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Maltraitance animale : les députés veulent une vidéosurveillance obligatoire dans les abattoirs

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Publié dans
le 20.09.16
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« Lever l’omerta » sur les abattoirs, ces lieux, source d’inquiétudes et de fantasmes, où l’on cache la mort des animaux. Tel est l’objectif du rapport de la commission d’enquête parlementaire sur les conditions d’abattage des animaux de boucherie...

Ce texte de 255 pages, riche et précis, avance 65 propositions pour améliorer le bien-être des bêtes mais aussi celui des salariés. Avec une mesure phare : rendre obligatoire le contrôle vidéo dans les abattoirs, en installant des caméras partout où des animaux vivants sont conduits ou tués.

« Insuffisance des contrôles »

L’ensemble de ces inspections a révélé de « nombreux dysfonctionnements souvent mineurs, parfois majeurs, auxquels il est indispensable de remédier », note le rapport. Des manquements qui concernent tous types d’établissements, depuis les petits abattoirs locaux, souvent publics ou coopératifs, aux grands abattoirs industriels, qui tuent plusieurs millions d’animaux par an. « Aucun lien ne peut être établi entre le statut (public ou privé) et la taille des abattoirs et leur respect de la réglementation relative à la protection animale », assure le rapporteur Jean-Yves Caullet.

Le rapport avance différentes pistes pour pallier « l’insuffisance des contrôles des abattoirs et de transparence ». Il s’agit d’augmenter les effectifs des services vétérinaires et de mieux les former à la protection animale. Si 1 300 agents de la direction générale de l’alimentation sont constamment présents dans les 941 établissements afin de les contrôler, leurs effectifs sont en baisse (?19 % en dix ans, malgré la création de nouveaux postes depuis 2015) et leur rôle est tourné en priorité vers l’inspection sanitaire, « au détriment » du bien-être des bêtes.

Ces agents devraient disposer d’un nouvel outil : la vidéosurveillance, qui serait généralisée dans l’ensemble des endroits « critiques » des abattoirs,...

« Il faut éviter qu’elle ne devienne un outil de surveillance des salariés », préviennent les députés, qui ont auditionné la Commission nationale de l’informatique et des libertés sur la question. Les images seraient visibles par les services vétérinaires, les directions d’abattoirs, voire les syndicats, mais pas par les associations. « Nous enjoignons l’Etat à aider financièrement les petits abattoirs pour l’installation des caméras », précise M. Falorni.

« Ouverture aux associations »

Le rapport recommande également la présence obligatoire, dans les abattoirs de plus de cinquante salariés, d’un agent vétérinaire aux postes d’étourdissement et de mise à mort. Afin de « mettre fin au sentiment de quasi-impunité de certains opérateurs », le document invite à requalifier les actes de malveillance en délit, en cas de récidive. Enfin, le contrôle renforcé doit passer, pour M. Falorni, par « une plus grande ouverture aux associations, un droit de visite des parlementaires et la mise en place de comités locaux de suivi de site rassemblant toutes les parties ».

Le rapport aborde enfin la question sensible de l’abattage rituel. Aujourd’hui, au nom de la liberté des cultes, des dérogations à la loi autorisent des sacrificateurs à égorger les bêtes en pleine conscience, pour que la viande soit considérée comme hallal ou casher, ce qui « suscite un débat légitime », note le texte.
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  Audrey Garric
Chef adjointe du service Planète/Sciences du Monde

Commentaires

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2016-09-20 16:43:39 +0200

Une tribune de Renan Larue, professeur de littérature française à l'université de Santa Barbara, Californie :
Cause animale et «sanglante gloutonnerie»

Extraits :

"La fameuse Déclaration de Cambridge, rédigée en 2012 par les plus éminents neuroscientifiques et neurophysiologistes, allait plus loin. Elle permet de dire aujourd’hui avec certitude que les mammifères, les oiseaux et bien d’autres animaux encore ne sont pas seulement doués de sensibilité, mais aussi de conscience. (...)
On pensait que le fossé qui nous séparait des animaux était infranchissable. Il est en train de se refermer tout à fait. Que nous reste-t-il alors pour légitimer l’existence des abattoirs ? Peu de choses en vérité. Les animaux sont dépourvus d’âme spirituelle, dira-t-on peut-être. Mais personne ne sait au juste ce qu’est une âme spirituelle, ni ne peut expliquer pourquoi l’espèce qui a inventé les camps d’extermination et la bombe atomique en serait la seule, l’unique, la glorieuse dépositaire au sein de l’univers.(...)

Qui sait d’ailleurs ce qu’il adviendrait si on se mettait à lire les philosophes du XVIIIe siècle ? Las, on serait peut-être obligé de tirer les conséquences philosophiques, morales et juridiques des observations des éthologues. On ne pourrait plus justifier l’assujettissement des bêtes par le droit du plus fort. On serait forcé de fermer immédiatement les abattoirs et de juger dérisoires et obscènes les enquêtes sur leurs «dysfonctionnements». Car ce qui est infâme, c’est bien davantage l’existence de ces lieux que l’éventuel sadisme des gens qui y travaillent. (...)"
La douleur que ressent un porc lorsqu’on lui arrache les testicules et les dents est de même nature et de même intensité que celle que nous ressentirions s’il s’agissait de nos testicules et de nos dents. La souffrance psychique de l’enfermement, la peur des coups, l’angoisse de la mort sont communes à nos deux espèces. (...)
Quelque chose, pourtant, nous dit que cela n’est pas bien, que nous avons tort, que la grandeur de notre espèce ne se mesure pas à sa capacité à écraser les autres habitants de la Terre, que la violence contre les plus faibles, enfin, enlaidit notre humanité.

Article complet : http://www.liberation.fr/de...

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2016-10-14 12:15:45 +0200

Le sujet reste cruellement d'actualité !

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À propos de l'auteur

ex-directeur de Laboratoire INRA, économiste, ex président de l'institut de recherche économique et sociale, ex membre du bureau du CNIS, négociateurs des Grenelles de l'environnement et de la mer, membre du CEDD et de la CNDP. Vice-président d’Humanité et Biodiversité.

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