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Les Sang Couleurs de l'Automne

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Publié dans
le 26.08.14
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Voici 200 millions d’années, la planète bleue a entrepris un travail de titan. Mues par des forces herculéennes, les Alpes ont surgi de terre, des vallées se sont créées, des crêtes ont déchiré le ciel.

Les paysages se sont sans cesse modifiés, modelant des espaces de vie pour une faune qui s’est installée dans les montagnes bien avant l’arrivée du premier homme. Cerfs, sangliers, blaireaux, lynx, loups et quantité d’autres espèces se sont partagé des biotopes adaptés à leurs exigences. Dépendantes d’un milieu en perpétuelle évolution, certaines ont migré, d’autres ont disparu naturellement laissant la place à de nouvelles populations. Un fragile équilibre s’est maintenu entre proies et prédateurs durant des millénaires.

Au 19è siècle, les choses se précipitent. Les structures mises en place tranquillement durant des milliers d’années se voient bousculées, détruites par l’intervention de l’homme avec une rapidité effarante. Il faut occuper de plus en plus de territoires, grignoter les espaces vierges réservés aux animaux sauvages, empiéter sur leurs domaines, les coloniser, les dégrader à un point inimaginable. Les petits paradis nichés au creux des Alpes ne seront bientôt plus qu’un souvenir. La faune tente momentanément de sauver sa peau, elle lutte, résiste. Pour combien de temps encore ?

Réchy, ce Vallon vierge de toute empreinte humaine, sera-t-il le dernier bastion de la Beauté, le dernier témoignage d’une faune qui, dès septembre, sera soumise au stress, à une panique intense ? Les zones de chasse s’étendent, éliminant drastiquement les refuges forestiers des cervidés. C’est que les chasseurs connaissent bien les passages empruntés par les cerfs ! Facile de les avoir dans leur ligne de mire ! Un vrai jeu d’enfant ! Les secteurs sont bien préparés. Une seule consigne : abattre ! D’abord, abattre ces mélèzes majestueux qui barrent la vue, dégager à grands coups de tronçonneuse tout ce qui gêne près des souilles que les grands mâles fréquentent régulièrement, aménager des postes près des chemins de fuite que les meneuses se transmettent de génération en génération. Désorientées, effrayées, les bêtes tenteront de se remiser dans d’autres lieux moins dangereux. Elles échapperont peut-être aux tirs meurtriers mais pas au stress provoqué par les promeneurs qui laissent leurs chiens vagabonder en toute liberté en dehors des sentiers de randonnée, inconscients des dérangements supplémentaires qu’ils provoquent.

Le Vallon de Réchy…. Son image va-t-elle se ternir définitivement avec ces pratiques ? La végétation souffre, les bêtes périssent. Une régulation est sans doute nécessaire mais pas de cette manière. On ne laisse aucune chance aux animaux. Ceux qui sauveront leur peau ne seront plus jamais les mêmes.

A la fin du 19e siècle et au début du 20e, 42 districts francs furent établis en Suisse. Ces endroits protégés permirent de régénérer des populations de cerfs et de bouquetins presque entièrement décimées par une chasse intensive et par des forêts laissées dans un état pitoyable. Le nombre d’ongulés devenant parfois trop important, la Confédération autorise les cantons à effectuer « tirs de régulation » dans des secteurs bien délimités.

A la mi-septembre, chamois, chevreuils et bouquetins ne sont pas les seuls à craindre les coups de feu. Les randonneurs aussi ! Ils privilégient les réserves naturelles où les détonations ne retentissent pas. Ces dernières années, plusieurs accidents, dont certains mortels, ont ensanglanté encore un peu plus cette période.

Pourquoi abandonner au seul service de la chasse la responsabilité de la faune sauvage ? Pourquoi ne pas créer un vrai service de l’environnement qui pourrait non seulement limiter la pression sur la nature mais également envisager avec un œil plus critique les dérangements occasionnés par les activités humaines.

Et le loup dans tout ça ?
Pourquoi ne pas le considérer comme un allié plutôt que comme un ennemi qui s’attaque épisodiquement à des moutons, le plus souvent non protégés ? Ses proies préférées restent les ongulés. Il n’y a pas meilleur régulateur que lui !
Ainsi, à Yellowstone, son retour permit un changement radical du comportement des cerfs ; la végétation reprit vigueur, les paysages changèrent, entraînant des réactions en chaîne pour le plus grand bonheur de la Nature et de ses hôtes. Nous sommes occupés à dilapider notre patrimoine génétique par des actions infondées sans nous rendre compte que nous ne sommes qu’un des éléments de la vie sur Terre au même titre que les animaux.
Quand nous en prendrons conscience, il sera sans doute trop tard. La nature sera à tout jamais dévastée par nos destructions insensées. Quand tous les petits paradis pareils à ceux du Vallon de Réchy auront été anéantis par la folie de l’homme, l’humanité disparaîtra elle aussi.

Commentaires

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2014-09-16 23:27:32 +0200

http://www.altitude-image.c...

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