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Lettre à un ami chasseur

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le 12.02.14
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 Cher Toine, 

J’ai soixante ans, quelque peu passés. Notre conversation à distance n’est donc pas celle de deux adolescents fougueux et impulsifs, mais celle, je le souhaite, de personnes ayant acquis une maturité et capables de s’écouter. Permettez-moi ces quelques remarques après votre vibrant et passionné plaidoyer sur la chasse.

Je pratique, moi aussi, la nature mais sans équipements particuliers comme fusils, gibecières et vêtements quasi-militaires. Je vis dans la région parisienne mais je suis d’origine provinciale et je crois connaître le monde rural, tout comme vous. Vous  donnez d’ailleurs une image du citadin assez caricaturale et ridicule : un écolo-bobo n’ayant jamais mis les pieds « dans un champ de navets » (je vous cite) ou encore incapable de distinguer entre le persil et le cerfeuil, et vivant de fantasmes, rêvant de la réintroduction de l’ours et du loup.  Détrompez-vous, certains urbains dont je fais partie savent dissocier parfaitement les animaux à leur chant, leur vol, leurs traces, leurs cris, etc…

Vous dites que la chasse a toujours existé. Il est vrai que  dans notre pays, elle relève de la  prépotence. Et c’est un fait que l’on peut l’observer comme une pratique fréquente dans certains pays ou dans l’histoire. Toutefois, je vous évoquerai certaines cultures où la relation homme/animal ne connait pas une telle brutalité. Prenez le cas, un parmi d’autres, des Bishnoïs en Inde (ils sont plus d’un demi-million) qui vivent dans une proximité faite de compassion envers les animaux et tout ce qui vit, les arbres, etc. … Je pense également à Philippe Descola, actuellement professeur au Collège de France, et qui montre que certaines civilisations relèvent d’autres ontologies que celles de la culture occidentale. Par exemple, l’animisme qui établit une identité dans l’intériorité entre les humains et ceux qui ne le sont pas...  La chasse, comme déni de l’autre, de l’animal, est donc loin d’être une pratique universelle.

Vous dites encore que la cruauté est ailleurs. A juste titre, vous parlez de la corrida et de son rituel sanguinaire. Ou encore de cette cruauté cachée qui consiste en consommant de la viande à cautionner tout ce qui se passe dans les abattoirs. Je suis totalement d’accord avec ces deux remarques. Je ne comprends pas le goût pour la corrida et  mon choix culinaire m’éloigne de plus en plus des plats carnés. En revanche, quand je verrai un animal capable d’échapper à une battue, ne plus être traqué jusqu’à épuisement par une meute, ne plus être tiré à bout portant, ou ne plus être laissé blessé et agonisant, je renoncerai à dire que la chasse est cruelle.

Vous dites aussi que la chasse a une action positive envers l’environnement, que le chasseur paradoxalement aime et tue les animaux. Et vous ajoutez que vous préférez lorsqu’un animal (je vous cite encore) est « tué proprement ». Personnellement je doute du rôle régulateur de la chasse. En tout cas, je préfère laisser cette régulation à de vrais spécialistes (sans recours à des pratiques comme le gazage, observées aux Pays Bas et outre-Manche.) Mais, chez nous, quelques jours après la date d’ouverture de la chasse, quel cataclysme dans la faune ! Et je ne vous parle pas des résidus qui polluent l’environnement, les plombs, les cartouches laissées à vau-l’eau ! Je ne parle pas non plus des accidents de plus en plus nombreux qui touchent chasseurs et non-chasseurs. Ensuite, quel  curieux amour vous portez envers les animaux, fait de violence et d’instinct de mort ! Je ne comprends pas ce meurtre "propre" que vous préconisez. Pour moi, c’est Eros (dieu de l’amour) et non Thanatos (dieu de la mort) qui me guide dans la relation avec les bêtes.

Il faut saluer tout de même votre courage et votre honnêteté à vous exprimer ici. Je reconnais que vous abordez la chasse avec une certaine mesure et du recul. Mais encore un petit effort, cher Toine, et abandonnez la pratique du fusil. Pour moi, la seule « chasse »  que je pratique est faite d’observation la plus discrète possible, de patience et de contemplation. Un animal vivant en dehors de toutes entraves, en pleine liberté, a quelque chose en lui d’éblouissant à admirer.

Pour terminer, je laisserai à votre méditation cette phrase de Jean Jacques Rousseau, tirée de l’Emile, livre de pédagogie : «  La chasse endurcit le cœur aussi bien que le corps ; elle accoutume au sang, à la cruauté ».

 

Commentaires

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2014-02-12 16:46:15 +0100

L'échange est mesuré et nécessaire. Il y a parfois des battues administratives, lorsque certaines espèces ne sont plus régulées.
La chasse est une activité dont on peut se passer comme la pêche d'ailleurs. Mais est-ce souhaitable et culturellement acceptable?

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2014-02-12 18:04:49 +0100

A grenouille,
Naturellement que j'accepte vos remarques mais permettez moi celles-ci:
J'ai été très dur avec les citadins, je l'admets volontiers, mais j'ai tellement de raisons de me plaindre, sans faire de généralité, de leur "supériorité" et "arrogance" vis-à-vis de la ruralité!
Par ailleurs comme vous le dites, nous sommes à un âge raisonnable. Cependant vous mordez d'entrée par un petit coup de griffe, "vêtements quasi militaires", pas méchant certes mais révélateur de l'amour que vous portez aux chasseurs.
Dans votre profil, dont je viens de prendre connaissance, vous notez, je cite "chaque être a sa particularité et doit l'épanouir dans un monde qui tend à l'uniformisation" " la diversité culturelle reste enrichissante….curiosité pleine de respect à l'égard des pratiques culturelles qui diffèrent des nôtres"
La chasse fait partie d'une culture, de la vie de la ruralité, c'est une particularité culturelle comme tant d'autres qui fait partie de la diversité et module ou atténue l'uniformisation.
Vous dites que cette diversité reste enrichissante et que vous êtes plein de respect à l'égard de ces différences.
N'y aurait il pas quelques légères contradiction entre ces termes et le rejet de la chasse?
Heureusement que les différences existent sinon on s'ennuierait ! Certains pays chassent, d'autres pas, c'est le droit de chacun de se déterminer.
La chasse existe en France, il faut la canaliser, dénoncer les abus (il y en a dans toutes les activités humaines), toujours et sans cesse de la même façon que l'on lutte pour les papiers gras et autres détritus abandonnés. Je comprends que vous soyez sous pression les jours d'ouverture; j'espère pour vous que ce n'est pas tous les jours ce cirque, mais il faut aussi comprendre que ces pauvres citadins/chasseurs ont le droit de "s'exprimer" une fois par an à l'ouverture.
Les stades permettent, de la même façon, de se lâcher (pas trop bien sûr) pour jeter son stress dans la mêlée.
Enfin, au regard des actions menées par les chasseurs, vous ne pouvez pas nier qu'ils apportent quelque chose, malgré tous leurs "défauts": réserves réglementées, comptages, plan de chasse, rachat de sites protégés ou de repos pour la faune, apports de nourriture en cas de disette, aménagements divers…repeuplements en gibier propre à garder un instinct sauvage. Vous allez me répondre: "c'est pour mieux tuer"; peut être, mais aussi pour mieux gérer, mieux réguler, pour développer et protéger quand c'est nécessaire, pour réimplanter.
Croyez vous sincèrement que, si la chasse disparaissait, quelqu'un prendrait la relève avec autant de soins et de conviction; à défaut, on serait obligé de créer un corps de fonction pour gérer le problème.
J'ai parlé de la dualité du chasseur; j'ai dit que je n'avais pas de réponse; j'ai horreur de la cruauté et pourtant je chasse ! si vous avez une réponjse, je suis preneur. Entre Eros et Thanatos mon cœur balance toujours .
On pourrait converser longtemps sur le problème, converser sans fin, trouver un accord sur des points précis, il reste la philosophie de la vie ou de la mort ! Cela nous mènerait trop loin!
Je vous souhaite de retrouver un havre de paix et de continuer à dialoguer avec les chasseurs pour améliorer nos rapports.
Cordialement

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2014-02-12 19:38:28 +0100

Cher Toine,
Je découvre vos remarques et j'y réponds un peu tardivement.
Vous semblez en vouloir vraiment aux citadins. Sont-ils les seuls ( les "pauvres citadins/chasseurs" pour reprendre votre propos) à se délivrer de leur stress, à se défouler, le jour de l'ouverture ? Abandonnez votre apriori sur les urbains. Ils ont aussi des défauts, mais ne les enfermez pas dans des catalogues.
Quant à la chasse comme pratique culturelle, je ne nie pas qu'elle soit bien ancrée et enracinée en France. Effectivement, je suis ouvert à la diversité culturelle comme je le disais dans ma profession de foi. Toutefois, il y a des limites aux pratiques culturelles dès lors qu'elles portent atteinte à certains droits ( ceux des hommes et ceux des animaux). La tradition n'a pas toujours que du bon. Toutes proportions gardées, si l'on prend une pratique culturelle comme l'excision, elle reste condamnable. Toute tolérance envers la différence culturelle ne peut pas être aveugle.
Sans nier ce que certaines associations de chasseurs peuvent faire, ce qui nous séparera toujours est cet amour violent que vous reconnaissez vous-même envers les bêtes. J'ai eu, à ce propos, des discussions sans fin avec des amis chasseurs.
Pour clore mon intervention, je vous invite à lire un petit texte, totalement approprié, de Maupassant intitulé "Amour". C'est un texte court (3 pages) qui décrit une scène de chasse. Maupassant était d'ailleurs lui-même chasseur. Vous verrez dans ce texte où est l'amour et où est la violence. Si vous ne le trouvez pas, j'essaierai de la mettre en ligne.
Bien cordialement

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2014-02-12 20:40:24 +0100

Guy de Maupassant : Amour. Texte publié dans Gil Blas du 7 décembre 1886, puis publié dans le recueil Le Horla.
http://maupassant.free.fr/t...

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2014-02-12 21:04:19 +0100

Si je peux me permettre, l'opposition "citadins bobos" / "ruraux aimant la chasse" relève du stéréotype erroné voire stupide, qui sert souvent d'argument aux écolosceptiques pour refuser en masse des arguments qui les dérangent et qu'ils ne veulent pas affronter. Je ne suis pas citadin, et ne suis pas chasseur. Je connais des personnes d'origine citadine connaître mieux des espèces d'oiseaux, mammifères et insectes mieux que des chasseurs qui parfois n'identifient pas correctement des espèces qu'ils piègent, lorsqu'ils sont aussi piégeurs agréés.

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2014-02-12 21:33:21 +0100

Grenouille cite Descola et l'animisme. Mais l'animisme n'interdit pas la chasse. Seulement quand un animiste tue un animal à la chasse, il se demande s'il n'a pas tué une personne… puisque l'animiste ne sait jamais à qui il a affaire… d'où des rites pour manger sans culpabiliser.

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2014-02-13 08:27:48 +0100

Et si nous proposions de nous écouter? Discutons des faits qui nécessitent l'existence de la chasse et des solutions qui pourraient la reduire tels que : code de la chasse, permis à points, charte éthique...
Il faut reconnaître que les chasseurs sont mieux organisés et ont plus de pouvoirs que les anti-chasseurs notamment pour l'acquisition de réserves dont il faudrait, pour certaines, vérifier l'usage exact...

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2014-02-13 09:07:03 +0100

L’association dite « Humanité et Biodiversité » a pour objet le renforcement de la perception et de la prise en compte par tous, des synergies et des liens indissociables entre humanité et biodiversité, fondés sur le respect entre les humains et les autres êtres vivants, en particulier les êtres sensibles.
(extrait des statuts de l'association)

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2014-02-13 10:16:13 +0100

En ouvrant ce débat j'ai ouvert la boîte de pandore ! je ne me sens pas agressé car je suis en bonne compagnie, mais un peu isolé.
Je crois que ce débat est faussé par le fait qu'on occulte les vrais problèmes:
- tout d'abord le docteur Delille(paix à son âme) nous a joué à tous un bien vilain tour avec son vaccin; la disparition du lapin, gibier fourrage pour tous les prédateurs, y compris l'homme, a transféré une partie de la pression prédatrice sur les autres espèces,(oiseaux, mammifères, coléoptères…).
- ensuite, toutes les saletés que l'on a injectées dans nos campagnes ont rendu une partie des sols usés et stériles; conséquence: diminutions et disparitions de la petite faune et de la flore de jachère (insectes, baies, graines…)
GermainGrignan parle de la guerre faite au renard: les mulots s'autorégulent en fonction de la nourriture disponible et ils sont traqués par les rapaces nocturnes et diurnes, les mustélidés et le renard; mais quand les mustélidés et le renard trouvent difficilement leur nourriture (moins ou absence de baies, coléoptères, lapins, gibier…), ils colonisent, tout au moins pour le renard et la fouine, les banlieues urbaines en faisant les poubelles (les ours blancs font de même mais pour d'autres raisons); le renard de tout temps a été combattu par les chasseurs (chasse à courre, à tir, déterrage, lutte contre la rage) et les particuliers (prédation sur la volalaille) et pourtant il se maintient ou progresse favorablement; opportuniste et malin, il se sert sur le terrain le plus propice, à savoir le petit gibier ou les poubelles.

Connaissez-vous quelqu'un qui ne protège pas son capital pour en tirer les fruits ? les chasseurs ne cherchent pas à l'éradiquer mais à protéger leur capital, ce qui me semble louable.

La priorité des priorités, ce n'est pas la chasse, mais de rétablir nos campagnes en cessant de les tuer par des épandages absurdes (marées vertes, ruisseaux stériles…), des plaines sans haies et sans arbres; de l'urbanisme débridé. la biodiversité s'y meurt et les chasseurs tentent, tant bien que mal, d'y maintenir un semblant de naturel car tout y est, plus ou moins, atteint ou mal en point. 

Le chasseur sert, aux yeux de beaucoup, d'épouvantail pour détourner la vue des vrais problèmes! C'est le chiffon rouge agité devant le taureau! Il ne voit que lui et oublie la lame du toréro !
Que reste-t-il en France de territoire naturel digne de ce nom? Les lieux difficiles d'accès tels que la montagne, les marais, les parcs nationaux (ils sont déjà placés en sites difficiles d'accès).
A part ces lieux plus ou moins sauvages, où mettrez-vous les loups ? opportunistes eux aussi, croyez-vous qu'ils n'iront pas au plus facile: les petits agneaux en pacage sont plus attirants que des isards ou cervidés capables de les faire courir longtemps avant de se remplir la panse !
Qui plus est, notre France est trop mitée et trop exigüe pour recueillir les gros prédateurs; seuls les immenses forêts et les grandes steppes peuvent les conserver dans des conditions favorables (Grand nord, Canada, pays de l'est…)
Je vous laisse le soin de méditer cela et de me confondre.
Je vous parlerai plus tard, si l'on ne me boycotte pas d'ici là, de ma montagne et des contraintes que s'imposent les chasseurs dignes de ce nom.
Cordialement

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2014-02-13 10:48:38 +0100

Pandore, en ouvrant la boîte, a libéré les maux de l’humanité. C'est dans la mythologie
Sur notre site, nous recherchons plutôt des solutions pour réunir les humains en faveur de la biodiversité dont ils font partie et dépendent.

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2014-02-13 11:54:12 +0100

Cher Toine,
L'échange fut intéressant. En ouvrant le débat, vous avez vu que nous pouvons discuter en écoutant les arguments des uns et des autres. Ce ne fut pas "l'hallali" pour vous.
Quant au constat que vous faites sur la biodiversité qui se meurt ou qui se réduit comme "peau de chagrin". C'est un fait et les causes en sont effectivement multiples.
En ce qui concerne le renard, goupil-voleur de poules, plusieurs articles ici ont montré son rôle de petit prédateur et de régulateur.
Bien cordialement de la part d'un citadin qui ne se polarise pas uniquement sur la chasse.

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2014-02-13 16:44:38 +0100

Ma montagne est magnifique mais difficile d'accès ; c'est un vrai combat que d'atteindre les hautes crêtes, surtout à mon âge ! Mais je persiste malgré mon arthrose et cela me maintiens en forme, autant qu'on peut l'être. Les Pyrénées sont un des rares endroits ou l'on retrouve encore une faune et une flore préservée et sauvage.
Les grands cervidés, les mouflons, les chevreuils y ont été réintroduits, par les chasseurs (juste retour); bientôt le bouquetin des Pyrénées retrouvera son biotope.
L'ours véritablement pyrénéen est malheureusement condamné et sera peut être remplacé par le slovène; A ce propos, nos ancêtres le régulaient (il n'y a pas si longtemps puisque j'ai été le contemporain du dernier tueur d'ours patenté de l'Ariège) et il faudra peut être se résoudre à le refaire, s'il prolifère; c'est déjà le cas dans les pays de l'est où on le canalise déjà par abattage ;
Il faudra choisir entre, les pacages et les estives, la maintenance des traditions pastorales qui entretiennent et nettoient le milieu, la maintenance des activités humaines, et le grand nounours. la montagne désert humain ? et on l'abandonne au nounours et autres loups? Vous sentirez-vous en sécurité en plantant votre tente dans une combe ? l'odeur du pain, des sucreries, de la viande fraiche à portée de…dent! Miam miam ! J'en ai fait l'expérience avec des chevaux de Mérens qui ont saccagé ma tente pour manger mon pain ! heureusement ce n'était que des chevaux ! dans un avenir plus ou moins lointain, je vous prédis un accident, mais qui en assumera la responsabilité ?
Il reste l'isard( nous l'avons fermé momentanément: épizootie), les lagopèdes (nous l'avons fermé depuis longtemps), le grand tétras(longuement chassé, anecdotique aujourd'ui: un oiseau pour une Aica de plus de 8000 ha et nous l'annulons) , le lièvre commun, la perdrix grise des Pyrénées, qui sont des autochtones de longue date.
Perdrix à ne pas confondre avec la perdrix de plaine car elle nous vient tout droit de la période quaternaire !
A propos de la perdrix, l'arrêté nous attribue 2 oiseaux par sortie; sachez que nous nous sommes limités , de notre propre initiative, à un oiseau par sortie avec baguage et mention écrite , 2 oiseaux maxi par semaine, 10 oiseaux maxi pour la saison; Pour la saison 2013/14, le printemps et les intempéries ayant été mauvais, nous n'avons chassé qu'un seul jour par précaution;
Nous la chassons dans un territoire magnifique, entre 1500 et 2900 m. Nous parcourons le terrain d'altitude, après une ascension de plusieurs heures ( de 1 à 3 h) avec notre compagnon à 4 pattes, pour une aléatoire perdrix, quelques fois un joyeux bredouille, mais quel pieds lors de l'arrêt du chien et du vrombissement de la compagnie !
Savez vous qu'une perdrix adulte ne vit que 3 années et que les effectifs se réduisent de moitié pendant l'hiver (disette, maladie, intempérie), que l'espèce réagit à ces aléas par une reproduction adaptée ? pourquoi nos réserves, dans lesquelles elles ne sont jamais chassées, ne sont pas en surdensité mais retrouvent une densité plus ou moins égale aux territoires chassés ? on ne peut pas prétendre que la chasse en est la cause ? Nous avons fermé le lagopède depuis plus de 20 ans (peut être 30 de mémoire); il y en avait un peu partout à l'époque et il était régulièrement chassé; il en reste de moins en moins, des places antérieurement colonisées sont maintenant désertes ! la chasse n'a rien à voir dans ces disparitions.
Nous nous sommes interdit les tirs en vallée quand la neige refoule le grand gibier vers le bas.
Naturellement vous allez me rétorquer qu, il est inutile d'ajouter le mal au mal par la chasse et que traquer et tuer est indigne. Malheureusement tuer est une nécessité pour les humains que nous sommes. Le gibier n'est pas une nourriture classique telle qu'on l'entend communément mais c'est une nourriture prisée tout de même ! vous dégustez bien vos huitres vivantes ! Dommage qu'elles ne disent pas "aïe". Pas de sensiblerie mal placée; on a quitté l'ère de la barbarie. Qui plus est, c'est une activité sportive qui entretien le physique, qui oxygène, préférable à d'autres activités, parfaitement honorables mais bien moins saines (spectateurs, tv, pc, Smartphones…)
Ok, chacun à le droit de s'exprimer comme il le souhaite, dés l'instant ou il ne fait de tort à personne; je ne pense pas que la chasse bien gérée et bien pratiquée fasse du tort, ni à autrui, ni à la faune.
Le bétail, les poissons ont été aussi des êtres sensibles, et attachantes parfois (pas le poisson !); on leur met bien le couteau à la gorge, par nécessité certes! la chasse n'en est pas une mais elle contribue, par ses actions sur le terrain, à maintenir les espaces et à lutter contre la désertification. Là ou je rejoins certains membres, c'est la pratique des lâchers "cocottes" sur-densitaires qui sont une hérésie et la solution de facilité, mais des fédérations commencent à interdire cette pratique, (et la battue qui fausse le jeu). Cela n'a rien à voir avec la chasse, c'est un spectacle de tir de kermesse; je ne considère pas ces pratiquants comme des chasseurs.
Si les assos sont muselées, qui et quoi les remplacera ? car il faudra gérer quand même les déséquilibres (cormorans, hérons, silures, poissons chat, grand gibier, dégâts…); les assos de chasse ou de pêche sont dirigées par des gens de terrain bénévoles qui gèrent, au mieux de tous les usagers, leur environnement immédiat, auquel ils tiennent et auquel ils sont attachés. Qui les remplacera ? Vous irez régulièrement sur le terrain pour faire les sentinelles et mettre la main à la pâte ? that is the question ?
ne soyez pas systématiquement leurs ennemis, sauf quand ils le méritent.
Navré de vous décevoir, mais je suis irrécupérable, Ariègeois de souche, j'ai du sang de Gaston Phébus dans les veines ! cordialement à tous

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2014-02-13 19:15:22 +0100

Cher Toine,
Envoyez-nous quelques photos de votre montagne et aussi de la faune ( mais pitié ) vivante.
A vous lire, on pense évidemment à Gaston Phébus, mais aussi ( et ce sont d'autres régions ) à Giono et à Mario Rigoni Stern.

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2014-02-14 10:03:27 +0100

Ah oui merci Grenouille d'évoquer ce montagnard qu'est Mario Rigoni Stern. Moi je ne l'ai découvert que tardivement grâce à cet article vraiment digne de lui, gardé précieusement
http://www.telerama.fr/livr...

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2014-02-14 10:22:46 +0100

J'ai été enchanté de la lecture de certains de ses ouvrages : "Le sergent dans la neige" et "Les saisons de Giacomo". Il y en a énormément d'autres intéressants que je lirai prochainement.
C'est un auteur plein d'humanité et si proche de la nature. La plupart de ses ouvrages sont édités en France, à Lyon, à "La Fosse aux ours".
Je conseille vraiment ses livres à tous ceux qui fréquentent ce site ; ils y trouveront du bonheur.

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2014-02-14 12:05:50 +0100

Toine devenez écrivain, racontez toutes vos expériences et la biodiversité des Pyrénées avec des conseils et des bonnes pratiques pour vos lecteurs

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2014-02-14 16:27:28 +0100

Je ne veux blesser personne je ne fais surtout pas de prosélytisme mais n'ai pas la langue de bois; je donne des points de réflexion, peut être une approche différente de la chasse, j'accepte la critique, si elle est fondée;
je continue mon verbiage.
Il faut accepter nos différences; on ne demandons pas que les "non chasseurs" deviennent des "chasseurs" ; Par contre vous semblez (je dis bien "semblez") vouloir faire de nous, à tout prix, des "non chasseurs"; chacun de nous , dans sa vie, fait des choix et des options en fonction de sa sensibilité et de ses aspirations; Il faut les accepter dés l'instant ou ils ne mettent pas en péril l'intégrité des autres. La chasse, de nos jours, n'est pas aveugle et irresponsable ; elle l'a été, je vous l'accorde, mais ce n'est plus le cas maintenant; les brebis galeuses sont de plus en plus montrées du doigt dans notre propre milieu, et l'éducation en continue fait le reste; la prise de conscience est faite et les jeunes ont un esprit plus ouvert.
Ses adeptes profitent de ce que leur offre la nature, sans chercher à éradiquer, à détruire, en préservant le capital tout en tentant de l'améliorer. Ils défendent, quoiqu'on en dise, la biodiversité, par amour de ce qui est nature et naturel, mais aussi par l'impact qu'elle a sur leur passion et sur l'avenir de l'homme (plus de diversité ne peut que plaire, pas uniquement pour avoir plus de gibier mais pour l'environnement de ce dernier et l'environnement en général); tout est lié: pas de diversité: pas de vie sur terre: pas d'avenir: pas de chasse , of course! Mais, à mon humble avis, certains aspects de la biodiversité ne sont pas compatibles avec notre milieu et notre société actuelle, je pense en particulier aux grands prédateurs qui ne peuvent que poser problème à tout le monde et que nous n'aurons pas le loisir d'observer, où très, très, très exceptionnellement. Or, la biodiversité mérite qu'on puisse l'observer dans son milieu, pour la protéger et pour le bonheur des hommes; Afin d' observer les grands prédateurs dans la nature, il faudrait une densité incompatible humainement, économiquement et sur le plan sécuritaire, avec notre territoire car ces bêtes fauves sont très discrètes. Je prends l'exemple du sanglier, qui n'a rien à voir avec l'ours ou le loup, mais que l'on rencontre très rarement dans nos montagnes où il est pourtant bien présent ! le loup, je l'ai côtoyé 3 fois, mais très furtivement dans les jumelles, comme un mirage, et je n'ai pas eu le loisir de le surprendre pour l'observer.
On a imposé l'ours sans trop de concertation (directive européenne oblige), ou, s'il y a eu semblant de concertation, elle a eu lieu dans les salons…. toulousains; c'est au fonds des vallées profondes qu'il fallait concerter; certaines le voulait, d'autres y étaient farouchement opposées; en échangeant les arguments on aurait pu avancer vers un consensus ou tout au moins tenter de se comprendre, et surtout se rapprocher des gens du terrain.
Les autochtones des vallées ont senti leur destin leur échapper, la parole venant d'en haut sans pouvoir la contester autrement que par l'agressivité. Ils vivent là, avec l'ours toute l'année, et non pas dans les salons parisiens. Ils méritaient que l'on tienne compte de leurs avis et de leur présence. C'est eux qui entretiennent et nettoient, qui aménagent et font encore vivre ces coins reculés. Ils gèrent leurs troupeaux, leurs ruchers, c'est-à-dire leur gagne pain, et craignent pour leurs bêtes. Vous allez me dire, ils sont dédommagés correctement; pour certains oui, pour d'autres on chipote sous prétexte qu'il subsiste un doute.
Imaginez un instant que vous ayez amoureusement entretenu votre potager et vos légumes; qu'un quidam "cravaté" vienne y épandre du gas-oil et vous tende quelques billets en vous disant "Monsieur, voila pour vous dédommager de votre travail" Quelle serait votre réaction ? Amer non ?
L'argent ne remplace pas tout ! il y a l'amour du travail bien fait et de sa contemplation .Imaginez vos brebis, en bas de la barre rocheuse (l'affolement, la course folle, et l'un se jette et tous les autres suivent….comme les moutons de Panurge), entassées pèle mêle, et la consternation du berger, qui bien souvent connaît ses bêtes nominativement, devant ce gâchis? Vous croyez que le chèque efface tout ?
Si nos anciens ont lutté contre, c'est qu'ils avaient, de longue date, de bonnes raisons de le faire; ils n'avaient pas le loisir de se consacrer à la chasse à l'ours (ils auraient préféré rentrer leur bois ou travailler leur terre ) mais étaient obligés de s'en protéger.
La suite au prochain numéro, selon mon inspiration et mon temps!
cdlt

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2014-02-14 18:03:00 +0100

Cher Toine,
C'est un véritable feuilleton que vous nous imposez avec vos remarques. Vous me semblez un chasseur bien bavard. Et vous devez faire fuir le gibier ( tant mieux pour lui) quand vous partez dans vos randonnées. Mais trêves de plaisanteries.
Pour être bref et à propos de la réintroduction de certains animaux comme l'ours, je ne pense pas que la décision vienne uniquement d'en-haut. De nombreuses associations locales sont favorables à sa réintroduction. Des réunions de concertation ont été préalablement faites et parfois boycottées par des élus proches du milieu pastoral.
Quant aux dégâts ( du fait de l'ours), ils restent minimes (1% des pertes globales).
Il y a moyen de vivre en cohabitation avec ces grands prédateurs, pour peu que l'on fasse preuve de bonne volonté. Et les expériences dans les pays étrangers ( Italie, Autriche) se sont révélées globalement positives.
Souhaiteriez-vous revenir à ce qui se passait au XIX°: chasse systématique de l'ours, safaris organisés pour des personnalités "cravatées" ( comme vous dites), ou encore les oursons attrapés et revendus à des montreurs d'ours.
Il convient de "raison garder" en cette affaire.

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2014-02-14 18:14:13 +0100

A Toine: je répondais en même temps que Grenouille lorsque mon commentaire s'est bloqué ! Votre témoignage sur les tensions liées à la réintroduction d'ours slovènes dans les Pyrenées est intéressant et reflète une réalité pour une partie de la population. Mais il est vrai que beaucoup de personnes, sur place, sont aussi favorables à l'ours.
Par ailleurs, pour le loup, nous n'avons pas su vivre avec lui en France, mais nous devrions plus regarder dans les autres pays pour comprendre comment les Hommes ont pu cohabiter avec le loup sans l'éradiquer: en Italie, en Espagne...Il y a plusieurs mois, j'avais un très instructif numéro de Terre Sauvage dédié au Loup en Italie, ponctué de témoignages...Les Français, Européens, doivent s'ouvrir à ce qui est possible ailleurs et certainement chez eux aussi !
Par ailleurs, je vous invite à lire la réflexion de Romain Sordello sur la cohabitation entre l'Homme moderne et l'animal sauvage, réflexion qu'il nous livre dans un article faisant partie d'une série, sur les grands herbivores présents à l'état sauvage jadis sur notre territoire: "Accepter le sauvage

C’est bien cela dont il s’agit au final : accepter de côtoyer des espèces que nous ne maîtrisons pas, grandes et puissantes, en totale liberté. Cette nécessité est la même concernant la cohabitation avec les grands carnivores (Loup, Lynx, Ours), sujet toujours aussi brûlant aujourd’hui. Même si pour les grands herbivores, le phénomène de prédation sur les animaux domestiques par définition n’existe pas, dans notre imaginaire, ces grands mammifères nous renvoient à la même partie de nous : une partie primitive, animale au sens premier du terme, qui peut éventuellement réveiller certaines peurs ancestrales face à notre habitude moderne de contrôler la nature. Ces peurs sont à écouter pour mieux les comprendre. Concrètement : suis-je en danger ou non si je me retrouve à proximité d’un Bison et comment dois-je réagir ? De telles questions, légitimes, vont inévitablement (ré)émerger si des projets de réintroduction de la mégafaune en liberté totale voient le jour".

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2014-02-14 18:15:37 +0100

Bonjour
Effectivement, je suis trop bavard. sur ce site. Quand je randonne, je suis très discret et muet, c'est la raison pour laquelle je me lâche ici !
Je ne suis pas systématiquement contre l'ours mais il faut maîtriser sa propagation compte tenu de ce que j'ai souligné, et en particulier l'inadaptation de nos territoires. cdlt

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2014-02-14 18:45:36 +0100

Bonjour collègue" biodiversitaire" Grignan
ok pour les herbivores.
Je tiens à dire que les locaux favorables à l'ours ne sont pas forcément des pratiquants de la haute montagne et n'ont vraisemblablement jamais trimé sur les estives. hors ce sont ceux-là qui revendiquent de vivre de leur travail en paix; ce sont les derniers survivants comme service d'entretien.
Quant à l'expérience des carnivores , on joue avec le feu , on agit comme des apprentis sorciers dans le monde sur densitaire d'aujourd'hui; si nous devons faire machine arrière un jour, comment faire pour récupérer tous les tueurs en puissance libérés dans la nature ?
cdlt

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2014-02-14 19:11:23 +0100

La présence de l'ours peut aussi être vue comme- un atout (beaucoup de personnes sont susceptibles de se déplacer pour l'observer et faire vivre chambres d'hôtes, hôtels, commerces) - un argument pour faire évoluer l'agriculture et le pastoralisme avec un retour à plus de "main d'œuvre" (dans le temps, il y en avait, du monde, dans les prés!) avec, comme moyen pour payer cette main d'œuvre, une meilleure adéquation et répartition des subventions à l'agriculture, qui, au lieu de sa faire massivement vers l'agriculture "conventionnelle" massive et les élevages intensifs, pourrait se reporter vers des exploitations vertueuses, un pastoralisme source d'emploi...C'est peut-être du rêve, mais ce serait possible si éleveurs et associations "écologiques" oeuvraient pour (il y a aussi des arguments écologiques au maintien du pastoralisme. Le maintien de milieux ouverts est propice à la biodiversité).

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2014-02-14 19:24:19 +0100

Cher toine, vous n'êtes pas bavard mais prolixe et merci de nous faire partager ce que vous avez vécu et ressenti et vous semblez plein de sagesse...
Moi ce qui me gêne c'est de voir des élevages de cochons sauvages, de faisans pour favoriser une chasse que j'appelle de loisirs...
Continuez à venir ici pour nous faire part de vos observations cae nous avons besoin de la science mais aussi des gens comme vous qui sont de réels observateurs essayant de faire la part des choses sans s'emporter

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2014-02-14 22:02:28 +0100

A grignan: le maintien des milieux ouverts est non seulement favorable mais indispensable; la montagne moyenne se ferme, envahie par la ronce et la végétation basse et invasive; lors de mes sorties de printemps pour la recherche des morilles, je trouve des granges, des bâtisses totalement ne ruine en pleine brousse, des murs de pierre qui tenaient la terre; toute cette vie, disparue par l'exode rural et les difficultés pour vivre au pays, démontre bien l'abandon des vallées; ceux qui y restent sont les derniers des Mohicans ! Certes, si les générations qui ont préféré la ville revenaient s'installer, en les aidant financièrement, on pourrait faire revivre un peu certains coins, mais hélas, ils ne souhaitent pas revenir; garder un contact, prendre ce qui reste de bon, sûrement, mais de là à y vivre !
L'attrait utopique de l'ours sur le touriste pourrait être une voie, mais je n'y crois pas trop; déjà, sa présence fait peur à certains randonneurs qui s'inquiètent ! Ajoutez à ceci la rumeur: on l'a vu là; untel a été poursuivi … Plus de mal que de bien; pour l'instant il n'a rapporté que soucis et désillusions

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À propos de l'auteur

J'enseigne les lettres et la philosophie à paris. Je suis provincial d'origine et je le reste dans l'âme. Je crois profondément à la diversité, la biodiversité qui fait toute la richesse de la nature, mais aussi la diversité culturelle et humaine. Il n'y a que les jumeaux homozygotes qui se ressemblent totalement. Chaque être humain a sa particularité et doit l'épanouir dans un monde qui tend ...

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