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« Notre mode de vie est la cause première de l'érosion de la biodiversité »

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Publié dans
le 11.06.18
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Jacques Tassin, écologue au CIRAD, alerte...

Vous êtes intervenu comme expert auprès de l’IPBES (plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques) dans l’évaluation de la crise que traverse la Terre en matière de biodiversité. Quel bilan dressez-vous ?

Jacques Tassin : Le constat est hélas très consensuel : partout, l’environnement se dégrade, la biodiversité recule. Nos modes de vie et nos modèles agricoles sont délétères. D’ici 2050, 38 % à 46 % des espèces animales et végétales pourraient disparaître de notre planète.

Qu’en est-il des chiffres du recul de la biodiversité en Afrique ?

J.T. : Ils sont hélas particulièrement parlants ! Cela va très vite sur le continent africain. Les points de non-retour se multiplient. La mort récente du dernier mâle de rhinocéros blanc au Kenya a été très médiatisée. Mais cela ne constitue qu’un exemple parmi de très nombreux autres. L’accroissement démographique, la dégradation des habitats et le réchauffement climatique constituent les causes majeures d’un tel déclin. La moitié des oiseaux et des mammifères africains est appelée à disparaître d’ici 2050.
Or, plus que tout autre continent, l’Afrique dépend fortement de ses ressources vivantes. Plus de 62 % de sa population dépend directement des services rendus par la nature. Ce sont les conditions mêmes de son essor qui sont compromises. Et en 2050, il faudra compter avec une population africaine deux fois plus nombreuse.

Que contient le rapport auquel vous avez contribué ?

J.T. : Il s’est agi, durant trois ans, de produire une évaluation de l’état de la biodiversité et des services écosystémiques dans les quatre grandes régions du monde : Amérique, Afrique, Asie-Pacifique et Europe-Asie centrale. Ce travail a mobilisé 550 experts. La présentation des grandes lignes du rapport pluri-régional a été très soignée. Son retentissement médiatique est d’autant plus fort qu’au même moment, les résultats d’autres études ont été révélés au public. C’est notamment le cas en France, avec la mise à connaissance de la poursuite du déclin spectaculaire des populations d’oiseaux, bien après le remembrement et l’usage d’organochlorés des années 1970. Malheureusement, toutes ces tendances convergent vers un même déclin.
Nous étions une centaine d’experts travaillant à l’évaluation conduite sur le continent africain, dont les deux tiers étaient eux-mêmes issus du continent.

Que pensez-vous de ce type d’évaluation mondiale ?

J.T. : Les données chiffrées produites par l’IPBES sont indispensables et utiles. Elles permettent de mesurer la vitesse d’une détérioration de notre propre milieu de vie. Elles devraient, espère-t-on, infléchir les prises de décision des politiques. J’ai le sentiment, cependant, que nous restons encore trop dans la quantification du vivant. Et que paradoxalement, nous le perdons de vue. Notre monde contemporain se virtualise, se numérise, s’artificialise et se technicise, s’enquiert de nos seuls besoins matériels. Or c’est bien notre mode de vie, qui est la cause première de l’érosion de la biodiversité.
Il faut changer notre fusil d’épaule. Il est temps que les philosophes, les socio-psychologues et, pourquoi pas les poètes, les sages et les dignitaires traditionnels, soient invités à leur tour à la table des réflexions et des négociations internationales sur la biodiversité. Tenir compte des « savoirs autochtones », comme l’a fait l’IPBES1 dans cette évaluation, est un premier pas.

Commentaires

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2018-06-11 11:11:32 +0200

Et si vous souhaitez mieux connaître cet écologue: http://agents.cirad.fr/inde...

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2018-06-11 19:15:05 +0200

Oui, ces constats sont terribles. On peut soi-même les faire dans nos campagnes françaises. Petit témoignage : Je ne le voyais pas quand j'étais dans mon chalet d'altitude en Savoie pendant 11 ans sans eau ni électricité (avec à la fin un puis deux panneaux solaires quand même), entouré de forêts et de pâturages avec un producteur de fromage bio. Maintenant je le vois ici en Vendée où l'agriculture est violente et agressive : pesticides bien sûr, qui nous mettent en danger sur le plan de la santé et encore plus les animaux et les insectes, etc. ; utilisation de canons très sonores pour faire fuir les oiseaux des champs ensemencés ; les cours d'eau sont tous pollués et rendus tellement droits pour gagner du terrain pour faire des grands champs, que cette pollution se rend directement et très vite à la mer (selon ce que m'a dit une amie ancienne responsable des services sanitaires l'absence de méandre fait qu'il y a moins de végétation et donc moins de filtration) ; les barrages et étangs sont parfois si pollués en été que des chiens qui s'y baignent en meurent. La commune de campagne où je vis à construit un stade synthétique alors que c'est la campagne et alors que la composition des pelouses synthétiques est très nocive pour la santé... Point positif, la commune et la communauté de commune a renoncé à utiliser les herbicides. Et ce n'est là qu'un constat à une toute petite échelle...

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2018-06-11 23:42:30 +0200

J'ai rencontré un jour près d'un ruisseau de mon enfance, un homme dans l'âge qui remuait avec un baton quelques feuilles dans l'eau qui bloquaient un peu le courant. Un getse si simple et doux. Il me dit: "je faisais ça enfant et j'aime toujours le faire" Oui, les poètes, les peintres, les musiciens, les contemplatifs.

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2018-06-19 15:08:02 +0200

De toute façon, l'homme riche ou pauvre se sert d'une conscience ou pas...Le bien ou le mal...Tout est une question individuelle pour le coup! On s'émancipe des croyances ou pas.
J'aspire à une évolution de l'homme dans un sens spirituel, la vraie spiritualité où la Terre sera la réelle raison de vivre.

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2018-06-20 17:39:23 +0200

Merci Franck

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À propos de l'auteur

Humanité et Biodiversité, est une association loi 1901, reconnue d’utilité publique, agréée au titre de la protection de la nature. ************************************************************************************************************************************* Elle est actuellement présidée par Bernard Chevassus-au-Louis, et Hubert Reeves est devenu son actif président d'honneur. ****...

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