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Reeves - Les pesticides, cette panacée devenue poison

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Publié dans
le 01.08.18
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L'invention de ces produits devait éviter à l'humanité la famine, ils menacent aujourd'hui la biodiversité et les sols.

Comment en sortir ?


Par Hubert Reeves pour lepoint.fr, punlié le 30/07/2018.

Les dommages provoqués par l'utilisation massive des pesticides sont un des problèmes majeurs de l'écologie contemporaine. On n'en finit pas de constater les dégâts provoqués par cette technologie, aussi bien sur les populations d'abeilles et d'oiseaux que sur les agriculteurs soumis eux-mêmes aux épandages toxiques. D'où la pression mise par les associations de protection de la nature pour obtenir des gouvernements des lois interdisant leur utilisation sur les champs et les prairies.

Il est intéressant de prendre quelque recul sur cette histoire pour bien l'insérer dans son contexte historique.

« La famine de l'an 2000 »
Je me souviens de la période de mes études aux États-Unis dans les années 60. On y parlait de « la révolution verte », expression qui revêtait alors un sens bien différent de celui qu'on lui donnerait aujourd'hui. Plusieurs biologistes, au courant de la situation de la production de céréales à l'échelle mondiale, prédisaient l'évènement d'une pénurie grave pour la fin du XXe siècle, en particulier dans les pays asiatiques, impliquant des centaines de millions de morts par manque de nourriture. On parlait alors du spectre de « la famine mondiale de l'an 2000 ».

C'est pour répondre à cette catastrophe à venir que des biologistes ont mis au point une panoplie de pesticides. Tout cela a pris place dans un grand mouvement humanitaire où de nombreuses universités étaient actives, en particulier le département d'agriculture de l'université Cornell, dans l'État de New York, qui abritait le département de physique où j'étudiais moi-même. Ce projet et l'espoir qu'il nourrissait étaient bien connus et bien partagés sur l'ensemble du campus et faisaient notre fierté. Avec quelque raison puisque la famine mondiale a pu ainsi être largement évitée par l'augmentation prodigieuse du rendement des récoltes (bien qu'elle ait durement sévi, mais pour des raisons différentes, dans certains pays comme le Niger et l'Érythrée).

Le désespoir paysan
Mais, comme on pouvait s'y attendre, cette « révolution verte » n'a pas eu que des effets positifs. Aujourd'hui, nous en payons le prix par les ravages qu'elle a exercés, et exerce encore, sur la faune et la flore, en particulier celle des sols avec les résultats catastrophiques que nous observons, et également dans les eaux côtières, où des proliférations d'algues toxiques sont dues aux excès d'usage des engrais azotés...

L'impact de cette situation sur les producteurs fermiers s'est fait sentir d'abord par les qualificatifs de pollueurs qui leur sont, plus ou moins tacitement, attribués. Et ensuite par les perspectives de baisse de rendements qui pourraient résulter de l'interdiction de ces pesticides. En conséquence, on déplore aujourd'hui une augmentation du nombre de suicides chez les fermiers acculés à la faillite par l'augmentation continue du coût des intrants dont ils dépendent, alors que le prix de leurs productions continue globalement à diminuer.

Éviter le radicalisme
Aussi, comme dans toutes les affaires humaines, il faut considérer l'existence et le bien-être de toutes les personnes impliquées. L'association à laquelle je participe en tant que président d'honneur se nomme Humanité et Biodiversité. Ce double titre nous amène à éviter tout radicalisme qui reviendrait à ne pas mettre sur le même pied ces deux entités.

D'où notre position qui consiste :

  • à ne pas interdire systématiquement et immédiatement tous les pesticides, mais à commencer par les plus nocifs et à se laisser le temps d'évaluer la toxicité de produits moins connus;

  • à permettre aux fermiers de s'adapter à la situation par l'apprentissage de techniques alternatives ou les pratiques de protection intégrée des cultures.

Commentaires

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2018-08-01 11:31:43 +0200

Tout à fait d'accord

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2018-08-02 09:15:45 +0200

Les agriculteurs sont aux bottes des grands négociateurs sur l'alimentaire. Ce ne sont pas eux qui gèrent mais les syndicats agricoles.
On mise sur les échanges internationaux pour nourrir le monde. Mais quel monde? Une économie qui oblige les exploitants à utiliser de plus en plus de produits toxiques, en les endormant et en leur faisant croire que la chimie est mieux que les ressources de la nature...Une technologie viciée qui a oublié de composer avec la nature.
Modernité et science peuvent très bien se combiner avec LA NATURE mais cela demande des investissements que les ingénieurs de la "mort"ne veulent pas. En effet, les exploitants agricoles sont devenus au service de l'économie mondiale. Que les circuits courts de la distribution alimentaire deviennent une priorité. Que les agriculteurs reprennent leur destin en main et le développement agricole sera plus sain. Tout doit être remis en question, afin de sauver le peu qu'il nous reste au niveau de la biodiversité.
Une évolution technologique doit être composée avec la nature et pas contre. Je me fous des drones pour remplacer les abeilles...

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2018-08-02 16:20:27 +0200

Hélas, la robotique devient envahissante. Un monde sans vie et vide de sens (réels). Notre planète tombe dans un plan très négatif et très limitée pour l'évolution. Un gâchis de par notre faute. Je ne suis pas optimiste quant à la révolution technologique. Nous ne sommes pas des êtres dotés de raison. Notre évolution a vraiment régressée.

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2018-08-08 00:45:37 +0200

Pour trouver des alternatives aux pesticides de synthèse des chercheurs se sont tournés vers la mer. La recherche doit d'abord recevoir l'autorisation des autorités sanitaires. Voir la vidéo. source cnrslejournal.
https://lejournal.cnrs.fr/v...

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2018-08-11 10:29:27 +0200

Intéressant à propos du glyphosate :
"Le jury d’un tribunal de San Francisco a condamné, vendredi 10 août, le géant américain de l’agrochimie Monsanto à payer 289,2 millions de dollars de dommages pour ne pas avoir informé de la dangerosité du Roundup, son herbicide à base de glyphosate, à l’origine du cancer d’un jardinier américain. "
[...]
https://www.lemonde.fr/plan...

c@t
a.l.s

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2018-08-11 11:26:09 +0200

à stenanais
Le producteur du glyphosate a annoncé interjeter appel de cette décision.
Wait and see !

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2018-08-15 15:02:29 +0200

Il y a 40 ans un agriculteur à la retraite pleurait devant moi en constatant l'état de sa terre après l'avoir cédée à son fils quelques années auparavant : J'avais créé une bonne terre à force d'apport de fumier naturel, regardez ce qu'elle est devenue avec les engrais chimiques et les traitements pesticides, une glaise inodore,sans force, morte.
Il y a 40 ans les médecins ont tiré la sonnette d'alarme concernant l'action létale des pesticides et la recrudescence des tumeurs.
En 1960, les sources en campagne étaient potables, l'air sain ainsi que les céréales,les légumes et les fruits. Ces fruits à profusion par exemple sur les bords de Seine ou dans la vallée de l'Argens plus au sud.
La pollution existait, elle était visible, fumées des chauffages au charbon, locomotives, usines, un coup de fil à la mairie permettait de prévenir les abus .
La pollution chimique aujourd'hui est invisible et pernicieuse, insidieuse, les pollueurs ne sont pas repérés et ils en jouent.
La dignité c'est agir dans le respect de la vie, voilà ce qu'on attend de nos institutions tous les jours. Faudra-il attendre encore 50 ans ou une catastrophe prévisible?
Où mène le Léthé, fleuve de l'indifférence, il faut entendre les hurlements des âmes des victimes innocentes et agir chacun à son niveau. le mal de notre époque est dans la sur information, l'inaction et l'hypocrisie.
Le jeu de la connectivité par ailleurs conduit au monde virtuel et neutralise l'action dans le réel. C'est une drogue qui, ajoutée à l'action neurologique pernicieuse de la pollution chimique (des pesticides entre autre dérivés des armes chimiques de guerre), conduit à un problème de santé psychique grave pour la population.
Or la société est la synthèse de tous les comportements de chacun de ses membres, ça fait réfléchir, non?

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À propos de l'auteur

Humanité et Biodiversité, est une association loi 1901, reconnue d’utilité publique, agréée au titre de la protection de la nature. Elle est actuellement présidée par Bernard Chevassus-au-Louis, et Hubert Reeves est devenu son actif président d'honneur. Humanité et Biodiversité mène une action de plaidoyer et d'influence pour faire émerger dans la société les défis posés par l’érosion d...

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