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Les grands herbivores présents jadis à l’état libre en France 2/6

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Deuxième volet de cette série d'articles vulgarisés consacrée aux grands herbivores européens. Après avoir fait rapidement connaissance avec ces géants mammifères dans le premier article (pour mémoire : ici), celui-ci présente un historique sommaire des régressions voire disparitions qu'ont vécues ces espèces en Europe. 

2/6. Des récits similaires, entre régressions et disparitions

Le Bison d’Europe

En Europe, les bisons ont occupé une aire de répartition très vaste, jusqu’au Caucase. Puis, l’expansion humaine, la chasse, le braconnage et la réduction des forêts, entraînèrent leur disparition progressive d’Ouest en Est. En France, le bison a été assez abondant jusqu’à l’époque gauloise, il n’a ensuite subsisté que dans les Vosges avant d’en disparaître définitivement au XVIIème siècle (voire dès le XIV selon certaines sources).

C’est dans la forêt de Bialowieza (Pologne) que le Bison européen a perduré le plus longtemps à l’état sauvage, sans doute du fait de l’extraordinaire couvert protecteur que représente cette forêt et du statut d’animal royal qui lui était donné dans ce pays. En 1914, on y comptait encore 700 individus. Mais la population là aussi fut décimée : le dernier bison sauvage y fut tué en 1921.

Siècles se disparitions successives du Bison d'Europe

Siècles de disparitions successives du Bison d’Europe. Source : Gstalter & Lazier, 1996

L’Élan

En Europe, l’Élan a fortement régressé depuis le néolithique (qui débute en -9000 avant J.-C.) et surtout pendant la période historique. Les derniers individus français auraient été tués en baie de Seine et en Alsace aux alentours du XIème siècle. Chassé de ses territoires par l’expansion des sociétés agricoles, l’Élan n’a cependant pas totalement disparu et a trouvé refuge dans le nord et l’est de notre continent.

Le Tarpan

La disparition du Cheval sauvage d’Europe (Tarpan) est mal documentée. Il est probable qu’elle soit liée, comme pour les autres herbivores décrits, à la chasse et au nouveau mode de vie des Hommes qui a modifié ses habitats et introduit la domestication. En France, le Tarpan existe encore dans les Vosges à la fin du XVIème siècle ; il y est signalé par plusieurs auteurs comme forestier et montagnard, particulièrement farouche. Le Tarpan n’est plus représenté aujourd’hui que sous forme de races domestiques équines sélectionnées. 

L’Aurochs

La domestication de cette espèce a sans doute commencé au moins 2000 ans avant Jésus-Christ, parallèlement au maintien de troupeaux demeurant sauvages. Les causes de la disparition de cette espèce là encore ne sont pas très documentées mais on peut supposer également que la chasse,le braconnage et la régression de ses habitats y ont contribué.

En France, l’Aurochs fut bien présent jusqu’au règne de Philippe Auguste. Il en existe encore au VIème siècle dans les Vosges et, au IXème siècle, Charlemagne le chasse dans la région d’Aix-la-Chapelle. Au XVème il ne reste des Aurochs qu’en Pologne, où ils disparaissent définitivement de la forêt de Jaktorow (proche de Varsovie) en 1627.

Aujourd’hui, Bos taurus primigenius, comme le Tarpan, n’existe plus que sous forme diluée dans des races bovines domestiques sélectionnées au fil des millénaires.

 

Reconstitution de l'aire de répartition originelle potentielle des bovidés sauvages, dont l'Aurochs (Bos primigenius primigenius). Source : A partir de Van Vuure C. (2005)

 

Nous venons donc de voir que les populations de ces grands herbivores ont largement été réduites avec le développement de la civilisation humaine en Europe, essentiellement par la chasse, le braconnage et la suppression des habitats de ces espèces. Seul l'Elan s'est toujours maintenu à l'état sauvage. Dans le prochain article, nous verrons alors quelle suite ont vécue les trois autres espèces grâce aux initiatives de réintroduction et de reconstitution. 

Prochain article "3/6: Sauvés de justesse pour certains, définitivement perdus pour d’autres"

=> Voir l'article 2

Commentaires

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2014-01-19 21:54:25 +0100

Merci pour cet article si bien fait, précis sans être fastidieux. Au prochain, avec impatience !

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2014-01-19 22:31:58 +0100

Merci !

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2014-01-19 23:40:59 +0100

Merci pour cette prise de conscience. C'est triste d'apprendre toutes ces disparitions. On comprend mieux dans quel monde on vit. L'Homme a commencé ses dégâts très tôt.

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2014-01-20 12:58:01 +0100

il est malheureux de constater que certaines espèces ont disparu, et ce qui est à redouter c'est celles qui vont disparaître demain: l'humain en est seul responsable: il faudrait préciser que les animaux occupaient la planète avant nous et nous ne respectons pas ces êtres précieux car s'ils sont là sur la planète où l'on vit, c'est qu'il ne doit pas en être autrement !

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2014-01-20 16:01:53 +0100

L'humanité représente le (petit( trait rouge sur la droite de ce schéma intéressant: http://www.hominides.com/ht...

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2014-01-20 16:06:40 +0100

..Mais l'explosion de cette espèce, en terme d'intelligence, d'inventivité, de démographie, aboutit à l'antropocène, ère géologique sous influence humaine.
L'humanité est capable de modifier la géologie (dépôts, prélèvement, déchets nucléaires enterrés, fracturation hydraulique, pompage des réserves pétrolières, grattage du charbon, de l'uranium, de l'étain, etc...), capable de modifier l'atmosphère (transformation du carbone fossile fixé en carbone gazeux atmosphérique essentiellement), capable de modifier l'équilibre des espèces vivantes sur Terre, et cela concerne les grands mammifères, les poissons, mais aussi des insectes, le phytoplancton (grand fixateur de carbone et émetteur d'oxygène) surtout par acidification de l'océan découlant de l'émission de gaz à effet de serre. Tout est finalement plus ou moins lié.

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2014-01-20 21:54:54 +0100

Merci pour vos intéressants commentaires!

Pour ceux qui souhaitent approfondir ce sujet des grandes révolutions de nos civilisations humaines (sédentarisation, domestication, agriculture, ...) et de leurs bouleversements sur la faune, vous pouvez lire l'ouvrage référence de Jean Dorst
"Avant que nature meure" (1965).

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2014-01-20 22:04:50 +0100

Passionnant ! L'impact écologique de ces grands herbivores sur les milieux et sur les habitats devait être très significatif. De nombreuses autres espèces des grands espaces herbeux comme les outardes par exemple devaient en être favorisées.

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2014-01-20 22:22:24 +0100

A signaler qu'un membre du réseau a parlé du livre de Jean Dorst lors de sa récente réédition complétée par Robert Barbault
http://www.humanite-biodive...

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À propos de l'auteur

Depuis 2012, j'apporte de mon temps et de mes compétences à l’association Humanité et Biodiversité (administrateur de 2012 à 2015), où je contribue au développement des Oasis nature et à l’approfondissement de plusieurs thématiques déjà portées de longue date par l'association H&B ex Ligue Roc (cohabitation avec les grands carnivores, considération des espèces dites « nuisibles », ...). Cet eng...

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