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Le désespoir de la Bretagne

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Publié dans
le 23.08.12
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La Bretagne digère mal les algues vertes. Elle n'arrive toujours pas à se débarrasser de cette pollution, malgré un arsenal de mesures prises au cours des deux dernières décennies et des millions d'euros engloutis.



Les images régulièrement diffusées sur les écrans de télévision sont impressionnantes. Sur les sites les plus marqués par les algues vertes, comme celui de la baie de SaintMichel-en-Grève dans le département des Côtesd'Armor, on peut voir l'estivant s'y enfoncer jusqu'aux mollets.




Cette pollution nauséabonde et dangereuse pour l'homme puisque les algues vertes séchées concentrent de l'hydrogène sulfuré, remonte aux années 1950 quand l'agriculture intensive a commencé à envahir la campagne bretonne. Depuis cette date, les plaques d'algues vertes n'ont cessé de proliférer. « Chaque année, précise le ministère de l'Ecologie, entre 50.000 et 70.000 mètres cubes s'échouent sur les plages - une centaine sont concernées -, leur ramassage coûte de l'ordre de 500.000 à 700.000 euros aux collectivités. » La fréquentation touristique en subit d'indéniables conséquences puisque certaines stations sont désertées par les estivants français et étrangers.




A Saint-Michel-en-Grève, il existait encore six hôtels dans les années 1970, le seul désormais en activité serait à vendre ! Et l'image de la Bretagne est forcément écornée par cette prolifération, dont les scientifiques connaissent désormais parfaitement l'origine. Pour le Ceva (Centre d'études et de valorisation des algues), mais aussi pour les chercheurs du Conseil général du développement durable, ceux de l'Inserm et de l'Ifremer, il ne fait plus aucun doute que « les élevages agricoles et les cultures hors sol sont à l'origine de cette invasion végétale ». L'utilisation des engrais, l'épandage des déjections animales, favorisent la production de nitrates, qui sont transportés des rivières vers la mer, où cet excès d'azote facilite la prolifération des algues vertes - essentiellement au printemps et en été -qui s'échouent ensuite sur les plages.




Combien de millions d'euros ont déjà été engagés par l'Etat et les collectivités pour tenter d'éradiquer le phénomène ? Toutes sortes de chiffres circulent. Le Conseil scientifique de l'environnement de Bretagne évoque « la somme de 1 milliard d'euros engagée par l'Etat et les collectivités territoriales depuis vingt ans ». « Le total des sommes investies reste encore très flou », précise un observateur. Au cours des deux décennies écoulées, tous les ministres de l'Environnement se sont succédé dans la région avec la promesse d'une élimination des algues vertes... sans jamais y parvenir !



Une solution connue



Après le décès d'un cheval au cours de l'été 2009 sur une plage infectée, un nouvel arsenal de mesures a été initié par le gouvernement Fillon. D'un montant de 134 millions d'euros, il mettra encore des années à produire ses effets. L'objectif est de limiter les ruissellements des élevages, de ramasser et de recycler les algues vertes, d'encourager les agriculteurs à traiter à la ferme les déjections via la méthanisation... « La réelle solution est connue, rappelle Jean-François Picot, le porte-parole de l'association de défense de l'environnement Eaux et Rivières. Il faut que la Bretagne, où se concentrent 60 % des élevages de porcs, 30 % des bovins, la moitié des volailles, change de modèle et abandonne les productions hors sol productivistes. »




Le Comité régional du tourisme de Bretagne, présidé par Maria Vadillo, tente de dédramatiser et précise que « la plupart des 548 plages de Bretagne sont non polluées ». Il signale aussi que « les algues sont ramassées régulièrement, il n'y a donc aucun risque pour la santé humaine ». Par souci de totale transparence, le site Internet du CRT de Bretagne présente quasiment au jour le jour l'évolution de la situation et la présence éventuelle de ces algues vertes. Mais rien ne les empêche encore de polluer une partie importante du paysage de la côte bretonne et d'en masquer son indéniable beauté.



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                    Left"><a><img class="photo" title="A gauche, la baie de Saint-Brieuc, envahie par les algues vertes. A droite, de retour de la plage du Ris &agrave; Douarnenez, un camion d&eacute;verse sa r&eacute;colte qui sera transform&eacute;e en compost. En 2010, la plage du Ris avait d&ucirc; &ecirc;tre ferm&eacute;e au public." src="http://www.lesechos.fr/medias/2012/08/23/355061_0202225844387_web.jpg" alt="A gauche, la baie de Saint-Brieuc, envahie par les algues vertes. A droite, de retour de la plage du Ris &agrave; Douarnenez, un camion d&eacute;verse sa r&eacute;colte qui sera transform&eacute;e en compost. En 2010, la plage du Ris avait d&ucirc; &ecirc;tre ferm&eacute;e au public." border="0" /></a></div>
A gauche, la baie de Saint-Brieuc, envahie par les algues vertes. A droite, de retour de la plage du Ris à Douarnenez, un camion déverse sa récolte qui sera transformée en compost. En 2010, la plage du Ris avait dû être fermée au public. - FRED TANNEAU /AFP
 

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À propos de l'auteur

ex-directeur de Laboratoire INRA, économiste, ex président de l'institut de recherche économique et sociale, ex membre du bureau du CNIS, négociateurs des Grenelles de l'environnement et de la mer, membre du CEDD et de la CNDP. Vice-président d’Humanité et Biodiversité.

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