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La lecture de la CFDT de la rencontre de LIMA

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Publié dans
le 16.12.14
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COMPTE-RENDU DE LA COP 20
LIMA, 1-12 DECEMBRE 2014

Contexte

Pour la première fois depuis de nombreuses années, la conférence de Lima se présentait après une série de bonnes nouvelles : Sommet de Ban Ki Moon en septembre où plus d’une centaine de chefs d’Etats ont placé l’urgence climatique au centre de leurs priorités, grand succès de la marche mondiale pour le climat avec près de 400 000 manifestants à New-York, conférences intermédiaires à Bonn en octobre ayant débouché sur un début de texte d’accord pour la COP 21 à Paris l’an prochain, avancées au cours de l’année sur l’abondement du fonds vert pour le climat, sans oublier l’accord Chine-Etats-Unis dont la portée réside surtout dans le signal lancé.

Pour autant, ce climat favorable ne doit pas faire oublier les conclusions du 5ème rapport du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat), dont la synthèse publiée cet automne a rappelé l’urgence d’agir pour conserver une planète viable.

Objectifs

Avant de partir pour Lima, Laurence Tubiana, Ambassadrice pour le climat, avait rappelé les objectifs :

  • Sortir avec une première ébauche du texte de l’accord de Paris 2015, en réduisant au maximum le nombre de points qui devront faire l’objet de négociations et de compromis durant l’année 2015. Un consensus devant être trouvé concernant la structure même du futur accord de Paris ;
  • Décider des modalités des contributions des pays pour tracer la voie d’un réchauffement climatique limité à 2°C maximum. Il était attendu que les négociateurs précisent le type d’informations des contributions nationales des différents pays. La première version des objectifs chiffrés est attendue pour le mois de mars.
  • Bâtir « l’agenda des solutions » ou « agenda positif », pour montrer que la lutte contre le changement climatique, longtemps considérée comme une contrainte, peut être une opportunité. Il s’agit en fait de rassembler les engagements et initiatives volontaires des acteurs non étatiques tels que les collectivités, les entreprises ou les organisations non gouvernementales, en mettant en avant la maturité des solutions économiques et technologiques.
  • Avancer sur la question du financement pour aider les pays pauvres à lutter et à s’adapter au changement climatique. Avant la COP, le Fonds vert pour le climat avait recueilli 9,7 milliards de dollars de promesses de financement de la part de 21 pays, dont quelques pays en développement (Mongolie, Indonésie, Panama). Avec 3 milliards de dollars promis, les Etats-Unis sont les premiers contributeurs à ce jour. Ils sont suivis par le Japon (1,5 md $), le Royaume-Uni (1,1 md $) et la France (1 md $). Rappelons qu’à terme, ce fonds doit être doté de 100 Mds $.

Des résultats bien décevants

Au sortir de Lima, c’est la déception qui prédomine. Avec 36h de retard sur l’horaire prévu, ce sont finalement deux textes que les négociateurs ont adopté : une décision sur les contributions nationales que doivent remettre au secrétariat de la Convention Cadre les Etats en 2015, et en annexe un projet de texte d’accord pour la COP 21 à Paris.

Projet d’accord pour Paris

Le texte de 37 pages, placé en annexe mais restant ouvert aux négociations, renforce la présence de l’adaptation et du principe de « pertes et préjudices » dans sa toute dernière version. Ces éléments étaient importants pour les pays du Sud. En effet, les négociations achoppent fréquemment sur la répartition des efforts entre l’atténuation (ce qui doit être fait pour limiter le réchauffement de la planète) et l’adaptation (ce que les pays développés doivent mettre en œuvre pour réparer les dégâts déjà bien présents du réchauffement). Le mécanisme des « pertes et préjudices » lancé à Varsovie (mécanisme de compensation des dommages liés aux conséquences du changement climatique) s’inscrit dans cette politique.

L’accord de Lima rappelle les différentes formes du futur accord, décidées à Durban en 20111 (un protocole, un autre instrument juridique ou un résultat avec force juridique), qui devra comprendre des informations sur « l’atténuation, l’adaptation, les finances, les technologies, le renforcement de capacités, et la transparence sur les actions et le soutien ».

Une version définitive du texte devra être rendue en mai 2015. A cet égard le texte consacre un paragraphe spécifique à ce sujet très discuté. Il souligne « l’engagement » des Parties à « atteindre un accord ambitieux en 2015 » qui reflète les principes de la Convention de « responsabilités communes mais différenciées » et de « capacités respectives ». Il ajoute le principe « à la lumière des circonstances nationales », inscrit dans l’accord entre la Chine et les États-Unis de novembre 2014. Il demande « avec urgence aux pays développés de mobiliser un soutien financier envers les pays en développement pour des actions d’atténuation et d’adaptation ».

Enfin, le texte a beau rappelé « l’écart significatif d’émissions » de gaz à effet de serre d’ici 2020 entre ce qui est nécessaire et ce qui est projeté ainsi que l’objectif de maintenir le réchauffement de la planète en dessous de "2 °C ou 1,5 °C », aucune mesure, disposition, engagement ou ambition n’apparaissent dans le texte pour agir. Pour la CSI, c’est une lacune sérieuse car une politique ambitieuse d’ici à 2020 aurait été nécessaire pour l’anticipation des changements, qui est au cœur de la Transition Juste. Cette revendication de la CSI a par ailleurs été totalement ignorée par les co-présidents chargés de la rédaction du texte, malgré le soutien de l’UE et de quelques autres pays.

Signalons tout de même pour l’avant 2020, que les parties au protocole de Kyoto sont invitées à ratifier et mettre en œuvre l’amendement de Doha, c’est-à-dire la ratification pour une seconde période d’engagement. En France, l'Assemblée nationale a ratifié cet amendement le 28 novembre dernier, et le Sénat est invité à faire de même le 18 décembre prochain.

Contributions Nationales

A Varsovie l’an passé, les Etats avaient décidé de changer le terme, « engagements » pour le vocabulaire moins contraignant « contributions ». Au sortir de Lima, les pays sont donc invités à communiquer leurs contributions « bien en avance » de la conférence de Paris, « d’ici le premier trimestre 2015 pour ceux qui sont prêts à le faire ».

L’accord ne précise cependant pas les informations exactes que devront communiquer les États, mais laisse entendre que les contributions devront représenter « une progression par rapport à la situation actuelle » pour rester sous l’objectif de 2 °C. Pour les pays les moins avancés et États insulaires, « des plans et actions sur un développement faiblement carboné, reflétant leurs circonstances nationales » sont envisagés dans les contributions.

Un paragraphe décrit les informations qui devront, « si approprié », accompagner les contributions, afin de « faciliter la clarté, la transparence et la compréhension ».

Le principe de l’analyse des contributions par un tiers pour vérifier leur compatibilité avec l'objectif de limiter le réchauffement à 2 °C a été considérablement affaibli dans la dernière version. Le texte fait état d’une publication des contributions sur le site de la CCNUCC et de la préparation, par le secrétariat de la Convention d’un « rapport de synthèse sur les effets agrégés de ces contributions ». La date de publication de ce rapport est passée du 1er juillet au 1er novembre.

Coalition Climat 21

La « Coalition » est une plateforme de la société civile française, dans laquelle participe quatre syndicats français : CFDT, CGT, Solidaires et FSU, aux côtés de nombreuses ONG et mouvements comme ATTAC.

A Lima, la « Coalition » a rencontré à de nombreuses reprises la société civile internationale, pour partager les moments de mobilisation devant être conduits tout au long de l’année 2015. D’ores et déjà, plusieurs moments sont arrêtés :
- Une action décentralisée le 31 mai, autour du G7, pour mettre en avant les problèmes du changement climatique ;
- Une action décentralisée le 26 septembre avec l’arrivée à Paris, du tour à vélo organisé par le mouvement Alternatiba. Ce tour aura duré 4 mois et sera passé par plusieurs pays européens.
- Une grande journée d’action le week-end précédent l’ouverture de la COP 21 fin novembre 2015, sans exclure une action à la fin de la conférence. Sur ce point, les discussions ont été difficiles car Greenpeace et Attac notamment voulaient absolument que la journée d’action ait lieu juste après la conférence, car ils ont déjà acté que nous serons déçus par le résultat final ! La CGT, la FSU et moi-même pour la CFDT avons expliqué que le syndicalisme savait se mobiliser sur une revendication pour peser sur un débat, mais que nous aurions de grandes difficultés à rejoindre une initiative a posteriori.

Pour préparer tous ces moments, la coalition française travaillera avec ses homologues des différents pays lors de deux moments :
- A Tunis en amont du FSM du 23 matin au 24 à midi;en Juin
- A Paris, le week-end des 13 et 14 juin.
L’activisme des ONG sera donc manifeste tout au long de l’année, et nous devrons veiller aux messages et actions émis au nom de la coalition.

Le syndicalisme à Lima

L’an passé à Varsovie, l’évènement marquant pour le mouvement syndical avait été le départ de la COP, dans une action concertée et coordonnée avec les autres principaux acteurs de la société civile, pour protester contre l’inaction des négociateurs. Le slogan du mouvement avait été en espagnol « volveremos !» (Nous reviendrons !). C’est donc ce qu’il s’est passé, avec plus de 150 syndicalistes conduits à Lima sur les deux semaines de la COP par Anabella Rosemberg pour la CSI. Les délégations les plus importantes venaient d’Amérique Latine, notamment du Brésil. Pour l’Europe, le DGB, la CGIL, les CC.OO., les deux syndicats belges, LO Norvège et SAK pour la Finlande, le TUC sans oublier la CES, étaient présents. Un militant australien et un militant tanzanien étaient également présents. Enfin, la CSN Québec, l’AFL-CIO et Rengo avec une forte délégation complétait la présence syndicale. Du côté de la France, outre la CFDT, la CGT était représentée cette année par Fabienne Cru-Montblanc, et Marie-Christine Naillod, assistées par une consultante d’Alpha.

Cette année, la délégation syndicale s’est multipliée pour suivre à la fois les travaux de la COP, mais aussi ceux du « sommet des peuples », qui se déroulait en parallèle de la Conférence sur le climat. Cette participation s’inscrivait dans un renforcement de la coopération avec le monde des ONG internationales. Plusieurs conférences conjointes ont eu lieu, permettant des échanges approfondis, et contribuant ainsi à une meilleure compréhension de ce que le monde du travail pouvait apporter au processus. Le point d’orgue de cette coopération aura été la manifestation commune du 10 décembre, qui aura rassemblé quelque 20 000 manifestants pour la « marche des peuples pour le climat ».

Comme lors de chaque COP, la CSI a organisé un « side-event », sur le thème « politiques climatiques et transformation industrielle ».

Enfin, une grande partie de l’activité a consisté à des rencontres avec les représentants des Etats, pour tenter de les convaincre d’inclure la « Transition Juste » pour les travailleurs et le « Travail Décent » dans le texte de négociation pour Paris.

La France à Lima

Trois ministres étaient présents : Laurent Fabius, Ségolène Royale et Annick Girardin.

La bonne volonté de la France pour parvenir à un accord ambitieux est réelle. L’activité de Laurent Fabius a été manifeste, rappelant sans cesse que tout ce qui serait fait à Lima, n’aurait plus à l’être à Paris. Il est donc déjà dans le costume de Président de la COP 21, qui s’annonce tout sauf simple.
Signalons qu’il a reçu les représentants des neuf « grands groupes » de la société civile, dont Anabella Rosemberg pour la CSI, dans un dialogue constructif.

Et maintenant ?

La 20ème COP n’aura donc débouché que sur aucune avancée sérieuse concernant la lutte contre le réchauffement de la planète, tout en maintenant un espoir pour Paris.

Malgré les bonnes nouvelles tout au long de l’année, démarrage du Fonds vert pour le climat, paquet énergie-climat UE 2030, accord Chine-USA, Sommet Ban Ki Moon en septembre pour dynamiser le processus, les espoirs de réelles avancées à Lima ont été déçus.

Certes les tensions sont moins vives que l’an passé à la sortie de Varsovie, mais le chemin à accomplir pour atteindre un accord ambitieux à la hauteur des enjeux de la lutte contre le changement climatique, reste immense. Laurent Fabius a d’ores et déjà annoncé un grand nombre de réunions en 2015, pour préparer la COP 21.

Le Président de l’Assemblée Générale des Nations Unies a annoncé un nouveau sommet le 29 juin à New-York, pour faire un point d’étape entre Lima et Paris. Mais pour l’heure, ni le niveau (Chefs d’Etats ou Ministres ?), ni le contenu ne sont connus

Le système onusien où la recherche d’un consensus à 194 Etats est la règle, est désormais à bout de souffle. Cependant, nul doute que tous les progrès accomplis dans de nombreux pays en dehors de tout accord, sont la conséquence des négociations dans la Convention Cadre des Nations Unies sur le Changement Climatique, basées sur les conclusions des scientifiques du GIEC.

Pour les syndicats, la bataille pour une reconnaissance des enjeux de la lutte contre le réchauffement climatique pour les travailleurs se poursuit. L’an prochain, des centaines de syndicalistes seront présents à Paris, avec la ferme volonté de peser sur les négociateurs.

Thierry DEDIEU
Secrétaire confédéral à la CFDT.

Commentaires

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2014-12-17 10:27:23 +0100

Et voici, de retour de Lima, lavis du climatologue Hervé Le Treut.
Il raconte la COP telle qu'il l'a vécue. Et souligne la difficulté, pour les Etats, à tracer le chemin des solutions pour tenir les objectifs nécessaires à la lutte contre le changement climatique.http://www.terraeco.net/COP...

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À propos de l'auteur

ex-directeur de Laboratoire INRA, économiste, ex président de l'institut de recherche économique et sociale, ex membre du bureau du CNIS, négociateurs des Grenelles de l'environnement et de la mer, membre du CEDD et de nombreuses commissions de France-Stratégie ( ex-CAS). Vice-président d’Humanité et Biodiversité.

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