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La sonde « Rosetta » atteint son point de rendez-vous avec la comète Tchouri

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Publié dans
le 06.08.14
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L’aventure de l'exploration spatiale. Pour en savoir plus sur nos origines cosmiques. JPB

"C'est une épopée comme seule l'exploration de l'espace en inspire encore. Une saga interplanétaire dont Stanley Kubrick ou George Lucas auraient pu écrire le scénario, avec suspense, effets spéciaux et sueurs froides. Une superproduction à 1,3 milliard d'euros, la plus ambitieuse jamais réalisée par l'Europe. Mais c'est surtout une formidable aventure scientifique, sur les traces des origines de notre Système solaire, des océans de notre planète et, peut-être, de la vie.

Mercredi 6 août, la sonde Rosetta, de l'Agence spatiale européenne (ESA), est arrivée en fin de matinée à son rendez-vous, à près d'un demi-milliard de kilomètres de la Terre, avec la comète Tchourioumov-Guérassimenko, « Tchouri » pour les intimes, et l'a saluée sur Twitter. Rosetta n'est pas là pour un rapide survol, comme ce fut le cas lors des rares missions déjà menées vers ces objets célestes. Cette fois, la visiteuse restera en orbite autour de son hôte durant plus d'un an, pour l'observer sous toutes les coutures. Mieux, le 11 novembre, elle tentera de poser à sa surface un petit engin.

« Une prouesse technologique, s'enthousiasme Jean-Yves Le Gall, le président du Centre national d'études spatiales (CNES), dont le centre de Toulouse pilotera cet atterrissage. Jamais personne n'est encore allé taquiner le noyau d'une comète. La science-fiction devient réalité. Rosetta est une mission proprement extraordinaire. »

« BINAIRE EN CONTACT »

La sonde est en réalité formée de deux éléments. D'une part, un orbiteur de trois tonnes, alimenté en électricité par des panneaux solaires et bardé d'instruments de mesure, spectromètres et autres caméras à haute résolution : c'est ce croiseur qui va désormais accompagner la comète dans sa course vers le Soleil. D'autre part, un atterrisseur, Philae, d'à peine cent kilos mais doté, lui aussi, d'une batterie d'instruments : c'est ce robot, sorte de minilaboratoire, qui sera chargé du travail de terrain.

Quant à Tchourioumov-Guérassimenko, du nom des scientifiques ukrainiens qui l'ont découverte en 1969, elle appartient à la famille des comètes de Jupiter, la planète la plus massive du Système solaire, dont l'attraction contrôle l'orbite elliptique de Tchouri autour du Soleil. Comme toutes les comètes, c'est un agrégat de glace et de poussières — une « boule de neige sale », selon la formule de l'astronome américain Fred Whipple — de petite taille : environ 4 km sur 3,5 km.

Sous l'effet du rayonnement solaire, le dégazage du noyau pare celui-ci d'une chevelure, la « coma », un nuage de poussières qui peut s'étendre sur des centaines de milliers de kilomètres et former une ou même deux queues. Des traînes spectaculaires, longues parfois de centaines de millions de kilomètres, dont l'une, blanchâtre, réfléchit l'éclat du Soleil, tandis que l'autre émet une lumière bleutée.

Mais Tchouri a une particularité. Les images transmises par la sonde depuis la fin de juillet, de plus en plus précises, montrent que son noyau est constitué de deux lobes de dimensions inégales. Cette structure inédite, qui pourrait être le résultat de l'accouplement de deux comètes, lui donne un petit air de canard, même si les scientifiques préfèrent parler de « binaire en contact ».

Pour rejoindre sa promise, Rosetta aura effectué un voyage au long cours de 6,4 milliards de kilomètres, qui a duré plus de dix ans. Lancée le 2 mars 2004, du centre guyanais de Kourou, par une fusée Ariane, elle a dû — la technologie ne permettant pas de la propulser en tir direct — user d'une « assistance gravitationnelle » : à quatre reprises, elle a profité du champ de gravité de la Terre ou de Mars, lors de passages à proximité de ces planètes, pour gagner en vitesse et ajuster sa trajectoire.

Dix années qui ont tenu en haleine les plus de trois cents scientifiques européens engagés dans ce programme, dont plusieurs équipes françaises du CNES et du CNRS. En juin 2011, la sonde a été volontairement mise en sommeil, pour une hibernation de plus de deux ans et demi : elle se trouvait alors trop loin du Soleil, dans un froid sidéral, pour en recevoir l'énergie nécessaire au fonctionnement de tous ses équipements. Mais le 20 janvier 2014, comme son horloge interne l'avait programmé, la voyageuse assoupie s'est réveillée, prête à reprendre sa route pour être pile à l'heure au rendez-vous.

NAISSANCE DU SOLEIL ET DE SON CORTÈGE DE PLANÈTES

Depuis a commencé la phase d'approche, qui a obligé à freiner la sonde pour caler sa vitesse sur celle de la comète. Le 6 août, Rosetta touchera enfin au but : parvenue à une distance de 100 kilomètres de son objectif, elle entamera alors une série de manœuvres pour se placer en orbite autour de lui. Dans les semaines qui viennent, elle s'en approchera jusqu'à 30 kilomètres pour repérer les sites d'atterrissage possibles, avant de descendre à 3 kilomètres pour y larguer le robot-laboratoire, le 11 novembre. Une date choisie parce que, ensuite, la trajectoire de la comète la ramènera vers le Soleil, provoquant des dégazages qui rendraient périlleuse cette opération de haute voltige.

L'atterrisseur n'aura que quelques jours d'autonomie — cinq au maximum — pour prélever et analyser des échantillons. Ensuite, dans un délai de quatre à six mois, il succombera à un excès de chaleur. L'orbiteur, lui, restera opérationnel au moins jusqu'à la fin de 2015.

Le temps de remonter jusqu'aux premiers âges du Système solaire. Car les comètes sont des vestiges de la nébuleuse primitive qui a donné naissance au Soleil et à son cortège de planètes. Et les impacts sur la Terre de ces petits astres, gorgés d'eau et de matière organique, ont pu contribuer à la formation des océans et à l'émergence de la vie.

Il s'agit en somme de déchiffrer l'énigme de nos origines. Voilà pourquoi la mission a été baptisée Rosetta, en référence à la pierre de Rosette, qui a permis à Champollion de décrypter les hiéroglyphes. Et l'atterrisseur, Philae, du nom de l'île égyptienne dont l'obélisque a ensuite aidé à en compléter la traduction….

Pierre Le Hir
Journaliste au Monde 

Extrait de : http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/08/05/les-noces-celestes-de-la-sonde-rosetta-et-d-une-comete_4466923_3244.html

Commentaires

3
2014-08-06 16:08:55 +0200

Agenda
20 janvier 2014 : réveil de la sonde Rosetta (en hibernation depuis juin 2011)

28 mars 2014 : réveil de Philae

Mars-Avril 2014 : recette en vol complémentaire des instruments et de Philae

Mai-Juin 2014 : poussées de freinage principales de la sonde Rosetta

Juillet 2014 : première image de la comète Churyumov-Gerasimenko

Septembre 2014 : mise en orbite de la sonde autour du noyau de la comète

Août-Octobre 2014 : choix du site d'atterrissage

10 novembre 2014 : atterrissage de Philae sur la comète

10-14 novembre 2014 : mission scientifique principale de Philae

Printemps 2015 : évolution de la comète à proximité du Soleil

Août 2015 : passage de la comète au plus près du Soleil

Décembre 2015 : fin de la mission Rosetta

°RETENIR*
" les comètes sont des vestiges de la nébuleuse primitive qui a donné naissance au Soleil et à son cortège de planètes. Et les impacts sur la Terre de ces petits astres, gorgés d'eau et de matière organique, ont pu contribuer à la formation des océans et à l'émergence de la vie… donc de la biodiversité

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2
2014-08-07 08:49:32 +0200

Selon l'astrophysicien Francis Rocard, responsable du programme Rosetta au Centre national d'études spatiales (CNES),:
"La matière dont sont faites les comètes est la même que celle qui a formé le système solaire, il y a 4,5 milliards d'années. Cette matière n'a pas évolué, elle a été conservée intacte, comme si elle avait été placée au congélateur, et elle est donc le témoin de ces premiers instants."

2

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2014-08-09 19:26:33 +0200

Et cela fait aussi rêver...

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À propos de l'auteur

ex-directeur de Laboratoire INRA, économiste, ex président de l'institut de recherche économique et sociale, ex membre du bureau du CNIS, négociateurs des Grenelles de l'environnement et de la mer, membre du CEDD et de la CNDP. Vice-président d’Humanité et Biodiversité.

Réputation
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Patrimoine naturel #81A23E patrimoine-naturel 163832
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