POPULARITÉ
31

Poissons au mercure...

Éditer
Publié dans
le 10.09.13
Mercure_1309_large

Le mercure présent dans les océans sous forme assimilable est détruit à faible profondeur par photodissociation. C’est en profondeur qu’il entre dans la chaîne alimentaire.

La chair de l'espadon, un prédateur, présente une concentration de mercure allant jusqu'à 1 586 nanogrammes par gramme, soit 100 fois plus que le poisson volant.

*Luis Carlos Torres/Shutterstock.com
 

Pour en savoir plus

J. D. Blum et al.Methylmercury production below the mixed layer in the North Pacific OceanNature Geoscience, en ligne, 25 août 2013.

L'auteur

Sean Bailly est journaliste à Pour la Science.

Le mercure est neurotoxique, et perturbe en particulier le développement du cerveau chez le fœtus et le jeune enfant. L’homme y est exposé principalement par la consommation de poissons ; le mercure que ces derniers absorbent s'accumule dans leur chair. Pour limiter la quantité de mercure dans nos assiettes, il importe donc de mieux comprendre comment et où ce polluant entre dans la chaîne alimentaire. Joel Blum, de l’Université du Michigan, et ses collègues de l’Université de Hawaï ont prélevé des poissons dans les eaux hawaïennes et ont étudié la teneur en mercure de leurs chairs. Ils ont ainsi précisé quelles réactions permettent l’assimilation du mercure et à quelle profondeur elles ont lieu.

Dans l’océan, le mercure, issu principalement de la pollution atmosphérique, est présent surtout sous forme dissoute inorganique. Certaines bactéries le transforment par des réactions de méthylation en méthylmercure (CH3Hg+). Cette forme très toxique s’accumule dans les algues et les micro-organismes dont se nourrissent les petits poissons, à leur tour mangés par les prédateurs plus gros, qui finissent pêchés et consommés par l’homme. Le polluant s’accumule ainsi dans les organismes tout au long de la chaîne alimentaire.

Deux processus peuvent détruire le méthylmercure avant qu’il ne pénètre dans la chaîne alimentaire : des photoréactions chimiques et des processus bactériens. Pour étudier leur importance, J. Blum et ses collègues ont analysé la composition en trois isotopes du mercure (199Hg, 201Hg et 202Hg) de la chair de neuf espèces de poissons qui vivent à différentes profondeurs et qui occupent des positions plus ou moins élevées dans la chaîne trophique. En effet, les différentes réactions influent différemment sur la concentration de ces trois isotopes, si bien que leur analyse permet de retracer les étapes du cycle du mercure dans les océans.

Les chercheurs ont ainsi montré que les photoréactions chimiques détruisent entre 46 et 80 pour cent du méthylmercure à faible profondeur. De fait, entre 60 et 80 pour cent du méthylmercure accumulé par les poissons provient d’une région comprise entre 50 et 400 mètres de profondeur, où la lumière pénètre moins.

Les stratégies de pêche devraient tenir compte de ce cycle du mercure. D'autant que, d’après certaines projections, la concentration de mercure dans les océans pourrait doubler d’ici 2050 par rapport à 1995.

* Vignette

Commentaires

1
2013-09-10 22:14:51 +0200

Et bien sûr, MINAMATA me revient encore une fois en mémoire
http://www.humanite-biodive...

1

À propos de l'auteur

Humanité et Biodiversité, est une association loi 1901, reconnue d’utilité publique, agréée au titre de la protection de la nature. Elle est actuellement présidée par Bernard Chevassus-au-Louis, et Hubert Reeves est devenu son actif président d'honneur. Humanité et Biodiversité mène une action de plaidoyer et d'influence pour faire émerger dans la société les défis posés par l’érosion d...

Réputation
Découvrir la biodiversité #1f6929 decouvrir-la-biodiversite 779926
Patrimoine naturel #81A23E patrimoine-naturel 314543
Ménagement du Territoire #D05D10 menagement-du-territoire 129728
Cadres institutionnels #B36281 cadres-institutionnels 223612
Économie et Biodiversité #723DC4 economie-et-biodiversite 43889
Transition écologique #168DBE transition-ecologique 275275

Ses derniers articles

Powered_by_tinkuy