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Le TYPHON et le réchauffement climatique

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Publié dans
le 12.11.13
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Le cyclone (ou typhon) qui vient de frapper les Philippines est-il lié au changement climatique en cours ?

La réponse à cette question est complexe. S'il s'agit de dire "ce cyclone n'aurait pas eu lieu en l'absence de ce changement provoqué par nos émissions de gaz à effet de serre", une telle formulation est impossible.

Si ce cyclone semble afficher une puissance jamais vue depuis... les années 1970, autrement dit la météo moderne avec satellites, rien ne dit qu'il n'a pas été égalé ou dépassé auparavant. D'autre part, si la température élevée des eaux sur 50 mètres est une des conditions de formation d'un cyclone - et le changement climatique se manifeste en particulier par un réchauffement des eaux - il n'est pas une condition suffisante. Il faut également une configuration particulière des vents sur toute la hauteur de l'atmosphère pour déclencher le processus qui génère un cyclone. 

Augmentation inéluctable de la température des océans

Pour l'instant, aucune simulation sur ordinateur ne peut déterminer si ce type de configuration sera plus fréquent ou non dans un climat réchauffé. Aussi, les spécialistes préfèrent-ils écrire que l'augmentation de l'intensité des cyclones est probable. Dans le dernier "résumé pour décideurs" du groupe 1 du GIEC cela donne la phrase (page 21): «Extreme precipitation events over most of the mid-latitude land masses and over wet tropical regions will very likely become more intense and more frequent by the end of this century, as global mean surface temperature increases.»

La formation d'un cyclone

La formation d'un cyclone

Le raisonnement s'appuie d'une part sur l'augmentation inéluctable de la température des eaux de surface et sur 50 mètres. Et d'autre part sur l'augmentation de la teneur de l'atmosphère en vapeur d'eau ce qui augmente la quantité de pluie. Enfin, il ne faut pas oublier un phénomène connexe mais sans rapport direct : l'élévation du niveau marin fait que la surcôte engendrée par la dépression et qui donne une sorte de "tsunami" sur les rivages partira d'un niveau de base plus élevé. La vague ira donc plus loin qu'aujourd'hui pour la même innsité cyclonique.

Cette intensification de la fréquence et de l'intensité des cyclones a t-elle été déjà mesurée ? C'est là un point qui a fait controverse. Dans le rapport spécial sur les événements extrêmes du Giec, publié en 2012, il est précisé qu'il n'y a pas d'observations d'une augmentation de la fréquence des cyclones à l'échelle planétaire sur les 40 dernières années, période de réchauffement certain et d'observations météorologiques fiables (Page 159 du rapport). Même si, selon les océans, des tendances opposées existent. Les spécialistes se sont attachés à réduire l'incertitude de ces études, à traquer les biais instrumentaux... et pour l'instant, le résultat demeure mitigé. Du coup, sagement, le rapport du Giec préfère préciser qu'il faut accorder une confiance "basse" aux conclusions affirmant avoir décelé une tendance à la hausse de l'intensité des cyclones. En résumé, l'intuition physique et le raisonnement simplifié conduisent à dire que le risque cyclonique va augmenter avec le réchauffement climatique mais sa mesure directe n'est pas encore claire et sa démonstration par la simulation sur ordinateur encore impossible.

Déjà en septembre 2008, il était possible d'écrire ceci (note du 4 septembre 2008) : 

A l'avenir, il faudra faire face à des cyclones encore plus puissants, avertissent aujourd'hui,dans la revue scientifique internationale Nature ,trois météorologistes américains (1).

La cause de cette menace agravée résidant, en dernière analyse, dans l'émission massive de gaz à effet de serre par l'usage des énergies fossiles (pétrole, gaz, charbon)... nous pourrions donc l'atténuer en limitant ces émissions.

Cet avertissement survient alors que le cyclone Gustav a fait des dizaines de morts. Un chiffre qui aurait été bien supérieur sans les évacuations préventives  massives, à Cuba et aux Etats-Unis surtout, des populations des zones dévastées. La saison des cyclones bat son plein en Atlantique : Hanna vient de faire près de 100 victimes à Haïti (ajout le 6/09 : on décompte maintenant plus de 500 morts), et le cyclone Ike se dirige maintenant vers l'île.

Au dela de cette actualité parfois dramatique, depuis vingt ans, la question de l'évolution future du danger cyclonique fait partie des questions dures du changement climatique. 

Les simulations climatiques à grande échelle, sur l'ensemble de la planète, ne permettent pas encore de savoir s'il faut craindre une augmentation du nombre et de l'intensité des cyclones. Seules les « expériences numériques » à petite échelle permettent de faire le lien physique entre climat et cyclone, via la température des eaux superficielles. Du coup, ces dernières années, de nombreuses études se sont focalisées sur le passé, pour tenter de relier les évolutions des températures des océans à celle de la fréquence et de l'intensité des tempêtes tropicales et des cyclones. Avec des résultats divers, parfois contestés.

Mais, une première indication était donnée en 2005, avec deux études (2) dont j'avais rendu compte à l'époque. L'une montrait que si le nombre des cyclones n'avait pas évolué de conserve avec la hausse des températures océaniques, le pourcentage des  cylcones les plus puissants (catégorie 4 et 5 sur l'échelle Safir-Thompson) était passé de 18 à 35% entre 1970 et 2004 sur l'ensemble des océans. Et l'autre que l'énergie dissipée par les cyclones de l'Atlantique nord avait doublé en trente ans.

Le trio dirigé par James Eisner (Florida state university) a suivi cette piste d'une réaction spécifique des cyclones les plus puissants à l'élévation de températures des océans. Il a donc analysé la vitesse maximale des vents dans les cyclones survenus depuis trente ans (1981-2006), la période où les satellites météo ont enregistré et surveillé ces cataclysmes naturels avec précision, en les séparant par catégories de puissance. Le résultat est en ligne avec l'observation suprenante de 2005 : si la moyenne générale de la vitesse des vents ne montre aucune évolution, celle des plus forts augmente... et d'autant plus que le cylone est violent. Un phénomène valable sur l'ensemble des bassins océaniques, à l'exception du Pacifique Sud. Et qui atteint son maximum en Atlantique Nord et au nord de l'océan Indien.

Les trois chercheurs ont relié cette évolution aux températures de surface des océans. Logique, puisque la théorie de la formation des cyclones réside pour l'essentiel dans un transfert cataclysmique de l'énergie de l'eau à l'air. L'étude montre que, si l'on se concentre sur 10% des cyclones, les plus violents, une augmentation de 1°C de la température augmente la vitesse des vents les plus forts d'environ 6,5 mètres/seconde. Un résultat qui peut s'interprêter simplement : plus le changement climatique provoqué par l'homme réchauffera les océans et plus la menace cyclonique sera forte.

(1) Emmanuel Kerry, Nature du 4 aout 2005 et Peter Webster et al. Science du 16 septembre 2005.

(2) James B. Eisner et al. Science du 4 septembre 2008. 

Par Sylvestre Huet, le 11 novembre 20

Source Libération

Commentaires

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2013-11-12 11:29:11 +0100

Dans une publication antérieure, on pouvait lire: "Il y a un consensus de la communauté scientifique pour observer une légère baisse du nombre de cyclones avec l'augmentation de la température du globe. Mais dans le même temps, on note une hausse des cyclones les plus intenses, qui s'explique notamment par l'augmentation des températures des océans et la montée du niveau des eaux. On va aller vers des phénomènes plus puissants, associés à des pluies plus intenses, d'environ 20 % supérieures."
http://humanite-biodiversit...

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2013-11-12 11:34:05 +0100

La responsabilité humaine est engagée via les gaz à effet de serre et leurs effets sur l'océan et via le déboisement qui aggrave l'impact des pluies sur les terres.
http://humanite-biodiversit...

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2013-11-12 22:22:58 +0100

Conférence sur le climat de l'ONU de Varsovie: le typhon Haiyan "donne à réfléchir"
La 19e conférence de l'ONU sur le changement climatique s'est ouverte lundi 11 novembre à Varsovie, pour poser les bases de l'accord attendu en 2015 sur la limitation des gaz à effet de serre (GES), alors même que des millions de Philippins subissaient les effets du typhon Haiyan.
Extrait de http://www.huffingtonpost.f...

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2013-11-13 12:03:45 +0100

Comme l'écrit Nelly, "la responsabilité humaine est engagée via les gaz à effet de serre", mais je rajouterais qu'elle l'est aussi du fait que l'on a placé en danger la population des Philippines.
En effet, avec 321 hab/km², ce pays (cet ensemble d'îles vulnérables) a une des plus fortes densité de la planète (la 13ème).
Or placer autant de monde (96,2 millions d'âmes) dans une région soumise naturellement à des évènements climatiques dévastateurs est une faute majeure.
De plus, les choses ne risquent pas de s'arranger, puisque l'ONU prévoit pour 2050, c'est-à-dire dans seulement 37 ans, une densité de population de 500 hab/km² !
Si tel est le cas, les typhons à venir seront donc encore beaucoup plus meurtriers.
Il est bien évident qu'aujourd'hui, si l'on veut minimiser (autant que faire se peut) les pertes humaines, il faut absolument prendre des mesures pour atténuer la démographie galopante des régions les plus menacées.
C'est le cas des Philippines, mais aussi de Haïti et de plusieurs autres pays encore.

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À propos de l'auteur

ex-directeur de Laboratoire INRA, économiste, ex président de l'institut de recherche économique et sociale, ex membre du bureau du CNIS, négociateurs des Grenelles de l'environnement et de la mer, membre du CEDD et de la CNDP. Vice-président d’Humanité et Biodiversité.

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