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Intermarché : Publicité interdite et "auto-label" épinglé

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Publié dans
le 23.07.12
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Paris, le 21 Juin 2012

Le Jury de Déontologie Publicitaire vient de rendre publique sa décision à propos de la plainte déposée par l’Association BLOOM  contre Intermarché pour publicité mensongère : la publicité est interdite au motif que  son libellé peut « conduire à penser » que le groupement Les Mousquetaires joue un rôle « déterminant » « dans  la  préservation  et  le  renouvellement des ressources marines ». Quant à « l’auto-label », tel que le Jury désigne le logo « pêche responsable » d’Intermarché, il s’est fait épingler pour sa « forte ressemblance avec le label du MSC», mondialement connu et qui certifie, lui, une « pêche durable » et non une pêche « responsable ». 

Le jury demande de « faire cesser cette publicité et qu’elle ne soit pas renouvelée ». 

Cette décision, jugée « rassurante » par l’association BLOOM,  met  un  terme  à  la  tentative d’Intermarché de faire croire qu’il existerait une exception française en matière de pêche profonde. « Alors qu’une littérature  scientifique  très  abondante  prouve  le  caractère  non  durable des pêches profondes industrielles, les deux ou trois acteurs français de ces pêches destructrices, Intermarché en tête,  ont  réussi  le tour de force  depuis  le  Grenelle  de  la  Mer de  verrouiller  la possibilité d’un  débat objectif  sur  ces  pêches  impactant  l’environnement  autant que les finances publiques»  commente Claire Nouvian, fondatrice de BLOOM. 

Etanche à l’accablant cumul d’études scientifiques tirant l’alarme à propos des pêches chalutières en eaux profondes, la flotte d’Intermarché, la Scapêche, fait un lobbying actif au niveau européen pour défendre ses  intérêts, clamant haut et fort l’exemplarité de ses pratiques.  « Le stratagème d’Intermarché consiste  à  prendre le contre-pied systématique des griefs qui lui sont attribués en utilisant des ficelles énormes, comme l’affirmation que ses chaluts déployés jusqu’à 1500 mètres de profondeur “exercent une pression sur le fond inférieure à celle d’un marcheur sur une plage“. Un tel commentaire serait risible s’il ne semait pas le doute dans l’esprit des fonctionnaires et des élus, or ce genre de propos extravagants, qui révèlent un mépris absolu de la vérité, permettent de noyer le débat dans un imbroglio technique et de faire croire qu’il existe une controverse scientifique là où il n’y en a guère, explique Claire Nouvian. Tout cela a pour objectif de retarder les prises de décision vis-à-vis du chalutage profond ».

Le résumé des avis scientifiques par le Conseil européen est pourtant sans ambiguïté : « les données scientifiques sont insuffisantes pour prouver la durabilité des pêches [profondes] ».

En effet, l’ensemble  des  captures  européennes  profondes  sont  évaluées  par  les  chercheurs  du  Conseil International pour l'Exploration de la Mer comme se trouvant à 100% « en dehors des limites de sureté biologique ». 

« Gardons à l’esprit que ces constats  alarmants  ne  tiennent  pourtant pas  compte  des dégâts collatéraux causés par les pêches profondes alors que les immenses filets lestés agissent comme des bulldozers géants qui  broient le relief et  les organismes marins  »  explique Claire Nouvian.  Les nombreux chercheurs internationaux qui ont appuyé la plainte de BLOOM disent du chalutage en eaux profondes qu’il est « largement reconnu comme la méthode de pêche la plus destructrice de l'histoire. »  Des coraux et éponges pluri-centenaires sont quotidiennement décimés par les chaluts profonds et  certains poissons  à  longévité  extrême  et  fécondité  réduite  comme  les  requins  profonds, systématiquement capturés par les filets non sélectifs d’Intermarché, sont déjà menacés d’extinction.

La décision du Jury de Déontologie Publicitaire est une première brèche dans la forteresse de la pêche profonde  française,  une activité résiduelle, déficitaire et subventionnée, qui concerne principalement Intermarché (et moins d’une dizaine de navires en France  au total) mais  qui est protégée de  façon injustifiable par les pouvoirs publics,  dans  une  collusion  public/privé  décomplexée.  « La politique de désinformation mise en œuvre avec l’absolution des pouvoirs publics français sur la réalité de la pêche profonde ne suffit plus  à  dissimuler que cette activité  agonisante  n’est  qu’un  château de cartes reposant sur un grand vide scientifique » analyse Claire Nouvian. 

Les autres grandes enseignes françaises (Auchan, Carrefour, Casino et Leclerc) ont toutes pris les mesures qui s’imposaient et retiré de la vente un certain nombre d’espèces profondes. « Intermarché se retrouve isolé et ne pourra pas éternellement tenir le siège contre la science, surtout si pour protéger leur flotte de pêche, ils sont obligés de trahir la confiance des consommateurs. »

Intermarché a  en  effet  développé  un « auto-label » “pêche responsable“ dont le  cahier  des  charges « privé », « appartenant »  à  la  Scapêche  est  impossible  à  analyser puisque celui-ci  n’est pas disponible de façon transparente. L’aspect étrangement semblable du macaron d’Intermarché au label mondialement connu du MSC n’a pas échappé au Jury de déontologie publicitaire qui a  également motivé l’interdiction de la publicité sur le fait que « l’auto-label "Pêche responsable" » du Groupement Les Mousquetaires « comporte un risque de confusion quant à la signification de ce logo ».

« Cela fait plus de 10 ans que l’Assemblée générale des Nations Unies débat de la destructivité du chalutage profond, que les chercheurs du  Conseil  International pour l'Exploration de la Mer  et  du monde entier  expriment  des  inquiétudes  réitérées  et  toujours  plus  nombreuses  à  propos de  cette méthode de pêche et de la vulnérabilité des milieux et des organismes profonds, il est donc évident que le débat  sur  la  pêche  profonde  ne  va  pas  s’arrêter avec  la  décision  du  Jury  de  Déontologie Publicitaire.  Plus  Intermarché  s’enferrera  dans les pêches profondes contre le bon sens et les  avis scientifiques, plus  l’enseigne  s’exposera  aux  critiques  des  ONG  et  des  chercheurs, avec les conséquences  que cela comporte pour sa  réputation. Ces pêches représentent une fraction infinitésimale de leur chiffre d’affaires, pourquoi prennent-ils le risque de laisser cette activité résiduelle ternir leur nom ? C’est un mystère… » conclut la directrice de BLOOM.

VIDÉO: Réaction de Claire Nouvian à la décision du Jury de Déontologie Publicitaire condamnant la publicité d'intermarché. 

Commentaires

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2012-07-23 21:19:39 +0200

Le jury de Déontologie Publicitaire (JDP) a pour mission de statuer sur les plaintes du public à l'encontre des publicités diffusées. Site Internet à connaître:
http://www.jdp-pub.org/

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À propos de l'auteur

Claire Nouvian a fondé BLOOM en 2005, pierre angulaire de toutes ses actions d’éducation et de conseil politique. Les océans sont exsangues : surexploités, pollués et dévastés par des méthodes de pêche destructrices, ils sont méthodiquement vidés de leurs extraordinaires ressources, longtemps pensées inépuisables et de ce fait dramatiquement délaissées par l’opinion comme les pouvoirs publ...

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