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Réveillez-vous !

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le 09.09.18

Chers tous,

Un ministre a démissionné : et alors ?
Celui de la pompeuse « transition écologique et solidaire ».
En quoi cette péripétie du « microcosme » parisien nous concerne-t-elle ? En quoi l’échec d’un ancien journaliste nous intéresserait au-delà du flash de France-Info, juste avant la palinodie du prélèvement à la source, ou les gesticulations avant le prochain dépeçage d’une province au nord d’un désert moyen-oriental , et surtout avant la rentrée du petit, et la reprise au bureau, avec ces fichus embouteillages ? C’est justement cet oubli rapide de ce qu’on a brièvement considéré comme un épisode du ronron du JT, c’est justement cette indifférence qui m’ont le plus abattu, « scotché » dirait certains.

Pourquoi, alors que nous avons des éléments scientifiques, rationnels d’une situation en évolution vers, non pas une simple dégradation, mais vers un effondrement brutal, ne comprenons nous donc pas ?
Ainsi, un homme qui est arrivé pour dialoguer, pour argumenter, sur des bases solides, pour porter un double message de solidarité humaine et de prise en compte du vivant dont nous faisons partie, a jeter l’éponge, se rendant compte qu’il était, non pas face à des lobbies, mais surtout face à une incompréhension et à une indifférence des élites, et au-delà, de l’opinion publique même.

Il est vrai que l’ingénieur routier que je fus a mis au moins 20 ans pour se rendre compte de la trajectoire suicidaire de notre modèle socio-économique. En fait, c’est d’abord l’économie classique qui m’a réveillé, avec un constat simple de tout investisseur : quand on a un capital, il faut faire en sorte qu’il génère un revenu, afin de pouvoir vivre sur ce revenu, car, si l’on puise dans le capital, un jour il n’y aura plus rien, et comment vivre alors ? Or, depuis si longtemps nous puisons dans le capital : pour une calorie dans notre nourriture, nous en puisons six, sept dans le pétrole, pour le carburant des tracteurs, pour les engrais, pour le carburant des frigos et des cargos, etc.

Au XVIème siècle, Bernard Palissy recommandait aux hobereaux découvrant l’agriculture de « rebailler à la terre ce qu’elle nous avait donné ». Mais l’économie actuelle est en fait une énorme spéculation, une course effrénée au vol du capital commun : les poissons, les énergies fossiles, les terres cultivables, les forêts, etc. Notre savoir, notre intelligence, notre technologie est toujours plus puissante pour creuser, épuiser, vider, détruire, accaparer.
Évidemment, les plus forts emportent le plus, que ce soit le pétrole de schiste, les poissons des grands fonds, ou le soja, ou les terres en Ukraine à Madagascar ou ailleurs. L’irrespect du vivant est synonyme d’irrespect des autres humains. Qui souffrent de saturnisme, sinon ceux qui vivent dans des logements insalubres, qui plus est au bord des périphériques ? Les inégalités sociales sont des inégalités environnementales. Vous, Chrétiens, n’avez vous pas entendu Laudato Si et le message des François, l’ancien d’Assise, l’actuel de Rome ?

Et ceci me rend d’autant plus furieux que l’alternative existe et que justement notre raison, notre science, notre technologie pourraient nous aider, si nous y intégrions justement plus d’humain, plus de vivant. Et le vivant nous donne les leçons, là, depuis 3,8 milliards d’années.
Regardez cet arbre, ce brin d’herbe : ils font une chose inouïe, en transformant les rayons du solei en matière vivante. La photosynthèse est là, sous nos yeux, processus miraculeux qui nous nourrit. Et en plus, le processus capte le carbone de l’air et assainit notre atmosphère en y accroissant la part d’oxygène. Alors, messieurs les scientifiques, messieurs les ingénieurs, quand en ferez vous autant ? Alors même que ces milliards de plantes ne consomment qu’une infime partie de cette énergie solaire qui ruisselle sur la terre. Et ces bactéries qui, dans notre intestin, nous permettent de digérer, c’est à dire de transformer en énergie la matière organique que nous absorbons.

Et tant d’autres merveilles, comme cette pervenche de Madagascar au sein de laquelle on a découvert un principe de médicament anticancéreux.
Oui, le départ de Nicolas Hulot, épuisé, effondré, écrasé par le mur de l’incompréhension, et le calcul glacial du court terme est un événement grave. Comme le caillou qui roule sur une pente annonçant le tremblement de terre. Hubert Reeves a coutume de s’émerveiller sur notre intelligence qui nous a permis de faire de si grandes et belles choses, mais qui en a fait de terribles, et ne sert globalement qu’à nous détruire. Aurons nous l’intelligence de réagir, de nous sauver, nous interroge-t-il ?.

Certes, vous faites attention à ne pas laisser couler l’eau, certes vous triez vos bouteilles vides, certes, vous avez acheté des ampoules led. Mais ces rus suffiront-ils, même si chaque colibri fait sa part, comme le rappelle notre rêveur Pierre Rabhi. Mais, pendant ce temps, on lance en mer un cargo géant qui marche au fioul lourd et soufré, et on exploite encore plus le charbon aux États-Unis, repartis dans la course dans le vide, et on continue à répandre des produits qui tuent (savez-vous qu’à l’hôpital de Montpellier, le service oncologie est submergé par les enfants de viticulteurs ou de riverains de vignes, avec un taux de leucémies 5 fois supérieur à la moyenne des enfants en France?). Alors allez au-delà, dans votre quartier,d ans votre commune, dans votre territoire. Travaillez à faire se développer des productions d’énergies renouvelables, avec un stockage adapté, et un effort sur les économies d’énergie, par exemple en réduisant les éclairages publics, en soutenant les transports publics et les voies cyclables, etc.

Et regardez d’où vient votre nourriture. Aidez les agriculteurs à se sortir de l’étau agro-alimentaire. Les éleveurs de vaches laitières, sont enchaînés comme l’étaient les canuts à leurs métiers, chez eux, à Lyon. L’éleveur investit massivement en s’endettant sur 40 ans pour des trayeuses électriques, des matériels de stockage stérile, etc. Puis il dépend de ceux qui lui vendent des tourteaux de soja importés d’Argentine et du Brésil, où la forêt a laissé la place à des déserts de terres stériles, où les céréales poussent à coup d’engrais azotés, de pesticides et de tracteurs géants. Ensuite il dépend de celui qui lui achète tout son lait au prix aléatoire imposé par la spéculation, les cours internationaux et la grande distribution. Il travaille sept jours sur sept, douze mois sur douze. Oui, l’enjeu écologique est aussi, d’abord un enjeu social.

Alors regardez d’où vient ce que vous mangez : il y a des humains derrière. Cet été, dans mon Ardèche, j’ai croisé en chemin une éleveuse avec ses vaches : effondrée, car elle venait d’apprendre que la laiterie avait décidé de ne plus venir lui prendre son lait : trop coûteux en transport. Que pouvait-elle faire ? Le commerce équitable doit commencer chez nous.

Alors, réveillez vous.

Je sais, j’agace, je vous gène. Et c’est bien ça qui nous laisse continuer comme tous les jours, parce que c’est plus facile. Et certains en arrivent à nier toute cette menace, car c’est plus confortable de mettre la tête sous l’oreiller.
Réveillez-vous, car vous pouvez agir. Comme ces mères qui ont refusé les biberons en plastique imbibé de bisphénol A, et ont acculé les fabricants à renoncer à ce produits.

Mais réveillez-vous avec raison : ne cédez pas non plus aux charlatans, qui vous demandent de revenir au temps des cavernes (il n’y en aurait de toute façon pas assez pour tous nous héberger sourit mon maître Hubert Reeves). Ne jetez pas le bébé avec l’eau du bain : la raison, la science sont à notre service. Aidez justement nos scientifiques à nous aider, en préservant la recherche publique.

Tirons des leçons, débattons des situations, raisonnons collectivement, puis agissons, et partageons nos réussites, comme à Correns dans le Var, et ses paysans bio, ou Mouans-Sartoux dans les Alpes-Maritimes, et sa régie municipale agricole qui nourrit la cantine scolaire en bio, ou le Puy Saint André dans les Hautes-Alpes, qui a créé sa société d’économie mixte de production d’énergie, ou Lyon et ses 400 km de pistes cyclables, etc.
Vous êtes sur des réseaux sociaux ? Alors mobiliser vos « amis », réfléchissez avec eux, agissez. Et au travail, dans votre entreprise, agissez.
Et je suis prêt à en parler, redonnez nous l’espoir par votre action, votre mobilisation.
Et rejoignez-moi aux cotés d’Hubert Reeves, dans notre association Humanité et Biodiversité.

En toute amitié,
à bientôt,
Gilles Pipien

PS : deux d’entre vous ont très vite réagi, avec une position convergente, deux médecins.

  • Première réponse : « face à l’Occupation il n¹y avait aucun espoir. Et pourtant ils ont résisté , combattu et gagné. N’est ce pas notre tour, chacun de là où nous sommes? »
  • Extrait de la deuxième : « Démissionner ? Quoi ? C'est en ne gouvernant pas qu'on peut changer le monde ? C'est en s'enlevant tout moyen de structurer l'action qu'on fait avancer les choses ? Dans l'horreur annoncée du ghetto de Varsovie, qui par bien des aspects peut-être pris pour métaphore de ce qui se passe sur notre terre, fallait-il ne pas structurer la résistance et se résigner ? »

Commentaires

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2018-09-09 17:58:19 +0200

En allant à la marche pour le climat hier, j'ai parlé en chemin avec deux étudiantes qui n'y allait pas et n'en était pas informé. Après quelques minutes l'une et l'autre ont dit pourquoi "ça" ne bougeait pas plus: Parce que c'est effrayant, parce que "ça" semble impossible. Cet échange n'est pas le premier. La leçon que j'en tire c'est que les solutions, les changements de modèles qui existent déjà doivent être plus visibles dans la presse (réseaux sociaux, autres) afin d'éviter, je crois, ces états d'effroi, qui immobilisent. Comme il a été effrayant jusqu'à la peur tétanique durant la 2ème guerre mondiale, de "penser" les camps d'extermination alors que des signes étaient là. (Pour certains en tout cas qui ont vu, par exemple passer ces trains de marchandises, plombés, avec des mouchoirs qui remuaient à l'ouverture grillagée, montrant qu'il y avait des humains à bord. Des trains qui ne s'arrêtaient pas.)

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2018-09-12 07:45:57 +0200

Quelques mots de Claude nougaro pour saluer Hubert Reeves...
"Parfois ,je vois passer sur telle ou telle rive
Un homme clair et bon,Hubert Reeves
Le moderne chez lui rejoint les millénaires
Mais son chant n'atteint pas le front des milliardaires.

Chanson ,Je voudrais écrire du dernier album"la note bleue"

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2018-09-17 15:12:45 +0200

Le train de la vie passe et passe et nos dirigeants ne veulent pas le prendre. Un monde artificiel et sans vie. On a beau remuer les mouchoirs, aujourd'hui un nouveau monde s'ouvre : l'élimination pure et simple de la vie. Contre nature et contre les règles de l'univers.

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À propos de l'auteur

Gilles PIPIEN Chevalier de la Légion d’Honneur  ingénieur général des Ponts, des Eaux et Forêts, inspecteur général de l’environnement et du développement durable auprès du ministère Français de l’Ecologie et du Développement Durable ;  encore récemment, conseiller environnement et développement durable en Méditerranée à la Banque Mondiale (Centre de Marseille pour l’Intégration en Mé...

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