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L’érosion de la biodiversité et l’émergence de virus et bactéries

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Publié dans
le 18.02.16
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La biodiversité fournit de nombreux services aux écosystèmes, en contraignant notamment la transmission de certaines maladies infectieuses. C’est le cas de celles propagées par une espèce « vecteur », qui sont des insectes hématophages comme les moustiques ou les tiques qui se nourrissent du sang des individus.

Dans le cas où ces « repas de sang » se produisent sur un individu infecté – et appartenant à une espèce animale dite « compétente » dans la transmission du pathogène –, le vecteur se trouvera à son tour infecté. Lorsqu’il se nourrira à nouveau, il pourra alors transmettre le pathogène. Ces individus vecteurs pourront de la sorte contaminer des populations humaines, en faisant office de « pont » depuis d’autres espèces animales.

Toutes les espèces ne sont toutefois pas identiquement « compétentes » à transmettre l’agent pathogène : nombre d’entre elles peuvent ainsi être contaminées, mais sans pouvoir transmettre l’agent pathogène. Or ces espèces, appelées « cul de sac », sont d’autant plus présentes que l’écosystème dans lequel elles évoluent est riche d’une grande biodiversité. La présence de nombreuses espèces aura donc pour effet de « diluer » la transmission de l’agent pathogène. C’est ce que l’on appelle « l’effet de dilution ».

Dans un contexte de biodiversité altérée comme aujourd’hui, on a toutes les raisons de penser que ces espèces « cul de sac » disparaîtront les premières, étant généralement moins abondantes et donc plus vulnérables aux extinctions. Une perte de biodiversité pourra donc entraîner une augmentation de la transmission des pathogènes, les espèces vecteurs piquant dès lors majoritairement des animaux plus compétents à transmettre les maladies.

Cet effet de dilution s’observe concrètement, on pense ici au virus de la fièvre du Nil occidental ou à celui de la maladie de Lyme aux États-Unis. Dans ces deux cas, une diminution du nombre de personnes humaines infectées a été observée dans les zones où la biodiversité s’avère la plus dense. Le recours à l’effet de dilution sert également à agir sur certaines maladies affectant les plantes : en Chine, le développement de cultures mêlant différentes types de riz a permis de lutter contre la propagation de la rouille du riz qui ravageaient les variétés les plus économiquement intéressantes.

Il est particulièrement intéressant de se pencher aujourd’hui sur les effets sanitaires positifs de certaines mesures de protection de la biodiversité. Car si les bienfaits de la biodiversité demeurent souvent saisissables pour les décideurs publics, l’émergence de nouvelles épidémies – on pense aux virus du Chikungunya, Zika ou Ebola – ne manque pas d’interroger.

Conclusion: L’état actuel des connaissances scientifiques nous indique que la disparition de certaines espèces animales peut entraîner une hausse de la transmission de ces maladies et leur diffusion à grande échelle. Alors que les liens apparaissent de plus en plus imbriqués entre biodiversité et santé humaine, la gestion raisonnée de nos ressources s’avère plus que jamais essentielle.

Extraits d'un article de Benjamin Roche, Institut de recherche pour le développement (IRD) (intégralité accessile sur le site Theconversation.com (lien founi pour "Plus d'infos")

Complément
Une étude montre que l'effet de dilution semble être un phénomène général.

Commentaires

4
2016-02-19 19:22:45 +0100

Cet article est important, et confirme en effet des études diverses qu'Humanité et Biodiversité a pu faire présenter lors du colloque national qu'elle avait organisé en octobre 2014 (voir http://sante-biodiversite.v... ).
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Les bienfaits d'une biodiversité riche sont multiples pour la santé, à commencer tout simplement par les principes que notre pharmacopée peut y puiser (comme l'antitumoral mis au point à partir de la pervenche de Madagascar). Encore faut-il ne pas avoir détruit une espèce (ou son habitat) porteuse d'un principe bénéfique (dois-je citer la destruction d'une espèce de grenouille dont des chercheurs venaient de découvrir que sa capacité à élever ses têtards dans son estomac laissait supposer qu'elle sécrétait une enzyme antiulcérique!).
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A l'inverse, l'agression de la biodiversité peut nous provoquer en retour de terribles dégats pour notre santé.Sans parler de la déforestation en zone tropicale, qui met les humains en contacts avec des maladies inconnues (comme le virus Ebola, qui se limitait à des chauves-souris et des gorilles)…
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Je voudrais évoquer un cas exemplaire: l'antibiorésistance.
Si l'antibiorésistance - c'est-à-dire la résistance de bactéries pathogènes à tout traitement, à tout antibiotique - est née de l'antibiothérapie lourde dans les salles d'opérations, elle se développe aujourd'hui chez nous tous, du fait d'une prévalence dans les milieux naturels (sols, eaux, faune sauvage, faune domestique).
Tout d'abord, les antibiotiques se retrouvent un jour ou l'autre dans nos rejets, donc dans les eaux: la France consomme 70 tonnes d'antibiotiques par an, en médecine humaine. Mais il en est bien pire en médecine vétérinaire, ou plus clairement en élevage intensif: nos éleveurs utilisent 700 tonnes par an d'antibiotiques, soit en médication de prévention (souvent mélangée à la nourriture) soit en curatif.
Enfin, les études et recherches récentes montrent des résistances croisées aux pollutions chimiques et biologiques. En effet, face à des métaux lourds, à des biocides (pesticides, désinfectants, bactéricides, etc.), en vente libre, utilisés en milliers de tonnes chaque année par nous tous, les bactéries s'adaptent, et leurs gènes résistant à ces agressions, sont des gènes résistants aux antibiotiques. Cette résistance croisée semble en fait la matière noire de l'antibiorésistance.
Et l'antibiorésistance, déclarée fléau mondial par l'OMS, tue chaque année 12 500 de nos concitoyens (chiffres INVS 2015).
Sur ce sujet, voir en particulier le rapport remis à la ministre de la Santé en septembre 2013, avec un volet "antibiorésistance et environnement": http://social-sante.gouv.fr...
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Oui, une biodiversité saine, une biodiversité riche est un gage de santé humaine.
Dois-je rappeler une évidence: l'être humain est un être vivant..

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2016-02-19 22:50:13 +0100

Rappel
En effet, Humanité et Biodiversité a co-organisé avec VetAgro Sup et le Conseil régional Rhône-Alpes le colloque national «Notre santé dépend-elle de la biodiversité ?».
http://www.humanite-biodive...

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À propos de l'auteur

Humanité et Biodiversité, est une association loi 1901, reconnue d’utilité publique, agréée au titre de la protection de la nature. Elle est actuellement présidée par Bernard Chevassus-au-Louis, et Hubert Reeves est devenu son actif président d'honneur. Humanité et Biodiversité mène une action de plaidoyer et d'influence pour faire émerger dans la société les défis posés par l’érosion d...

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