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La biodiversité a-t-elle un prix?

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Publié dans
le 01.08.17
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Pour les philosophes et les naturalistes qui l’ont célébrée, la nature a une valeur inestimable par sa richesse et sa complexité en interaction avec l’humanité.

La notion de biodiversité, assez récente, a inspiré des économistes qui militent pour que sa raréfaction ait un prix, comme pour le carbone.

Découvrez ci-dessous l’opinion de notre président, Bernard Chevassus-au-Louis et découvrez la parmi celles des autres participants à l’e-forum du 10 juillet 2017:

  • Pierre Beaudouin Membre de France Nature Environnement
  • Bernard Chevassus-au-Louis Président d’Humanité et Biodiversité
  • Aurore Lalucq Co-directrice à l’Institut Veblen pour les réformes économiques
  • Chloé Lequette Designer et coordinatrice du programme Arbres Sauveurs de Biomimicry Europe
  • Jean-Michel Salles Directeur au CNRS, économiste de l’environnement
  • Marc-André Selosse Professeur du Muséum national d’Histoire naturelle, écologue microbien

à cette page ou dans le document joint, ou dans la revue n° 147, en kiosque.

Sa perte aura un coût

La biodiversité contribue de multiples façons à notre bien-être. La perte de biodiversité aura un coût, que l’on peut mesurer par les dépenses à engager si nous voulons conserver le même bien-être par d’autres moyens. L’exemple classique est la fonction d’épuration «naturelle » de l’eau par la biodiversité aquatique. Si elle disparaît, il faudra construire des stations de traitement de l’eau dont on peut mesurer facilement le coût. Il s’agit bien de «dépenses évitées», et leur donner une valeur monétaire permet de sensibiliser les citoyens aux bénéfices qu’ils tirent du bon fonctionnement de la biodiversité.
Il faut limiter la monétarisation à des aspects qui correspondent à de «vraies dépenses» évitées, comme le rôle de la biodiversité dans le stockage du carbone, la limitation de l’érosion et des inondations, les cueillettes gratuites. Même si les techniques économiques permettent de donner une estimation monétaire de la valeur d’un flamand rose ou d’un vautour fauve, la perte de ces espèces protégées ne sera pas (heureusement ou malheureusement) une «vraie perte» économique. Il faut défendre la conservation de ces espèces avec d’autres arguments, en particulier éthiques.

Se limiter à des cas précis

Pour préciser le champ d’application et éviter le reproche de «marchandisation» de la nature, je pense qu’il faut se limiter à des cas ou la biodiversité est de fait déjà marchandisée sans que cela soit perceptible. C’està- dire des cas où on la détruit pour l’échanger contre d’autres éléments de bien-être. L’exemple est la mise en place d’une ligne à grande vitesse : on détruit de la biodiversité pour gagner du temps ! Et dans ce cas, montrer que l’on accorde une valeur économique au temps gagné (le temps, c’est de l’argent) et que l’on compte à l’inverse la biodiversité pour zéro (ce qui est différent de ne pas la compter), cela peut faire réfléchir. L’ambition modeste de la faire compter pour un peu plus que zéro me semble légitime.

Le défi du temps long

Ce temps long évoqué par Marc-André Selosse me semble un vrai défi pour l’analyse économique, dans la mesure où certaines décisions relatives à la biodiversité (exemple des modes de gestion forestière) n’auront d’effets positifs que dans le temps long (le 22ème siècle et au-delà), avec éventuellement des effets négatifs à court terme (réduction de la production de bois). Dans ce cas, l’arbitrage court terme/long terme doit-il être confié aux économistes ?

Des prix révélés

On ne peut pas demander à des prix «révélés» d’être plus robustes que des prix «pratiqués» : ils seront contingents, liés à des perceptions sociales et des représentations et susceptibles d’évoluer rapidement. Les économistes ne font que proposer une «photographie» instantanée de ces valeurs accordées à la biodiversité. En ce qui concerne les sommes dépensées au titre de la compensation écologique, il faudrait disposer d’un «observatoire de la compensation». L’Agence Française pour la Biodiversité a cela dans ses missions.

Débat sur la substitution

La question difficile est que la solution technologique (les drones pollinisateurs) créée de l’activité économique et de l’emploi, alors que la solution écologique ne le fait pas. C’est la fameuse question de l’intérêt économique du cycle polluer/dépolluer par rapport au fait de ne pas polluer et donc des indicateurs économiques autres que le PIB (dans ce domaine, il semble que cela n’avance guère).

Le problème des quotas

Deux questions se posent :
1) la fixation de quotas biologiquement pertinents. Ainsi, pour le thon rouge, on arrive à dire que le quota admissible est assez proche de celui que les pêches traditionnelles en Méditerranée prélevaient.
2) l’attribution du quota à des pêcheurs locaux ou étrangers. C’est un problème politique car ce sont les autorités politiques des pays africains qui ont autorisé les flottes étrangères à exploiter «leurs» stocks.

Une juste répartition

Il faut tout d’abord admettre que les bénéfices d’une amélioration de l’environnement peuvent être captés (comme toute ressource) de manière inégalitaire et reconnaître donc que le combat écologique ne conduit pas nécessairement à réduire les inégalités environnementales. C’était tout le thème de l’Université d’Été de FNE. Ensuite, il faut voir comment veiller à une juste répartition de ces améliorations de l’environnement. ?

Commentaires

0
2017-08-01 18:51:29 +0200

Quid de la perte de la beauté, des rêves, des sensations que la biodiversité nous inspire et qui sont nécessaire à notre vie tout comme l'eau, l'énergie entre autres?

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À propos de l'auteur

Humanité et Biodiversité, est une association loi 1901, reconnue d’utilité publique, agréée au titre de la protection de la nature. Elle est actuellement présidée par Bernard Chevassus-au-Louis, et Hubert Reeves est devenu son président d'honneur. Humanité et Biodiversité mène une action de plaidoyer et d'influence pour faire émerger dans la société les défis posés par l’érosion de la b...

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