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Où sont passés les cerfs en Valais?

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Publié dans
le 05.10.18
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Après un été caniculaire, les températures élevées de septembre ont incité les cerfs à se réfugier à l’ombre des forêts. Alors que leurs concerts puissants secouent habituellement la montagne, 2018 est étrangement silencieux. Quelques timides coups de gueule en fin de nuit, un brame qui s’arrête très vite dans la matinée, de gros mâles qui se cachent, changent leurs habitudes, des biches qui se font rares, des daguets apeurés qui courent en tous sens… Même les réserves ont été concernées.

Pourquoi la faune adopte-t-elle un comportement déroutant ?
Le constat est le même partout en Valais. La faune se fait discrète. Couronnés de bois impressionnants, les rois sont aux abonnés absents. Les hardes se limitent à quelques unités. Où est-il ce temps béni où les rivaux se toisaient, s’appropriaient de jolies femelles, bramant jusqu’à 500 fois par heure (information Pro Natura) ? En l’absence des grands mâles qui forcent le respect, les jeunes mâles perdus et paniqués sont livrés à eux-mêmes, les hardes chamboulées, déstructurées.

Des tirs sont parfois entendus avant les dates de la haute chasse. Pour quelles raisons ?
Des biches meneuses, de grands mâles auraient-ils été sacrifiés avant l’ouverture de la chasse ? Si c’est le cas, l’organisation du rut est complètement désorganisée et les traumatismes nombreux durant cette période critique.

Les gardes-chasse ne doivent-ils pas être les garants de la protection de la faune sauvage et tout faire pour empêcher les dérives ? Au fil du temps, le service de la chasse n’a-t-il pas acquis une meilleure connaissance des espèces permettant d’améliorer leur gestion ? Chaque année, celui-ci donne des directives pour tenter d’influencer des tirs plus ou moins sélectifs. Il a récemment favorisé celui des femelles pour enrayer ou diminuer les populations de jeunes de l’année suivante. La situation évoluant différemment dans chaque canton, on ne peut appliquer unilatéralement les mêmes principes dans l’ensemble des vallées. Une mauvaise gestion, des prélèvements erronés entraîneraient des déséquilibres toujours plus importants. La nature ne sait-elle pas, mieux que l’humain, ce qui est bon pour elle ?

Quand on fait le bilan de 2018, les prélèvements s’avèrent insuffisants. Un hiver très rude, de fortes chaleurs estivales ont diminué les effectifs et poussé les survivants, stressés, perturbés, à se cacher au plus profond des forêts.
Comment comprendre qu’une chasse spéciale soit organisée, que 330 biches en feront les frais alors que tout indique que les ongulés se raréfient ? Les statistiques ne reprennent que le nombre d’animaux tués. Tient-on compte de ceux qui n’ont été que blessés et qui se traînent quelquefois pendant de longues heures, en agonisant dans les pires souffrances avant de crever ou d’être finalement achevés à bout portant ? Est-ce un comportement digne de gens qui disent aimer la nature ?

Havre de paix, receleuse d’innombrables richesses fauniques, la montagne ne sera bientôt plus qu’un champ de ruines. Disparition des espèces. Silence de mort. Déchets carnés parfois laissés en montagne, sans aucun scrupule malgré des règles strictes à ce niveau.

Voici quelques décennies, vers le milieu du 19e siècle, le cerf avait complètement disparu de Suisse. Pourquoi avoir favorisé sa réintroduction et reconstitué un cheptel si c’est pour reproduire les mêmes erreurs et en arriver à la même conclusion : le détruire.

Dans une moindre mesure, d’autres faits ont un impact important sur les cerfs :

  • Les coins adaptés au rut se réduisent comme peau de chagrin. Cantonnés dans des réserves, ils n’ont plus suffisamment de place pour évoluer normalement. De multiples perturbations détruisent leurs habitats tout en causant des traumatismes préjudiciables.
  • Les promeneurs nombreux à se balader dans des zones non ouvertes à la chasse, l’écoute du brame, sorties organisées par diverses associations ou même par certains offices du tourisme représentent également des sources de dérangement pour la faune.
  • Tous les photographes ne sont pas respectueux de la nature. En se déplaçant bruyamment, ils font fuir les animaux dans des secteurs non protégés. Si l’on souhaite écouter les cerfs ou les photographier, il est absolument nécessaire de se fondre dans l’environnement afin de passer inaperçu.
  • Les chiens de certains randonneurs signalent leur présence par des aboiements. Les ongulés sont intelligents et les associent rapidement à ceux des canidés qui accompagnent leur maître lors de la chasse.

Il faut néanmoins remarquer que ces dérangements n’entraînent pas le déclin des espèces. Le stress existe mais à un moindre degré que le bruit des 4x4 et celui des armes à feu. Quand ça tire de tous les côtés, les bêtes fuient, restant le plus possible à couvert. Elles deviennent craintives et se cachent au plus profond de la forêt.

En Italie, au Gran Paradiso, la chasse est interdite depuis une centaine d'années, le tourisme et les activités humaines sont tout aussi conséquentes, mais mieux cadrées. Dans ces vallées préservées, les animaux se comportent normalement. On peut les approcher presque sans problème pour autant qu’on respecte leur distance de fuite. La régulation des espèces n'est pas nécessaire ; la nature gère elle-même les choses à son échelle avec l’aide du loup parfaitement accepté.

N’y a-t-il pas un peu d’exagération quand on clame haut et fort que les effectifs ne sont plus tolérables tant les dégâts aux forêts sont immenses ?
Le moment n’est plus éloigné où tout sera détruit ; la nature appartient pourtant à tout le monde. Ce ne sont pas les 0,2 % de chasseurs que compte la Suisse qui devrait imposer ses lois. Le Valais n’est-il pas une démocratie ? Serait-il devenu une dictature dirigée par un petit groupe qui déforme la réalité ? La montagne, la faune, les différentes espèces ne nous appartiennent pas. A quel héritage les prochaines générations auront-elles droit ? N’oublions pas que la nature malmenée finit toujours par se rebiffer et prendre le dessus.

Le saviez-vous ?
En 2017, 2726 permis ont été délivrés ; la population valaisanne compte 339176 unités ce qui fait 0,80 % de chasseurs. Bien que le service de la chasse ait la responsabilité de la gestion de la faune sauvage, les 99,20 % qui restent ne devraient-ils pas avoir un droit de regard sur cette même gestion ?

L'article est diffusé sur green-valais.ch, l'unique plateforme valaisanne et indépendante sur la biodiversité du Valais.

Commentaires

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2018-10-06 16:55:10 +0200

Chasse.
Le fusil c'est la perte de la dignité l'homme. Porter atteinte à la vie par plaisir est une marque d'indignité.
Dommage pour quelques chasseurs raisonnables chassant à pied,accompagnés de leur chien.
INTERDISONS les hordes de chasseurs en 4X4, armés jusqu'aux dents qui font un jeu de massacre en jouant à celui qui tuera le plus, après avoir piégé les bêtes en leur distribuant des centaines de kg de pain dur, du maïs etc..
Voilà l'image même de la folie des hommes et pourquoi l'espèce humaine tarde à évoluer.
Violence, tu es le signe de la faiblesse.
Les chasseurs à notre époque ne tuent pas pour se nourrir mais pour le plaisir de tuer. Leur attitude est une preuve réelle d'un manque de moralité et d'éducation.

Les chasseurs sont un exemple de faiblesse, leurs fusils les armes de la lâcheté.

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2018-10-06 17:23:38 +0200

Cette synthèse sur la chasse est le résultat de connaissances enrichies chaque jour par mon expérience personnelle sur le terrain, à pied !
Je marche chaque jour de l'année en moyenne 1 à 2heures dans un massif ou sévissent les chasseurs une partie de l'année. Je parcoure donc environ 1500 km par an à pied dans ce massif.
Quel chasseur peut parler de la nature et de sa protection lorsqu'on ne les rencontre dans ce massif qu'en période de chasse, bien assis dans leurs véhicules tout terrain sans jamais les avoir vu arpenté les pistes et les chemins, communiqué avec la nature et donc apprendre d'elle l'essentiel: LE RESPECT DE LA VIE.

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2018-10-06 20:13:09 +0200

Un grand Merci pour votre réaction qui est dans le même ordre d'idées que mon éthique. Malheureusement, Je suis plus pessimiste que vous. Je doute que l'espèce humaine évolue encore et dans le bon sens. En éliminant toutes les espèces qui dérangent et en y prenant plaisir, ces fameux "régulateurs" de la nature vont transformer des vallons entiers, des régions paisibles et pétillantes de vie en désert ou en cimetière. Avec les cerfs et les chamois pour ne citer qu'eux, nous faisons partie d'une chaîne qui permet à chacun de vivre. Je suis entièrement d'accord avec vous pour l'interdiction des gros 4x4 bruyants qui affolent les animaux. Vous connaissez bien la montagne, moi aussi. On y observe souvent des pratiques répugnantes et indignes de l'humain. Les chasseurs prétendent aimer la nature et la faune. Quand on aime, on respecte et on protège. C'est loin d'être le cas. Ces assoiffés de sang et de gloire sont fiers de leurs exploits qu'ils fêtent par des beuveries. Je ne comprends pas pourquoi on organise en Valais,dans quelques jours, une chasse spéciale pour éliminer plus de 300 biches alors qu'elles se raréfient. Les cervidés occasionneraient, paraît-il, de gros dégâts aux cultures et aux forêts. Cela reste à prouver. Ne dit-on pas qu'il faut empêcher les forêts de grimper en altitude ? C'est d'ailleurs la raison pour laquelle on laisse les moutons pâturer dans les alpages afin qu'ils broutent les jeunes pousses et freinent l'extension des forêts. Le lobby de la chasse est très puissant. Généralement, les chasseurs sont des gens fortunés contre lesquels il est difficile de se battre. En postant cet article, j'espère inciter les gens des villes à réfléchir. Que la montagne est belle ! Vue de loin, c'est vrai mais quand on pénètre dans l'habitat de la faune sauvage et qu'on se rend compte de ce qui s'y passe, on ne peut qu'être triste et révolté. Ces gens n'ont pas de coeur, n'éprouvent aucun respect pour la vie. Protéger la faune, c'est aussi , par ricochet, nous permettre de survivre. Quand les chasseurs l'auront compris, il sera trop tard. Je vous souhaite une bonne soirée et des promenades ressourçantes dans votre massif.

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2018-10-07 16:56:45 +0200

Le réalisme n'empêche pas d'être optimiste. Les destructions induites par nos sociétés actuelles ( la chasse en fait partie) sont maîtrisables par une nouvelle société capable de réflexion, de franchise, de dignité dans l'action. Le respect de l'environnement dépend du respect que l'homme doit retrouver en premier envers lui-même. Hors le respect de la vie échappe à une grande partie de notre société aveuglée par l’intérêt, les lobbies ( la chasse en fait partie).
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Je souhaite une LOI SUR LA TRANSPARENCE ET L'ETHIQUE EN MATIERE DE LOBBYISME.

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2018-10-10 22:25:15 +0200

La chasse n'est pas pratiquée de manière intelligente, loin sans faut. L'animal n'a droit a aucun respect et n'est qu'une cible. Les soit-disants prélèvements régulateurs qu'une tuerie imbécile. Quand il ne restera plus rien de vivant dans ce monde dévasté, on fera des lâchers d'êtres humains pour s'éclater.

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2018-10-11 14:04:27 +0200

Le contrôle et la maîtrise des lobbies est un impératif. Les citoyens doivent être représentés et leurs avis pris en compte pour interdire toutes ces destructions démentes lorsque ces lobbies deviennent dangereux pour la sécurité et la vie en société. C'est une question de dignité .

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2018-10-11 19:21:14 +0200

Entièrement d'accord avec vous ! On ne tient pas compte de l'avis des citoyens, pourtant bien plus nombreux que les chasseurs. Une votation serait indispensable pour freiner ces massacres. Il en va de la survie de notre planète. Chaque année, la chasse se solde par des accidents mortels dus à des maladresses ou à des confusions entre sangliers, faune sauvage et promeneurs. Il serait temps d'agir.

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