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Les 55 derniers dauphins Maui de la planète menacés par des forages de pétrole

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Publié dans
le 16.08.14
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Sa silhouette est à la fois familière et atypique. Son aileron dorsal arrondi le trahit dès qu'il regagne la surface pour respirer, et son rostre qui se prolonge lui donne un profil convexe qu'on ne connaissait pas à l'élégant cétacé. Le dauphin Maui, l'une des espèces les plus menacées au monde selon les associations de défense de la biodiversité, ne compte plus que 55 représentants adultes dans les eaux de la Nouvelle-Zélande, le seul lieu sur la planète où l'espèce s'est développée.

Un sanctuaire réservé à ce rare cétacé – dont la femelle ne donne naissance qu'à un seul delphineau tous les deux à quatre ans –a été mis en place en 2008, sous pression des associations écologistes, à l'ouest de l'île du Nord (Te Ika-a-Maui en maori, soit "le poisson de Maui").

Mais le gouvernement est depuis quelques mois la cible de vives critiques, après avoir autorisé des forages exploratoires de pétrole et étendu la zone de pêche autorisée dans le domaine protégé de ces mammifères qui tiennenet leur nom d'un dieu polynésien. Le New Zealand Herald se fait ainsi l'écho des actions menées quasi quotidiennement par les ONG locales pour faire échouer les plans du groupe pétrolier Maari de s'étendre dans le sanctuaire.

Le gouvernement néo-zélandais, lui, campe sur ses positions. Dans un entretien au Guardian Australia, le ministre de l'environnement, Nick Smith, a expliqué que la Nouvelle-Zélande allait déjouer les prédictions lugubres des scientifiques qui annoncent la fin de l'espère dans moins de vingt ans. "Je fais tout ce que je peux pour les sauver", explique-t-il, rappelant que le gouvernement avait interdit la pêche aux filets fixes, qui est selon le ministre "la principale menace" sur les dauphins Maui. Mais, selon Nick Smith, il est inenvisageable de renoncer à l'exploitation pétrolière dans cette zone : "cela coûterait à l'économie néo-zélandaise un milliard de dollars par an, et nous obligerait à nous tourner vers le charbon, ce qui nous ferait rejeter bien plus de gaz à effet de serre".

Source :http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2014/08/15/les-55-derniers-dauphins-maui-de-la-planete-menaces-par-des-forages-de-petrole/

Commentaires

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2014-08-16 17:23:07 +0200

En 2012, on annonçait déjà les 55 derniers survivants au bord de l'extinction. Les prises accidentelles de pêcheurs étaient alors dites responsables du déclin.
La Commission baleinière internationale (CBI) recommandait l'interdiction des filets maillants et le chalutage dans la zone marine vitale pour l'espèce. Des restrictions ont été décidées par le gouvernement dont il est fait état dans l'article.
La Nouvelle Zélande est à nouveau en accusation…

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2014-08-20 15:00:55 +0200

COMMENTAIRE DE HUBERT REEVES
Dans la réalité il arrive parfois que deux objectifs respectables s’opposent.
Il peut y avoir des bons arguments en faveur de l’un et de l’autre.
Il devient alors nécessaire de choisir. Tel est le cas aujourd’hui pour les dauphins Maui, des cétacés d’une grande élégance qui vivent au large de la Nouvelle Zélande. Leur population est réduite à moins soixante individus. Ils sont concentrés dans un sanctuaire de petites dimensions qui leur est consacré. Il n’y en a pas ailleurs.

Aujourd’hui ce terrain est devenu d’un grand intêret pour les prospecteurs pétroliers. Ils veulent y implanter leurs forages.
Cette exploitation pourrait apporter , dit on, plus d’un milliard de dollars par an à l’État.
Elle éviterait, de plus, un retour au charbon (plus préjudiciable à la biosphère que le pétrole). Mais ce projet mettrait sérieusement en danger l’ avenir des dauphins de Maui

Notre réaction instinctive est de nous opposer à ce projet malencontreux au nom de la protection de la biodiversité déjà bien malmenée. La disparition prévisible de ces cétacés nous attriste. Encore une fois il paraît que le profit l’emporterait sur la préservation de la vie .
.
Mais il importe d’y regarder de plus près, et d’évaluer la situation dans sa globalité La crise économique sévit partout et les caisses des États sont vides. Les populations s’appauvrissent ...

Dans le cas de la Nouvelle Zélande: Mon intention ici n’est pas de choisir entre les deux options. J’en suis bien incapable et je suis heureux de ne pas avoir à le faire.
Je veux cependant mettre en évidence la difficulté de cette situation. On doit la prendre en considération avant de jeter l’opprobre sur ceux qui auront à décider.
Il faut se souvenir que dans le monde réel, comme l’écrivait Sempé : « Rien n’est simple ».

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2014-08-21 11:48:04 +0200

impossiblité de les déplacer? pas envisageable, jamais tenté? les forages arriveront, trop d'argent en considération, donc ils vont disparaître? reste le déplacement.
Je me doute qu'un tas de paramètres lié à "leur" choix instinctif d'être là, (température de l'eau, nourriture,...) peuvent interdire de les imaginer simplement déplacés???

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2014-08-21 12:06:00 +0200

Il me semble que nous sommes de plus en plus souvent "coincés" dans nos "contradictions", de plus en plus nécessaire de toujours "re-définir" nos objectifs. N'est-ce qu'une impression ?

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2014-08-21 14:02:02 +0200

Tellement vrai que ce genre de choix très difficiles se multiplient car nous n'arrivons pas à faire mieux de manière globale et générale... Tout le problème vient de là à mon avis.
Le manque de moyens, le sentiment d'impuissance ou le manque de volonté, les expertises des uns se noient dans le manque de vision des autres, nous nous perdons en conjonctures, en combats d'opinions, alors que nous devrions collectivement et solidairement voir les choses en face et, tous, nous retrousser les manches, sur nos terrains respectifs, dans nos vies.
Plus facile à dire qu'à faire dans la réalité du quotidien de chacun d'entre nous, il faut l'admettre. Une quasi impasse... seule la sensibilisation mais aussi le réel désir de modifier très concrètement le cours des choses peuvent à ce stade ralentir le rythme des pertes écologiques soutenant tous les mécanismes de la société moderne que nous avons édifiée un peu à l'aveuglette, au gré de nos besoins et de nos possibilités.

S'élever contre de tels projets, oui, mais il y a plus encore... Tant que nous achèterons et consommerons telle ou telle chose, que nous ferons des choix sensibles à ces réalités... difficile de convaincre les exploitants d'être les premiers à bifurquer de la trajectoire habituelle... le changement doit vraiment venir de chacun de nous, dans toutes nos décisions individuelles et collectives, et d'encourager ces manières de faire très concrètement par des lois, une sensibilisation très poussée, la facilitation (recherche, subventions, investissements personnels), l'exemple…
.
Je persiste dans mon idéalisme mais je crois sincèrement que l'avenir est entre nos mains, à tous, petits et grands, riches ou pauvres, et je rends hommage à tous ceux qui nous inspirent en ce sens.
Merci à M. Reeves et son équipe pour tous leurs efforts. Merci à tous ceux qui prennent le temps d'échanger sur ces sujets très importants.

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2014-08-21 17:17:30 +0200

Oui Olga. Il est difficile de porter un jugement mais ... 55 membres d'une espèce ... QUE 55 membres et, mis à part nous... ça ne semble pas déranger grand monde.
55 c'est effarant.

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À propos de l'auteur

ex-directeur de Laboratoire INRA, économiste, ex président de l'institut de recherche économique et sociale, ex membre du bureau du CNIS, négociateurs des Grenelles de l'environnement et de la mer, membre du CEDD et de la CNDP. Vice-président d’Humanité et Biodiversité.

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