POPULARITÉ
99

Pour une Nature sauvage

Éditer
Publié dans
le 19.05.17
Cirsium_laineux_1

Je relaye ici un extrait d'une analyse de l’ACR F - femmes en milieu rural - sur ce sujet très épineux :
Après l’émergence de modèles tels que la permaculture et l’agroécologie, un dernier né semble faire son apparition : la féralité.

Le terme féralité vient d’un mot latin : "fera", qui signifie bête sauvage.

Dans leur ouvrage "La France des friches", les deux agronomes Annik Schnitzler et Jean-Claude Génot entendent ce concept comme un processus d’ensauvagement ou de retrait de l’influence de l’homme.

Les auteurs plaident alors pour l’abandon de notre emprise sur certains espaces naturels de manière à ce qu’ils puissent à nouveau abriter une évolution libre de la biodiversité.
De cette façon, ils veulent permettre à certaines zones de sortir du formatage humain, de manière à rendre à la nature son côté sauvage et boisé.
Alors que les politiques en matière de gestion des forêts promeuvent une exploitation intensive des ressources forestières, les tenants de la féralité, eux, plaident au contraire pour un abandon de ces zones permettant aux espèces naturelles de s’y redéployer. En effet, certaines notions sylvicoles intensives qui prédominent actuellement commencent à être sérieusement remises en question. De la même manière qu’une trop grande industrialisation de l’agriculture conduit à un appauvrissement des sols, cette exploitation intensive des forêts conduit nombre d’experts à s’inquiéter sur ses effets à long terme en matière de qualité du bois, de préservation des microclimats forestiers (humidité, isolation des sols, etc.), de résistance aux incidents climatiques, aux sécheresses et aux incendies.

Cette nature dérange parce qu’elle est désordonnée et incontrôlable mais surtout non valorisée. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer avec quelle minutie nous travaillons dans nos jardins et nos potagers. Il faut nécessairement pouvoir contrôler l’ensemble de notre environnement. Finalement, l’homme cherche toujours à montrer son emprise sur la nature.

Depuis l’origine de notre planète, elle n’a cessé de croître et de décroître, de s’épanouir et de se rétracter. Ainsi, dans un contexte de changement climatique,
il parait particulièrement insensé de vouloir la contrôler, la figer et en faire une sorte de musée inerte nécessitant des soins constants.
De cette façon, cette vision implique une certaine remise en question des politiques de conservation et de gestion de la biodiversité qui s’apparentent
trop souvent à du « jardinage de la nature. »
Ceci a, en effet, tendance à lui ôter toute spontanéité et dynamisme.
« Gérer la nature, c’est forcément la dénaturer. »
Si aujourd’hui cette dernière nous apparaît particulièrement fragile, elle l’est principalement devenue à cause de l’intervention humaine.
Au-delà de sa conception strictement scientifique, nous pouvons donc retenir que la féralité est une façon de replacer l’humain à sa place au sein de son biotope. Elle nous invite à faire preuve d’humilité et à accepter la puissance de la nature. Ainsi, « le sauvage n’est pas inutile et négligeable parce qu’il n’a pas de productivité économique. Il complète le monde humanisé (la campagne et la ville). Il ouvre un ailleurs.
[...] Le sauvage étend notre conscience et en représente une dimension oubliée. »

Selon nous, ce concept de féralité ne doit donc pas aboutir au rejet de l’humain et de l’artificiel mais bien à une meilleure écoute et un plus grand respect de ce que la nature a à nous proposer dans ce qu’elle a de plus sauvage et spontané.

Corentin de Favereau,
Chargé d’études et d’analyses ACRF
L'intégralité de l'analyse est aussi sur : http://petitesruches.fr/spip.php?article55

Commentaires

0
2017-05-19 19:27:59 +0200

Super article plein de bon sens ! Écouter la nature peut-être avec une vision du monde un peu moins anthropocentrique. Il s'agirait de trouver un équilibre, une harmonie. Et si la planète était un être vivant ? Et s'il avait une conscience ? Mais qui sommes nous au juste ? Sans oxygène et sans eau nous mourrons, comme les arbres. Et si notre comportement peu responsable s'apparentait à une sorte de cancer ? Puisant toujours plus de ressources, pompant l'énergie de l'écosystème de Gaïa. Il est en effet temps de prendre conscience que notre comportement doit changer, nos besoins, souvent créés de toutes pièces par le marketing, seraient eux aussi peut-être à repenser, ou à reconsidérer. Moins d'avoir et plus d'être ? Il faudrait cesser de dominer pour composer, et pour composer, il faut écouter pour connaître. En modifiant notre conscience et notre comportement nous répondons peut-être à une demande de notre mère la Terre. Une demande urgente. Après l'homo sapiens, l'homo conscientis ?

0

À propos de l'auteur

Céline Locqueville, paysagiste apicultrice, diplômée de l’école du Paysage de Versailles Alain Richard, construction de murs en bois cordé Nous avons créé Le Jardin des Petites Ruches, dans l'Yonne, à St Aubin Château Neuf (Val d'Ocre) en 2010 , avec le souhait que ce lieu soit le plus vivant possible, et qu’il héberge une grande diversité de plantes, d’insectes, d’oiseaux... Nous souhait...

Réputation
Découvrir la biodiversité #1f6929 decouvrir-la-biodiversite 2358
Patrimoine naturel #81A23E patrimoine-naturel 18
Ménagement du Territoire #D05D10 menagement-du-territoire 10
Cadres institutionnels #B36281 cadres-institutionnels 10
Économie et Biodiversité #723DC4 economie-et-biodiversite 10
Transition écologique #168DBE transition-ecologique 640

Ses derniers articles

Powered_by_tinkuy