversité de paysages, aux niveaux régional, national et européen est une nécessité pour offrir des habitats à toutes les espèces.

Pour aller plus loin, et connaître les références précises : http://www.inra.fr/presse/indicateurs_biodiversite_testes_grande_echelle_paysages_agricoles

Fiche de Presse INRA 23/02/2010 - Rédacteur : Service Presse INRA 

Photo du site INRA : Bocage breton. © CAREN

Commentaires

À propos de l'auteur

Bonjour, Passionnée de Nature et de la biodiversité qu'elle nous offre, je passe beaucoup de temps à me balader (accompagnée de ma grosse truffe, un Dogo canario du nom de Dixie) et commence petit à petit à m'initier aux plaisirs de l'identification des plantes et animaux qui peuplent nos quelques espaces encore préservés. J'ai la chance d'avoir un petit jardin arboré qui me permet d'obs...

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