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L'alpinisme dans l'Everest et le Mont-Blanc menacé par la fonte des glaces

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Publié dans
le 03.05.14
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  • Les sherpas ont plié bagages. L'une après l'autre, les expéditions ont quitté le camp de base. Sur les pentes de l'Everest, la saison est terminée. Endeuillée par l'avalanche – une chute de séracs, d'énormes blocs de glace – qui, le 18 avril, a tué seize guides népalais dans la cascade de glace du Khumbu. Un passage obligé à haut risque, que les sherpas doivent équiper d'échelles et de cordes pour permettre aux cordées de franchir crevasses et parois englacées.


Une semaine après cette tragédie, la plus meurtrière depuis la première ascension du Toit du monde (8 848 mètres) en 1953, des blocs de glace se sont à nouveau abattus sur cette voie, sans faire de victime.


Plus que jamais, la question de l'impact du réchauffement climatique sur la stabilité des « géants blancs », ceux de l'Himalaya comme ceux des Alpes, est posée. « Le niveau de danger a nettement augmenté pour les grimpeurs », a déclaré, au lendemain du drame, Apa Sherpa, une figure légendaire de l'Everest qu'il a gravi à vingt et une reprises, entre 1990 et 2011. « La première fois que je suis monté, les voies étaient couvertes d'une épaisse couche de glace et de neige, témoigne-t-il. Aujourd'hui, il y a beaucoup de roche nue. »


« LE CHANGEMENT CLIMATIQUE RENDRA-T-IL UN JOUR L'EVEREST IMPRATICABLE ? »


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« On ne peut pas imputer au réchauffement cet accident, qui aurait pu se produire à tout moment. Ni dire que le changement climatique va augmenter la probabilité d'avalanches ou de chute de rochers », répond Tad Pfeffer, glaciologue à l'Institut de recherche arctique et alpine de l'université du Colorado de Boulder (Etats-Unis). « Pour autant, ajoute-t-il, les conditions climatiques, par le seul fait qu'elles changent – des températures plus hautes ou plus basses, un air plus sec ou plus humide, une neige plus abondante ou plus rare – peuvent entraîner une instabilité des systèmes naturels et les rendre plus imprévisibles. Faire, par exemple, que des avalanches se déclenchent là où n'en avait pas observé. » Simplement parce que le climat sera différent, « la montagne, naturellement dangereuse, pourrait devenir à l'avenir plus dangereuse ».


« Le suivi des glaciers himalayens, par des mesures au sol et par satellite, est encore trop récent pour bien appréhender leur réponse au réchauffement sur le long terme », souligne Christian Vincent, du Laboratoire de glaciologie et géophysique de l'environnement (LGGE, CNRS-université Joseph-Fourier de Grenoble), qui étudie depuis 2007 le glacier népalais du Mera, dans la vallée de l'Hinku. La hausse des températures n'est pas le seul facteur en jeu.


« Le bilan de masse des glaciers est moins influencé par les chutes de neige hivernales, qui sont soufflées par le vent, que par les précipitations neigeuses estivales apportées par la mousson », explique le chercheur. Or « la mousson indienne a baissé d'intensité au cours des dernières décennies, ce qui explique en partie le retrait de ces glaciers ».


Le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) prévoit pourtant, d'ici à la fin du siècle, une « hausse des précipitations moyennes et extrêmes » associées à la mousson indienne. Cette évolution pourrait alors entraîner davantage d'avalanches.


UNE ÉTUDE CHIFFRE À 15 CM LA DIMINUTION ANNUELLE DE L'ÉPAISSEUR DES GLACIERS HIMALAYENS


Une chose est sûre : ces glaciers fondent globalement. Même si leur recul est plus lent que celui de leurs homologues alpins et que, du fait de leur étendue – plus de 2 400 km de long –, leurs évolutions sont contrastées, ceux du Karakoram, à l'ouest de la chaîne, ayant connu un léger gain de masse au cours de la décennie écoulée. L'une des synthèses les plus complètes, publiée en août 2013 dans la revue The Cryosphere par une équipe franco-norvégienne, chiffre à 15 centimètres la diminution annuelle de l'épaisseur des glaciers himalayens sur la période 1999-2011, à comparer au 1,1 mètre de couche de glace perdu, chaque année, dans les Alpes.


Conséquence : la formation, dans les cuvettes formées par le retrait du front glaciaire, de lacs qui se remplissent des eaux de fonte et qui menacent de se déverser dans les vallées. C'est l'un des risques majeurs pointés par le Centre international pour le développement intégré de la montagne (Icimod), basé à Katmandou. Celui-ci a recensé, pour le seul Népal, vingt-quatre débâcles glaciaires, parfois meurtrières, au cours des dernières décennies. « Ces réservoirs peuvent accumuler d'énormes quantités d'eau, décrit Christian Vincent. Ainsi du lac népalais Imja, dans la vallée du Khumbu, dont le volume est passé en dix ans de 35 millions à plus de 60 millions de mètres cubes. »


Autre danger, la déstabilisation des glaciers suspendus, dont le réchauffement interne fragilise l'adhérence au socle rocheux. « Les glaciers himalayens, de haute altitude, sont pour l'instant moins vulnérables à ce phénomène, qui est en revanche très manifeste dans les Alpes, indique le chercheur. Par exemple, sur le glacier de Taconnaz , à l'aplomb de la vallée de Chamonix. La température à sa base est aujourd'hui de – 2 °C. Si elle devient un jour positive, il risque de décrocher. »


DES ÉCROULEMENTS DE PLUS EN PLUS NOMBREUX ET VOLUMINEUX


L'élévation des températures entraîne aussi la dégradation du permafrost, c'est-à-dire le réchauffement des terrains gelés en permanence. Avec comme résultat le dégel de la glace présente dans les fissures de la roche, dont elle assure la cohésion. On assiste alors à des écroulements rocheux.


Ce processus est bien documenté dans le massif du Mont-Blanc, depuis la thèse que lui a consacrée, en 2010, Ludovic Ravanel, chargé de recherche au laboratoire Environnements, dynamiques et territoires de la montagne (Edytem, université de Savoie-CNRS) et codirecteur du service de prévention des risques et des secours en montagne de Chamonix.


« Sur un siècle et demi, dans les secteurs des Drus et des aiguilles de Chamonix, l'instabilité des parois rocheuses est clairement corrélée aux périodes les plus chaudes, indique-t-il. Et le suivi, depuis 2007, des écroulements rocheux à l'échelle de tout le massif montre que la dégradation du permafrost est le principal facteur de déclenchement. »


Ces ruptures peuvent être dévastatrices. En janvier 1997, sur le versant italien du mont Blanc, 2,5 millions de mètres cubes de roche s'étaient détachés de l'éperon de la Brenva, provoquant une gigantesque avalanche qui avait déferlé jusqu'au fond de la vallée et remonté la pente opposée, tuant deux skieurs. « Avec le réchauffement en cours, ces écroulements vont se multiplier et ils seront de plus en plus volumineux », prévient le chercheur.


Déjà, sur la voie classique conduisant au Toit de l'Europe, les grimpeurs doivent franchir, entre le refuge de Tête-Rousse (3 167 mètres) et celui du Goûter (3 835 mètres), un passage baptisé « couloir de la mort » en raison de fréquentes chutes de pierres. Et les alpinistes évitent, l'été, des couloirs de glace devenus trop périlleux.


De l'Everest au Mont-Blanc, le risque climatique est devenu un paramètre incontournable de la quête des sommets.


 Pierre Le Hir
Journaliste au Monde


source : http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/05/02/l-everest-et-le-mont-blanc-menaces-par-la-fonte-des-glaces_4410525_3244.html

Commentaires

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2014-05-03 19:34:48 +0200

L'alpinisme …
Les conséquences du réchauffement global aggravent les risques et les itinéraires d'été fiables se feront sans doute plus rares dans les Alpes… La montagne change… Les sportifs comme les acteurs de la vie économique liés à ces activités touristiques sont confrontés à ces modifications.

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2014-05-03 19:48:14 +0200

Bien sûr le bouleversement des écosystèmes de montagne est en cours.
Et la FAO attirait l'attention sur les effets néfastes sur l'eau douce et la biodiversité.
http://www.fao.org/newsroom...

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2014-05-04 16:43:06 +0200

Bientôt, dans les montagnes on verra de moins en moins de glaciers et de neige, et c'est pour cela qu'il faut agir maintenant pour préserver la biodiversité des montagnes!

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2014-05-06 09:42:57 +0200

Évidemment le réchauffement est global et la fonte des glaciers a aussi des conséquences : Les observations satellitaires financées par la NASA sur près de 20 ans, montrent que l’augmentation du niveau de la mer est provoquée par la fonte des glaciers et la dilatation de l'eau sous l'effet de la chaleur.
On estime la hausse d'ici 2100 entre 0,50 cm et 1 mètre par rapport à la fin du siècle dernier.

D’après les dernières estimations, si tous les glaciers du monde fondaient entièrement, le niveau des océans monterait d'environ 61 cm. La fonte complète des glaces du Groenland provoquerait une montée de 6,1 m des eaux. Mais si la totalité de la calotte glaciaire de l'Antarctique fondait, la hausse des océans tournerait autour de 61 mètres.

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2014-05-06 09:46:59 +0200

A DDmax: merci de votre commentaire.
Un ajout de ce type serait d'autant plus intéressant s'il s'accompagnait des sources des informations données afin qu'elles puissent être vérifiées.

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2014-05-06 10:38:57 +0200

61 mètres, je m'interroge.

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2014-05-06 10:56:32 +0200

DDmax n'ayant pas encore fourni ses sources, j'ai trouvé ceci:
Contrairement à la fonte de la banquise, la fonte des glaces d'eau douce, c’est-à-dire des calottes glaciaires et des glaciers, contribue à la montée du niveau de la mer. Sur le continent antarctique, ce sont 30 millions de km3 de glace qui sont stockés, soit 2 % de l'eau terrestre, mais 75 % de l'eau douce et 90 % des glaces. La fonte totale de l'Antarctique équivaudrait à une hausse du niveau de la mer de l’ordre de 60 mètres auxquels il faudrait ajouter la fonte du Groenland, de l’ordre de 7 mètres de plus, l'incertitude étant de plusieurs mètres.
http://www.cnrs.fr/cw/dossi...

Et le 13 décembre 2013 un communiqué de l'ESA disait
Les résultats de trois années d’observation par le satellite CryoSat de l’ESA (EUROPEAN SPACE AGENCY) montrent que la calotte glaciaire de l’Antarctique Ouest perd 150 kilomètres cube de glace chaque année –
http://www.esa.int/fre/ESA_...

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2014-05-06 11:55:32 +0200

Désolé pour le retard l'écriture me prend beaucoup.
Source consultée pour l'élévation du niveau des océans:
http://www.sciencesetavenir...

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À propos de l'auteur

ex-directeur de Laboratoire INRA, économiste, ex président de l'institut de recherche économique et sociale, ex membre du bureau du CNIS, négociateurs des Grenelles de l'environnement et de la mer, membre du CEDD et de la CNDP. Vice-président d’Humanité et Biodiversité.

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