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Les grands herbivores présents jadis à l’état libre en France 6/6

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Nous y voilà. Six semaines après la parution du premier article, nous arrivons au terme de cette saga vulgarisée consacrée aux grands herbivores.

Dans le précédent volet (pour mémoire ici), nous avons abordé les initiatives de "rewilding" en Europe et je vous ai fait part de quelques considérations personnelles sur les possibilités de voir un jour à nouveau ces grands mammifères peupler notre pays en toute liberté.

Si cet horizon est encore loin, des expériences de semi-liberté existent d'ores et déjà. Aujourd'hui, dans ce tout dernier épisode, nous faisons donc le tour de ce type d'expérimentations concrètes, menées ou à l'étude, en France.

Bonne lecture !

 

6/6. Où puis-je voir des grands herbivores en France : des démarches prometteuses mais encore balbutiantes

 

Deux types d'approche

En France aucune expérience de retour à l’état sauvage - au sens de réintroduction en liberté totale - des grands herbivores disparus n’a été mise en place.

En revanche, il existe quelques sites de réintroduction en semi-liberté, c’est-à-dire dans des enclos de grandes surfaces, pour plusieurs des espèces traitées tout au long de cette synthèse, soit dans un but écotouristique au sein de parcs de vision, soit dans un but de gestion écologique d’espaces naturels.

Parcs de vision

Par la démonstration de ces grands herbivores en semi-liberté dans des enclos vastes, ces parcs permettent une sensibilisation du public et offrent aussi des opportunités d'étude des comportements des espèces détenues. En France, on peut citer notamment :

- La Réserve des Bisons d’Europe de Margeride créée en 1991 sur la commune de Sainte-Eulalie en Margeride (Lozère), qui présente des Bisons d’Europe sur plus de 200 hectares d'espaces naturels (http://www.bisoneurope.com/),

- La Réserve biologique des Monts d’Azur, située sur la commune de Thorenc (Alpes-Maritimes), qui présente un enclos de 700 ha avec plusieurs grands herbivores dont des Bisons, des Cerfs et des Chevaux de Przewalski (http://www.haut-thorenc.com/),

- L’Espace faune, situé sur une presqu'île de 89 ha du Lac d'Orient (Aube), entre Mesnil-Saint-Père et la Maison du Parc. Il est géré par l’Office national des forêts (ONF) et le Parc naturel régional (PNR) de la Forêt d’Orient. Ce parc de vision permet de découvrir les grands mammifères sauvages herbivores actuels (cerfs, chevreuils, sangliers) et les principaux grands mammifères forestiers ayant existé depuis la période préhistorique : Aurochs, Élan et Tarpan. Ils y évoluent dans leur milieu naturel.

Plus d'infos sur :

http://www.pnr-foret-orient.fr/fr/content/effo-art

http://www.onf.fr/activites_nature/++oid++e72/@@display_leisure.html

L'Espace Faune (Aube) où des tarpans évoluent dans un enclos de 35 ha avec aurochs et élans.

Initiatives pour une gestion écologique

Comme nous l’avons vu précédemment, les grands herbivores sont des espèces structurantes des milieux naturels : par leur pâturage, elles entretiennent les espaces ouverts et la dynamique végétale, chacune selon ses capacités physiques et ses préférences d’herbivorie (Relire l'article 4 traitant de ce sujet). Plusieurs expériences de réintroduction de certains grands herbivores dans des espaces naturels sont ainsi menées ou à l’étude afin de tendre vers un entretien « autonome » de ces sites en retrouvant des écosystèmes complets.

En France, une association, l’ARTHEN (Association pour le Retour du Tarpan et des grands Herbivores dans les Espaces Naturels ; http://www.arthen-tarpan.fr), est dédiée intégralement aux grands herbivores et en particulier au Tarpan. L’ARTHEN porte comme projet de réintroduire à terme le Tarpan - et pourquoi pas d’autres grands herbivores - en liberté totale. D’ores et déjà, un retour du Tarpan en semi-liberté (enclos) est expérimenté sur plusieurs sites dans cette approche de « gestion écologique ».

D’autres projets du même ordre existent, portés par des naturalistes ou diverses structures.

Enfin, plusieurs sites, parfois même urbains, sont désormais gérés par des races bovines telles que les Island Cattle, qui évoluent avec pas ou très peu d’intervention humaine. Si ces animaux appartiennent à des lignées domestiquées, ces démarches épousent tout de même l’idée d’un retour à une gestion naturelle par l’action de « grands herbivores ».

 

Présentation par espèce

Ci-dessous, voici la liste (sans doute non exhaustive) des expériences connues présentées pour chacune des quatre espèces traitées tout au long de cette synthèse.

Le Bison d’Europe

Deux petites populations en semi-liberté sont hébergées :

- à la Réserve des Bisons de la Margeride : un premier lot de six mâles et trois femelles, transporté par camion de Bialowieza, y fut d’abord introduit. Après une acclimatation réussie, un second lâcher de bisons plus jeunes eut lieu en avril 1992.

- à la Réserve des Monts d’Azur : des bisons, ramenés de la forêt de Bialowieza (Pologne) par le vétérinaire Patrice Longour et son équipe, côtoient plusieurs autres herbivores (chamois, cerf, chevreuil ainsi que le cheval de Przewalski acquis auprès de différents zoos d'Europe).


Bisons d'Europe dans la Réserve des Monts d'Azur

L’Élan

Des élans sont détenus en captivité à l’Espace Faune.

Un projet de réintroduction est à l’étude depuis 1998 dans le Marais Vernier (Normandie).

Le Tarpan

Dans l’Ain, l’ARTHEN a permis la création de trois enclos qui hébergent entre 20 et 25 tarpans selon les années :

- le marais de Vaux (Cormaranche en Bugey) accueille un groupe de mâles célibataires et un groupe familial sur 35 ha divisés en trois parcs. Les premiers Tarpans ont été introduits en 1992 dans le cadre de la gestion écologique du site par le Conservatoire Régional du Patrimoine Naturel (CEN Rhône Alpes).

- le parc de Tavassieu (Aranc) accueille un petit groupe familial (étalon, juments et poulains),

- le parc de la Mélogne (Hauteville) accueille également un petit groupe familial.

Par ailleurs, en 2008, le projet Tarpan de l’ARTHEN s’est aussi implanté en Champagne (Haute-Marne) avec l’introduction de trois jeunes juments à titre expérimental sur le parc du Val Versé. Il s’agit d’un enclos d’une dizaine d’hectares situé sur la commune d’Arbot dans la haute vallée de l’Aube. Les tarpans s’y sont adaptés et contribuent dans cet espace à maintenir l’équilibre entre milieux prairiaux et forestiers. Fort de ce premier succès, l’une des trois juments de l’enclos a été remplacée par un étalon en 2011 afin de commencer à constituer un groupe familial reproducteur.

Tarpans réintroduits en semi-liberté en Haute Marne. Photo M. Michelot

Enfin, l’ONF et le PNR de la forêt d’Orient ont souhaité introduire des Tarpans sur l’Espace Faune, parc écotouristique présenté plus haut. L’ARTHEN a fourni les animaux et a assuré leur suivi pendant une période d’adaptation. Actuellement, un groupe familial composé d’un étalon et de deux juments accompagnées de leurs jeunes de l’année partage un enclos de 35 ha avec des aurochs et des élans.

L’Aurochs

En France, on peut observer des aurochs reconstitués à l’Espace Faune.

 

A noter également l'existence d'un élevage de Cheval de Przewalski situé dans le Parc national des Cévennes (Le Villaret). Cet enclos est géré par l'association TAKH (http://www.takh.org) qui oeuvre depuis 1990 pour la sauvegarde et l'étude de ce cheval (appelé Takh en mongol). Cet élevage constitue un pool de chevaux permettant l'étude de leur comportement en semi-liberté et a également servi à la réintroduction d'individus en Mongolie en 2004 et 2005.

 

La liste des expérimentations présentées dans cet article n'est pas exhaustive et d'autres doivent exister. Si vous avez vous-même connaissance de sites où évoluent des grands herbivores réintroduits en France, n'hésitez pas à les communiquer dans vos commentaires.

 

En conclusion, en France, nous sommes donc encore loin d'une réintroduction de ces grands mammifères en liberté totale. Néanmoins, qu'il s'agisse de parcs de vision ou d'enclos de réintroduction pour une gestion écologique, ces expériences sont prometteuses car leurs réussites permettent d'ores et déjà de comprendre les processus écologiques et de travailler les aspects techniques et scientifiques que soulèvent inévitablement les réintroductions. Ces sites vous offrent aussi à vous, dès aujourd'hui, la possibilité de voir évoluer ces espèces de près...et vous donneront donc peut-être envie, si ce n'est pas déjà le cas, de plaider pour une réintroduction future des grands herbivores à l'état sauvage.

 

Commentaires

1
2014-02-16 22:49:05 +0100

Merci Romain, pour cette remarquable série.
La Vie est belle!

1

1
2014-02-17 00:52:46 +0100

Merci !
Un pdf regroupant l'ensemble du contenu sera bientôt disponible.
RS

1

0
2014-02-18 18:42:59 +0100

A tenir à jour ...
Et en Europe ?

0

0
2014-03-02 14:23:51 +0100

Vous pouvez désormais retrouver la compilation de l'ensemble des volets de cette série en document attaché à cet article.

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À propos de l'auteur

Depuis 2012, j'apporte de mon temps et de mes compétences à l’association Humanité et Biodiversité (administrateur de 2012 à 2015), où je contribue au développement des Oasis nature et à l’approfondissement de plusieurs thématiques déjà portées de longue date par l'association H&B ex Ligue Roc (cohabitation avec les grands carnivores, considération des espèces dites « nuisibles », ...). Cet eng...

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