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Les populations socialement désavantagées respirent-elles un air plus pollué ?

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Publié dans
le 22.03.17
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Selon une vaste étude menée sur huit pays européens, les habitants des quartiers les plus touchés par le chômage sont davantage exposés à la pollution atmosphérique. Mais cette exposition accrue serait davantage liée à la configuration urbaine des villes étudiées qu'au niveau socioéconomique de leurs habitants.

Les populations socialement désavantagées souffrent davantage de problèmes de santé respiratoires et vasculaires. Or ces derniers peuvent être causés ou accentués par l'exposition à la pollution atmosphérique. D'où la question : existe-t-il un lien entre niveau socioéconomique (NSE) et exposition à un air pollué ? En Europe, les quelques études sur le sujet sont contradictoires; de plus, leurs méthodes pour évaluer NSE et exposition aux polluants atmosphériques diffèrent, ce qui les rend difficilement comparables. Grâce à une vaste étude conduite sur 5 692 citadins de 16 grandes villes d'Europe occidentale, une équipe européenne* a tenté d'y voir plus clair...

Près de 5 700 participants, dans 16 villes européennes

"Pour chaque participant, nous avons utilisé les mêmes critères pour évaluer leur NSE : deux critères individuels - niveau d'études et catégorie socioprofessionnelle - et le taux de chômage de leur quartier de résidence, indique Sofia Temam, doctorante à l'Inserm, première auteure de l'étude. Et pour chacun, l'exposition annuelle au dioxyde d'azote (NO2) - un polluant émis principalement par le trafic routier - a été estimée en fonction de l'adresse de leur domicile dans le cadre du projet européen ESCAPE".

Résultat principal : dans 11 des 16 villes étudiées, les chercheurs ont observé que les habitants des quartiers les plus touchés par le chômage étaient les plus exposés au NO2. Par exemple, dans les quatre métropoles françaises étudiées, les habitants de quartiers affichant un taux de chômage supérieur à 9,5% (valeur médiane) étaient exposés annuellement à 35 µg/m3 de NO2, contre seulement 27 µg/m3 dans les quartiers où le chômage était sous la barre des 9,5%.

Mais lorsqu'on ne retient que les critères individuels du NSE - niveau d'études et catégorie socioprofessionnelle - les résultats ne montrent pas d'association significative entre niveau socioéconomique individuel et exposition au NO2, dans la quasi-totalité des villes (14/16). Seules exceptions : Vérone et Lyon, où les citadins avec un niveau d'études bas étaient les moins exposés.

Des résultats très hétérogènes

Principal enseignement de ces résultats : l'exposition au NO2 des citadins d'Europe occidentale semble davantage liée aux caractéristiques urbaines propres à leur ville et à ses quartiers qu'à leur NSE. "Mais d'autres études internationales à grande échelle seront nécessaires pour conclure", précise Sofia Temam. Il faudrait en outre améliorer encore l'évaluation du NSE, en intégrant par exemple les revenus des participants, mais aussi l'estimation de l’exposition au NO2, via des capteurs portés par les participants chez eux, dans les transports, au travail... ce qui pose toutefois des questions de coût.

Et si jamais on parvient à conclure que les citadins européens à faible NSE ne sont pas plus exposés à la pollution de l'air, une autre piste est déjà explorée pour expliquer la fréquence plus élevée des problèmes cardiovasculaires et respiratoires observées dans cette population... Seraient-ils plus sensibles aux effets de la pollution atmosphérique en raison d'un moins bon état de santé général (tabagisme, alimentation, moindre accès aux soins...) ? Le débat n'est pas tranché !

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Commentaires

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2017-03-25 08:56:33 +0100

la pollution est comme la grippe elle touche tout le monde sans distinction tout comme le nuage radioactif qui fait le tour de la planète .Riche ou pauvre du pareil au même, nous respirons.. seule différence le riche partira plus tard car il aura pu s' acheté le masque qui repoussera l'échéance.

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2017-05-05 18:57:35 +0200

Non. Pas exactement, je le crains, du moins à mon avis. Comme le montre cette étude plusieurs paramètres sont à prendre en considération. L'un d'eux concerne le prix au mètre carré de chaque ville ou de chaque quartier. Les plus aisés ayant en général des zones d'habitation mieux protégées, car plus saines, et mieux contrôlées par les services publiques et la voirie. Cependant, ce n'est pas le seul élément il est vrai, à prendre en considération.

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À propos de l'auteur

ex-directeur de Laboratoire INRA, économiste, ex président de l'institut de recherche économique et sociale, ex membre du bureau du CNIS, négociateurs des Grenelles de l'environnement et de la mer, membre du CEDD et de nombreuses commissions de France-Stratégie ( ex-CAS). Vice-président d’Humanité et Biodiversité.

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