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Des paysannes privées d’utérus pour être plus productives (Inde)

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Publié dans
le 23.06.19
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Parce que "Humanité & Biodiversité" et donc humanité.

L'article :

En Inde, des paysannes privées d’utérus pour être plus productives

Des associations de lutte pour les droits des femmes alertent sur un nombre anormalement élevé d’ablations forcées de l’utérus de coupeuses de cannes à sucre dans un district du centre du pays. Elles pointent même une entente financière entre le secteur médical et les dirigeants d’exploitations.

Usha, 32 ans, est coupeuse de canne à sucre, comme ses parents. Lorsqu’elle a 12 ans, ces derniers la marient de force pour ne pas qu’elle reste seule lorsqu’ils émigrent pour la récolte. Entre 13 et 20 ans, elle donne naissance à trois enfants, après quoi elle est stérilisée. Obligée de continuer à travailler jusqu’au terme de sa grossesse, elle accouche des deux derniers à l’usine de transformation. Après le dernier accouchement, elle ne reçoit aucun soin et ne peut se reposer que quelques jours. Au bout de quatre mois, une ligature des trompes, des pertes blanches et d'intenses saignements surgissent. Après divers traitements infructueux, elle se rend dans un hôpital privé. Le médecin préconise une ablation immédiate de l’utérus. Après l’opération, elle ressent des maux dans le bas du dos, dans le cou et des caillots sanguins apparaissent dans ses jambes. De l’acte médical, elle n’a aucune trace écrite.

Le calvaire d’Usha est rapporté par mail à RFI par MahilaKisanAdhikarManch (MAKAAM), une association membre d’un réseau d'ONG spécialisées dans la lutte pour les droits des femmes. Les faits décrits se sont déroulés à Bid, un district de l’État du Maharashtra, dont Mumbai (ex-Bombay) est la capitale. Le calvaire d’Usha n’est pas isolé. Mais c’est la nombre anormalement élevé de ces cas qui a conduit ce réseau à tirer la sonnette d’alarme. Ces derniers jours, deux sites d’information, le Hindubusinessline d’abord puis le Firstpost, dont l’article a été repéré par Courrier international, ont rapporté des histoires similaires alimentées par d’édifiants témoignages.

4500 ablations en trois ans

Chaque année, environ 1,4 million de saisonniers sont engagés pour la coupe de la canne à sucre (septembre à mars) dans l’État du Maharashtra. La majorité est originaire d’une région appelée Marathwada, et dont le secteur de Bid est le principal pourvoyeur. « Les coupeurs de canne vivent dans des conditions misérables, sans eau potable ni sanitaires dans leurs abris de fortune », explique le réseau dans un communiqué. Parmi eux, « les femmes sont particulièrement vulnérables : leur corps est non seulement exploité mais il est aussi contrôlé. On note une hausse du nombre d’hystérectomies effectuées sur les coupeuses de canne et un pic juste avant le début de la récolte. »

Ainsi, selon deux enquêtes menées à Bid par les autorités régionales et étudiées par les militants, en 2018, sur 200 femmes interrogées, 72 avaient subi une ablation de leur utérus. Le taux de ces actes s’élève à 36%, contre une moyenne régionale de 2,6% et nationale de 3,2% ; en 2019, le nombre est déjà de 21% en l’espace de cinq mois. Au total, près de 4500 hystérectomies auraient été effectuées à Bid au cours des trois dernières années. Enfin, selon les informations obtenues de l’administration de Bid par le Firstpost, 85% des chirurgies ont été pratiquées dans des hôpitaux privés, parfois dépourvus de gynécologue.

Pourquoi ? « Les femmes qui ont leurs règles ou qui sont enceintes ne sont pas considérées comme de bonnes travailleuses. Donc leurs employeurs s’assurent, en avançant l’argent, qu’elles subissent une ablation de l’utérus. » L'objectif poursuivi par les entrepreneurs sucriers est clair : obtenir une plus grande productivité de la part de ces femmes qui peuvent alors travailler de façon ininterrompue. Dans la plupart des cas, elles sont forcées à retourner au travail sans avoir pu récupérer. Les pauses ne sont pas admises et chaque jour non travaillé est retenu sur la maigre solde, souvent la seule de l'année pour les familles. Les conséquences sur la santé des femmes sont lourdes, incapacitantes et chroniques.

Endettées

Une autre source associative locale, contactée par email, dénonce pour sa part « la cupidité du secteur privé, et l’ignorance, et parfois la complicité, de l’État. Les acteurs de santé privés, qui ne sont pas contrôlés, dégagent d’énormes bénéfices de l’exploitation de ces pauvres femmes. Il y a aussi des croyances patriarcales sur l’inutilité d’un utérus après plusieurs grossesses. »

Le réseau d’associations s'insurge lui aussi contre ces pratiques mafieuses : « un intérêt commercial évident lie les entrepreneurs, les propriétaires des usines et le corps médical. Les praticiens persuadent les femmes d’accepter ces hystérectomies en brandissant des risques de cancer ou d’œdème à l’utérus. Ces femmes sont amenées à penser qu’après avoir fait deux ou trois enfants, leur utérus ne sert plus à rien. Elles placent alors toutes leurs économies dans ces opérations. » Les victimes évoquent des interventions forcées allant de 250 à 500 euros, soit grosso modo l’équivalent du salaire d’une saison entière. « Elles sont alors endettées et à la merci de leurs employeurs », concluent les ONG.

Et le réseau associatif d’ajouter : « de toute évidence, ces violations des droits sont très répandues dans d’autres secteurs du Maharashtra. * » Ainsi, l’Hindubusinessline rapporte qu’à Vanjarwadi, bien loin de Bid mais toujours dans le même État, les hystérectomies sont « * la norme ».

Le gouvernement a publiquement promis des enquêtes et des poursuites contre les responsables de ces agissements. MAKAAM et les autres ONG s’indignent quant à elles de l’incurie judiciaire des autorités.

Mes impressions :

Il n'est pas question de clouer l'Inde au pilori, c'est une actualité, une répétition de ce que l'on peut trouver, à une échelle ou une autre, dans le présent et le passé, d'un comportement humain qu'une société, comme d'autres sociétés avant et en même temps ailleurs, laisse faire, organise presque et en tout cas y participe.
Pour du profit, petit profit sans doute sans parler de ce qui est perdu, et pour les femmes et pour ceux qui leur font faire cela, pour la société qui leur fait faire cela.
L'inde est la plus grande démocratie du monde, c'est aussi un état géant, complexe avec une histoire riche et millénaire, et donc beaucoup de diversités dans tous les sens du terme, d'inégalité donc aussi ... la France a aussi son lot et ses responsabilité, en bas de chez nous.

On a pu observer, être victimes, de ce type de comportement, à plus ou moins grande échelle, avec plus ou moins de visibilité, de conséquences.
Parce qu'ils sont de telle religion, parce qu'ils sont "handicapés mentaux", parce qu'ils sont d'une autre couleur, parce qu'ils ont une autre orientation sexuelle, parce qu'ils n'ont pas la même culture, parce qu'ils sont sales, parce qu'ils sont malades, vieux, petits ...
Parce qu'il s'agit de gagner (on ne sait jamais bien quoi mais cela est secondaire ...) , d'être supérieur à quelqu'un, à un groupe... pire encore parfois : parce que c'est facile.
Facile de trouver des coupables, de trouver des "complices" actifs ou passifs, de trouver des méthodes, on trouvera toujours de "bonnes raisons" des justifications, pour blâmer qui ont aura l'idée de blâmer à tel ou tel moment.

Et cela au mépris de notre humanité, de ce que nous sommes les uns pour les autres : interdépendants.
Au-delà de toute éthique, au-delà de toute réflexion sur nous-mêmes, sur ce que nous sommes, sur ce que nous faisons, et pourquoi, et comment.

Nous souhaitons pouvoir continuer de vivre sur cette planète, nous faisons face à un défi : celui d'un système vivant planétaire qui se retourne contre la vie telle que nous la connaissons, un défi plus grand que tout autre auparavant, un défi que nous avons créé, que nous nourrissons alors que nous devrions l'affaiblir pour avoir une chance.

Je pense que tant que nous nous comporterons avec nous-mêmes, comme nous le faisons avec ces femmes en Inde, les juifs pendant la seconde guerre mondiale, les indiens d'Amérique (nord, centrale et sud) décimés, les handicapés qui ont pu être stérilisés, les homosexuels réprimés, les malades laissé à leur sort, les "autres" être victimes de racisme, les plus faibles abandonnés, la liste serait trop longue ... et bien nous n'avons aucune chance de changer la donne, la vie sur Terre changera et ce à notre détriment plus plus fort.

Je pense sincèrement que, en tant qu'humanité, que groupe de vivants dans cette biodiversité qui nous permet de vivre tel que nous le faisons, ce dont nous avons le plus besoin c'est une évolution collective des consciences.
Et par cet article ce sont les femmes victimes de ce type de comportement, de mutilation, qui sont l'exemple que nous avons beaucoup de chemin à faire, et que nous avons de moins en moins de temps.

Commentaires

À propos de l'auteur

Vous savez ce que l'on dit ? A deux on se tient compagnie, à 3 on fait la fête. Ce qui m'amène toujours à me rappeler qu'à 4 on médite :) Comme une plante ne peut pas être, seule, sans rien au milieu de nulle part, car si il y a une plante, même profondément et invisible, il y a de l'eau, et ce nulle part n'est pas non plus un sol "vide" ne permettant à rien d'y apparaître, même si il faut de...

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