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Famine et spéculation. Le rôle de la biodiversité dans les pays en lutte pour leur survie.

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le 11.08.12
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Il est surprenant que l'ancien ministre de l'agriculture ne fasse pas référence à la nécessité d'une approche de l'agriculture qui intégre la biodiversité. La lutte contre les famines dans le Monde ne passera pas uniquement par la lutte contre les spéculateurs, mais aussi par la mise en valeur des ressources vivantes de chaque pays. Mise en valeur, mais reproductibilité. On ne doit pas gérer la biodiversité comme on gère les ressources fossiles. Il est encore temps peut-être ?


Le texte de Michel Barnier, commissaire européen chargé du marché intérieur et des services


: "Non à la financiarisation des marchés agricoles 


Chaque jour, les écrans télé et les journaux nous interpellent par leurs titres chocs sur la crise des dettes souveraines et de l'euro. Aussi grave soit-elle, cette crise des pays riches et de l'insouciance des années passées ne doit pas faire oublier aux Européens une autre crise : celle de la faim et de l'insécurité alimentaire.


Dans la Corne de l'Afrique et dans le Sahel, la sécheresse, les conflits armés condamnent à la faim et à la mort enfants et adultes. Au Niger, au Burkina Faso, en Gambie, au Mali et au Tchad, 18 millions de personnes sont sans nourriture, sans eau potable, sans aide vitale. Cette menace de l'insécurité alimentaire a pris une ampleur nouvelle depuis 2007-2008 avec la hausse brutale des cours des matières premières agricoles. Il ne fait aucun doute que l'alimentation sera l'un des principaux enjeux de ce siècle : selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), la demande alimentaire mondiale augmentera de 70 % d'ici à 2050, pour nourrir une population qui passe de 6 à 9 milliards.


Pour y répondre, il faut un changement de paradigme dans les politiques internationales. La sécurité alimentaire, la capacité à nourrir le monde, ne pourra être que le résultat de politiques volontaristes menées dans la durée. Au-delà de l'aide alimentaire d'urgence, pour nourrir il faut d'abord produire plus et mieux. Sans soutien à l'agriculture et à l'élevage, en particulier vivrier, nous n'empêcherons pas de nouvelles crises demain.


Nous devons pour cela augmenter les capacités de production là où elles manquent le plus : en encourageant l'investissement durable dans l'agriculture, au niveau mondial avec les grands bailleurs de fonds, parmi lesquelles l'Union européenne doit maintenir son rang ; mais aussi au niveau des pays en développement, conformément aux engagements pris à Maputo de consacrer 10 % de leur budget au développement agricole.


Il faut aider chaque région du monde à se doter de vraies politiques agricoles. Je pense en particulier à l'Afrique de l'Ouest, dont les pays commencent à mettre en place des outils pour gérer les défis communs : calamités naturelles, meilleure gestion de l'eau et des stocks agricoles. Bref, mutualiser comme nous l'avons fait nous-mêmes en Europe. Nous devons aussi travailler à un code de conduite pour les investissements fonciers et l'usage non agricole des terres, et agir pour tempérer la volatilité des prix : par une transparence collective sur les stocks existants pour que les marchés jouent mieux leur rôle de formation des prix ; en développant des outils de couverture innovants et sûrs.


Cette volatilité des cours m'interpelle aussi en tant que commissaire européen chargé des services financiers, car elle interroge le rôle des marchés financiers où s'échangent des produits dérivés agricoles. Ces contrats sont dits "dérivés", car leur valeur "dérive", c'est-à-dire qu'elle dépend de l'évolution des prix des denrées agricoles sur les marchés dits "physiques". Les dérivés agricoles ont été créés pour permettre à des producteurs ou à des acheteurs de denrées physiques de se couvrir contre une évolution défavorable de leur cours.


Or, ces marchés ont explosé entre 2002 et 2008, le nombre de dérivés agricoles a été multiplié par trois, et leurs échanges par quatorze ! Cette explosion, qui les a détournés de leur but originel, est due à des acteurs financiers au comportement "spéculatif". La grande mobilité de ces capitaux, couplée à des effets d'emballement collectif et à des techniques comme le trading automatisé à haute fréquence, peut alimenter des bulles à répétition.


Cette financiarisation des marchés agricoles est aussi allée de pair avec une plus grande volatilité des prix physiques, en accentuant les conditions climatiques ou l'asymétrie entre l'offre et la demande.


Les prix du blé, du maïs et du sucre s'emballent. C'est une menace pour les consommateurs, et les populations vulnérables, qui en supportent in fine le coût. Les agriculteurs et les éleveurs, eux aussi, en paient le prix : quand les intrants coûtent plus cher, ou parce qu'ils doivent financer leurs contrats de couverture avant d'avoir vendu leur récolte. La régulation par les pouvoirs publics est donc nécessaire. C'est pourquoi l'Europe agit dans ce domaine. Nous imposerons la transparence aux produits dérivés pour savoir qui vend quoi et à qui. Un nouveau cadre entrera bientôt en application pour dissuader les transactions opaques de gré à gré, standardiser les contrats, les enregistrer dans des référentiels centraux et les diriger vers des chambres de compensation.


Depuis le 1er janvier 2011, une Autorité européenne des marchés financiers assure une coordination plus étroite entre les superviseurs nationaux, ainsi qu'avec les régulateurs des marchés physiques. A l'avenir, ils auront aussi de nouveaux pouvoirs. Les opérateurs devront révéler le niveau de positions qu'ils prennent, et les superviseurs pourront intervenir en cas de volatilité excessive pour plafonner ces positions. Nous proposons de renforcer les sanctions contre les abus des marchés, et notamment les manipulations des marchés physiques et financiers des produits agricoles.


Il faut des réponses fortes et efficaces qui nécessitent une convergence mondiale et des efforts collectifs. L'Europe doit y tenir son rôle et sa place. Afin de rester un partenaire crédible pour les autres pays, face à la crise alimentaire autant qu'à celle de la zone euro, c'est à l'évidence une nécessité d'être de plus en plus solidaires et de plus en plus européens."




Source :http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/08/10/non-a-la-financiarisation-des-marches-agricoles_1744837_3232.html

Commentaires

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2012-08-11 17:13:12 +0200

Pour information: Gordon Conway ( Imperial College London
Professor of International Development ) a donné une conférence dans le cadre du Cycle Biodiversité (2011-2012), organisé par le CERES-ERTI (Ecole Normale Supérieure - Paris):
Biodiversity, Ecology and Food Security à suivre sur http://savoirsenmultimedia....
en anglais.
Il s'intéresse à la question de la faim dans le monde. Il interroge l'évolution du climat et son influence sur l'agriculture avant de se centrer sur l'action des pesticides pour se demander si l'on peut mélanger technologies modernes et méthodes de contrôle naturel. grâce à des exemples pris dans différents pays du monde, il travaille à montrer la nécessité de veiller à la biodiversité.

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2012-08-11 22:25:35 +0200

POUR NOURRIR, IL FAUT PRODUIRE LES ALIMENTS : OUI MAIS
sont en mauvais état:
- la "biodiversité sauvage" et ses services gratuits dans les processus de la production agricole,
- la "biodiversité cultivée ou élevée" élaborée par les générations humaines précédentes.

La sécurité alimentaire passe par la préservation de ces biodiversités et le maintien de la vocation agricole de terres convoitées pour diverses destinations et parfois livrées elles aussi à la spéculation.
Donc en effet il ne faut pas se limiter à ce que préconise Mr Barnier.

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À propos de l'auteur

ex-directeur de Laboratoire INRA, économiste, ex président de l'institut de recherche économique et sociale, ex membre du bureau du CNIS, négociateurs des Grenelles de l'environnement et de la mer, membre du CEDD et de la CNDP. Vice-président d’Humanité et Biodiversité.

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