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L’HUMANITÉ À UN MOMENT «IMPORTANT ET DRAMATIQUE»

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Publié dans
le 20.02.18
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A l'occasion de la sortie au Québec de son livre "Le banc du temps qui passe": discussion entre un groupe de lecteurs et l'auteur, Hubert Reeves, notre président d'honneur

Lysiane : Que vouliez-vous apporter à vos lecteurs avec ce nouveau livre ?

Hubert Reeves : Les gens me demandent souvent ce que je pense à propos de sujets assez en dehors de mon domaine, comme la destinée ou la religion. Le but n’était pas nécessairement d’ajouter à la science, mais d’aborder ces sujets en disant exactement ce que je pense, sans me bloquer. J’ai d’ailleurs tenu à dire au début de mon livre que ce n’est pas du tout scientifique ni définitif. Je n’hésite pas au besoin à me contredire !

Emmanuelle : À la lumière de vos réflexions, on se rend compte que le futur peut être assez noir. Est-ce que l’être humain va être assez intelligent pour sauver cette planète, ou va-t-il aller jusqu’au bout de la destruction ?

Hubert Reeves : Personne ne sait comment sera cette planète dans 30 ans. Ce qu’on peut dire, c’est qu’il y a à la fois une puissance de destruction et une puissance de restauration.

Quand on me demande si ça va mieux ou pire, je réponds donc : les deux ! La détérioration se poursuit – que Trump ait quitté les accords de Paris est une très mauvaise nouvelle. Mais en même temps, la Chine devient de plus en plus verte, elle est en train de nettoyer son atmosphère.

Lors de mes premières conférences, il n’y avait que quelques étudiants polis qui venaient éviter le cours de mathématiques ! Maintenant, les sujets d’écologie sont partout. Il y a une réaction vitale devant le danger. Parce que nous vivons un moment important et dramatique : l’avenir de la planète dépend des décisions que l’on prend maintenant. Je compare souvent cette période à celle de 1940, quand Hitler gagnait sur tous les fronts et qu’un homme, Churchill, résistait. À l’époque, c’était la civilisation qui était en jeu. Aujourd’hui, c’est l’humanité même qui est menacée, alors qu’elle est confrontée à sa puissance saccageuse. Il faut apprendre à cohabiter avec notre puissance. C’est loin d’être perdu, mais c’est loin d’être gagné.

Byanca : Malgré tout, j’ai l’impression que vous êtes un optimiste.

Hubert Reeves : Je prends l’attitude Churchill : non, je ne cède pas. Il faut prendre volontairement l’attitude que ce n’est pas foutu, sinon, c’est foutu ! Ça me paraît la seule qui peut mener quelque part. On ne sait pas quel est l’avenir, mais faisons comme s’il y en a un.

René-Pierre : Selon vous, allons-nous découvrir une forme de vie ailleurs dans l’univers dans les 40 ou 50 prochaines années ?

Hubert Reeves : C’est tout à fait possible, et cela pourrait arriver rapidement, avec toutes ces études sur les exoplanètes. On dit avoir trouvé des planètes semblables à la Terre, il y a donc une possibilité d’y trouver de la vie. Or, en science, ce n’est pas parce que quelque chose est possible qu’il existe. J’ai des collègues qui pensent qu’on est seuls… Moi, j’y crois pour un certain nombre de raisons.

Pour que la vie apparaisse, il faut les bonnes conditions. C’est-à-dire idéalement comme sur la Terre, une planète solide où il y a de l’eau, pas trop loin d’une étoile pour avoir de la chaleur, mais pas trop près non plus. Et je pense que la vie est une forme particulière de la matière. Ce n’est pas spécial ni miraculeux, c’est la matière à son plus haut niveau d’organisation. Mais la raison pour laquelle la vie est rare, c’est qu’il faut passer par toutes les autres étapes avant, des atomes aux molécules, etc. La vie sur la Terre a mis au moins 1 milliard d’années avant d’apparaître, et elle se développe depuis ce temps-là.

Dans le système solaire, nous sommes vraisemblablement la seule planète avec de la vie, en tout cas de la vie qui pose des questions ! Mais l’univers est gigantesque, il y a quantité de planètes, la question reste donc ouverte. Bref, c’est un sujet pour les soirées quand la télévision est en panne !

François : Les scientifiques discutent beaucoup entre eux, mais est-ce qu’ils transmettent assez bien l’information au public ?

Hubert Reeves : Je fais partie de l’association Humanité et Biodiversité et notre rôle est d’aller en chambre donner un point de vue scientifique, pour que les députés français n’aient pas que l’avis de Monsanto, par exemple. Le danger, c’est les pressions imposées par les multinationales pour imposer les points de vue qui leur rapportent. Il faut qu’il y ait des gens qui représentent la science indépendamment des options politiques.

René-Pierre : Que pensez-vous du fait que l’humain peut maintenant créer de l’intelligence avec l’intelligence artificielle ?

Hubert Reeves : Il faut remonter à il y a 400 000 ans, quand l’humain a découvert le feu. Il pouvait se réchauffer ou mettre le feu à la maison du voisin. Chaque fois que les humains ont gagné une technologie, ils ont retrouvé ce problème : faut-il s’en servir pour faire des choses valables ou nuisibles ? C’est la même chose avec l’intelligence artificielle : si on peut l’utiliser pour aider des gens avec un handicap, c’est super, mais on pourrait aussi s’en servir pour produire des soldats à la centaine. Il est possible qu’il y ait des Docteur No qui travaillent dans leur laboratoire à faire sauter la planète. Rappelons-nous que la science peut dire comment fabriquer des bombes atomiques, mais pas si c’est une bonne chose ; cela relève de la morale. L’important, c’est donc de faire attention à qui on donne le pouvoir de prendre ces décisions, et de les surveiller avec des comités de bioéthique.

René-Pierre : Sur une note plus personnelle, auriez-vous pu faire autre chose dans la vie ?

Hubert Reeves : Des fois, je me demande ce que je ferais si je revenais sur Terre – on ne sait jamais ! Je ferais sûrement de l’astrophysique, mais aussi de la musique. Mon rêve serait de jouer des quatuors de Schubert au violoncelle, mais évidemment, à mon âge, il ne faut pas y penser ! Si je revenais, je m’inscrirais au conservatoire !

Commentaires

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2018-02-20 19:03:20 +0100

"Le danger, c’est les pressions imposées par les multinationales pour imposer les points de vue qui leur rapportent. Il faut qu’il y ait des gens qui représentent la science indépendamment des options politiques." C'est, parmi d'autres propos très pertinents et bien exprimés, un sujet très important et trop peu traité alors qu'il concerne même la médecine. J'ajouterai que ces pressions sont doublées d'influences habiles, et qu'elles concernent aussi des lobbys tels que celui de la chasse de loisir et des fabriquants et commerçants d'armes à feu !

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2018-02-21 15:55:47 +0100

Schubert c'est peut-être plus adapté que le Requiem de Mozart...
"Science sans conscience n'est que ruine de l'âme !" Rabelais.
Churchill est un symbole de détermination et d'espoir. C'était un grand Monsieur, je vous conseille le film qui porte son nom, film de Jonathan Teplitzky.

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2018-02-26 14:35:39 +0100

plus que le scientifique , ou le philosophe , c'est l'humain qui m'impressionne en monsieur Hubert Reeves .... merci pour nous

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2018-03-06 15:14:38 +0100

Merci Monsieur, je continue mon parcours initiatique d'homme appréciant particulièrement vos écrits , et votre humilité.
Merci Monsieur.

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À propos de l'auteur

Humanité et Biodiversité, est une association loi 1901, reconnue d’utilité publique, agréée au titre de la protection de la nature. Elle est actuellement présidée par Bernard Chevassus-au-Louis, et Hubert Reeves est devenu son actif président d'honneur. Humanité et Biodiversité mène une action de plaidoyer et d'influence pour faire émerger dans la société les défis posés par l’érosion d...

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