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Le rapport du GIEC d'août 2019, conclusions pour la forêt et les écosystèmes

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Publié dans
le 14.08.19
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Le rapport spécial du GIEC (délégations des 195 Etats membres du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) sur la désertification et la dégradation des terres dans le monde publié le 8 août 2019 a attiré l'attention de la planète entière largement relayés par les médias disponible en anglais ou traduit par un collectif de citoyens.
Les scientifiques de toute la planète ont rendu un rapport décrivant en 1200 pages les impacts du réchauffement climatique sur "la désertification, la dégradation des terres, la gestion durable des terres, la sécurité alimentaire et les flux de gaz à effet de serre dans les écosystèmes terrestres".

Ce rapport a insisté particulièrement sur la nécessaire gestion durable des forêts pour permettre aux forêts, ainsi qu'aux arbres récoltés pour la filière bois, de jouer pleinement leur rôle dans la séquestration des émissions de gaz à effet de serre. L'utilisation du bois est également citée comme une solution de substitution à des matériaux plus énergivores.

Mais les solutions fondées sur la séquestration de carbone dans les sols ou la végétation, au moyen de l’accroissement de la surface boisée, du reboisement, de l’agroforesterie, ou du stockage du carbone dans les produits bois ne pourront pas continuer à séquestrer du carbone indéfiniment. En effet, lorsque le peuplement est à maturité ou quand la végétation et les réservoirs de carbone du sol arrivent à saturation, le flux annuel de CO2 diminue jusqu’à devenir quasi-nul, alors que les stocks de carbone sont maintenus. De plus, le carbone accumulé dans la végétation et les sols restent soumis aux risques dans le futur jusqu’à pouvoir devenir des sources de carbone (par inversion des puits) à cause de perturbations telles que des inondations, déclenchée par des perturbations comme des inondations, des sécheresses, des incendies, des épidémies de ravageurs ou simplement une absence de gestion.

La production et l’utilisation de biomasse comme bio-énergie peuvent générer des bénéfices associés, mais aussi des effets secondaires indésirables et apporter des risques de dégradation des sols, d’insécurité alimentaire, d’émissions de gaz à effet de serre ou des risques sur d’autres objectifs liés à l’environnement et à la gestion durable comme la conservation de la biodiversité.
Ces impacts sont dépendants du contexte et de l’échelle de déploiement, de l’usage initial des sols, du type de sol, de la matière première utilisée comme bio-énergie, des stocks initiaux de carbone, du contexte climatique et du type de gestion, mais d’autres solutions pour l’usage des sols peuvent aussi avoir des conséquences similaires. L’utilisation de résidus et de déchets organiques comme matière première pour la bio-énergie peut atténuer la pression sur l’usage des terres dédiées à la bio-énergie. Mais d’une part les résidus sont limités, et d’autre part, leur élimination, alors qu’ils auraient pu être laissés dans les sols, pourrait entraîner une dégradation de ceux-ci. La gestion durable des forêts peut préserver ou améliorer la séquestration de carbone en forêt, préservant ce puits de carbone y compris par le stockage du carbone dans les produits bois, répondant ainsi au problème de la saturation des puits de carbone (forte probabilité).
Lorsque le carbone du bois est transféré dans les produits ligneux récoltés, ceux-ci peuvent stocker du carbone sur le long-terme, et peuvent être substitués à des matériaux plus énergivores, réduisant ainsi les émissions de GES dans d’autres secteurs. En revanche, lorsque la biomasse est utilisée comme énergie, par exemple dans une stratégie d’atténuation, le carbone est relâché beaucoup plus vite dans l’atmosphère.

Mais la réduction de la déforestation et de la dégradation des forêts diminue les émissions de gaz à effet de serre associées avec un potentiel de baisse estimé entre 0,4 et 5,8 de tonnes équivalent CO2 par an.
En fournissant durablement des ressources pour les populations autochtones, la gestion durable des forêts réduit la conversion des forêts pour des usages non-forestiers (par exemple terres cultivées ou zones d’habitation). La gestion durable des forêts, ayant pour but de fournir du bois, des fibres, de la biomasse et autres produits accessoires des forêts, ainsi que d’autres fonctions et services écosystémiques, peut diminuer les émissions de gaz à effet de serre et contribuer à l’adaptation.

D'autres écosystèmes comme les tourbières, peuvent continuer à séquestrer du carbone pour des siècles. Parmi les autres enjeux pointés par les scientifiques : la conservation et la préservation des prairies, des zones humides côtières et des tourbières (dont la capacité de stockage de carbone s'étend sur des siècles) afin d'amoindrir les impacts négatifs du changement climatique. L’intégration de la gestion durable des paysages à une échelle appropriée peut réduire les impacts négatifs (moyenne probabilité). Globalement, la réduction de la conversion des prairies en terres cultivées, la restauration et la réduction de la conversion des tourbières et des zones humides côtières affectent mais sur de petites surfaces émergées, et les effets de ces changements d’usages ont un impact faible à modéré.

En conclusion, il ressort qu'il est primordial de préserver les forêts actuelles et éviter leur conversion notamment en terres agricoles ou plantations industrielles. Le boisement de terres est utile mais doit être localement réfléchi notamment sur le peuplement forestier qui en sera issu et sur l'usage du bois produit qui en sera fait. Et aussi que d'autres écosystèmes tels les milieux humides (tourbières et marais côtiers), les prairies doivent être absolument préservées.

Rappelons qu'en France les financements potentiels au profit d'une action forestière sur son apport à la séquestration de carbone ne font l'objet que de démarches volontaires en la matière. Tout repose sur le volontariat d'une entreprise, une collectivité ou autre qui ait envie ou besoin de compenser ses émissions, compenser un événement ou une production identifiée qualifié alors de neutre en carbone … ou simplement de donner de l'argent pour séquestrer du carbone. C'est donc très apparenté au mécénat et à de la communication /marketing pour l'entreprise ou la collectivité.

Mais il y a tout de même un marché tout récemment relancé par les compagnies aériennes lesquelles ont besoin de se refaire une image.
Sur ce marché surfent la forêt privée (Sylva France avec son fonds plantons pour l'avenir) et des start'up qui se sont montées comme Reforest' action, Ecotree et bien d'autres.
Mais pour ne pas avoir tout et n'importe quoi, le Ministère de l'écologie et de la transition énergétique (MTES) a depuis presque un an pris un décret pour instaurer un label "Label bas-carbone", sur les actions financées au titre de la séquestration du carbone qui "discipline " le volontariat en la matière , décret complété par un arrêté en précisant les conditions.

Les actions possibles et éligibles au label Bas-Carbone doivent être additionnelles (ce qui exclue les forêts plantées), au nombre de trois, concernent :
- Le boisement de terres agricoles, de friches
- La reconstitution de forêts dégradées (incendies, tempêtes, dépérissement intense….)
- La conversion de taillis en futaie sur souches

Mais ce marché d'actions volontaires risque d'être dopé par le prix de tonne carbone. En effet, le rapport de la commission Quinet, remis au gouvernement le 18 février 2019, chiffre la probable envolée de la tonne de carbone d'ici à 2050, ce qui risque de pousser à des actions forestières ou au profit d'écosystèmes comme les tourbières séquestrant du carbone pour que la France respecte bien ses objectifs.

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