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Saga sur... la Nuit, la biodiversité nocturne et la pollution lumineuse 7/7

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Publié dans
le 13.06.14
Peurs1

C'est le dernier article de cette Saga consacrée à la Nuit, la biodiversité nocturne et la pollution lumineuse. Un très grand merci à tous les internautes qui ont déjà suivi les épisodes parus hebdomadairement depuis 6 semaines !


Dans l'épisode précédent (que vous pouvez lire ou relire ici) nous avons vu que des solutions existent, y compris sans engendrer de régression dans notre confort, pour réduire voire supprimer les déséquilibres causés à la Nuit par nos activités (lumière artificielle, élévation de température, pollution sonore).


Avec ce nouvel article, qui cloture cette série de sept volets, je souhaitais élargir le débat en abordant les aspects culturels sur la manière dont nous appréhendons la nuit et le temps dans notre société et qui peuvent expliquer une partie de nos comportements.


Bonne lecture !


 


7/7. Un sujet éminemment culturel


 


Les humains de tous les continents, même si c’est à des degrés divers, émettent de la lumière artificielle la nuit et la pollution lumineuse est planétaire. D’une manière générale, on peut dire que ce phénomène révèle la déconnexion globale que les humains entreprennent progressivement vis-à-vis de la nature et qui ne concerne donc pas que la remise en cause de l’alternance jour/nuit (perte des repères saisonniers et du rôle de la terre dans l’alimentation, ...).


En revanche, ce sujet de la pollution lumineuse reflète de manière plus précise l’appréhension des concepts qui le sous-tendent, la complémentarité jour/nuit et la cyclicité du temps.


 


Voir la nuit à la lumière du jour


Dans notre société occidentale, notre vision relativement manichéenne, nous fait considérer le jour et la nuit comme deux choses totalement déconnectées l’une de l’autre. De plus, la lumière, qui éclaire le jour, est vue comme vecteur d’intelligence et de progrès alors que l’obscurité de la nuit est vécue comme une source de peur et de danger.


 



A gauche : les allusions positives associées à la lumière, A droite : les superstitions associées à la nuit. Montage R. Sordello


 


La symbolique de la nuit dans notre culture renvoie en effet à la peur ancestrale du noir, à l’angoisse du vide et du silence et quelque part au côté obscure des choses dans tous les sens du terme (ténèbres, chaos, enfer, ...). Les chouettes, hiboux et chauves-souris, accueillis comme des représentants du diable et des signes de mauvais augures, ont longtemps pâti des projections négatives des humains - et pour certaines espèces en pâtissent encore.


A l’inverse, la symbolique de la lumière renvoie à du positif dans notre « logiciel de pensée ». On retrouve ainsi maintes expressions dans notre langage telles que « mettre quelque chose en lumière » (pour le mettre en valeur) ou par la négative « ne pas être une lumière » (pour dire de quelqu’un qu’il n’est pas très intelligent). C’est dans notre pays que le siècle de la raison et du progrès intellectuel est appelé « siècle des lumières » et c’est notre capitale que l’on qualifie de « Ville Lumière », rayonnant grâce à ses éclairages artificiels. Dans le bilan 2007-2012 de son Plan Climat, la Mairie de Paris écrit que « Les premiers résultats sur le secteur de l’éclairage public sont encourageants » mais que « La difficulté réside dans l’équilibre entre la réduction de l’empreinte carbone de l’activité et le maintien d’un niveau d’éclairement à l’image du rayonnement de la capitale. », montrant de façon claire une équation directe entre rayonnement réel et rayonnement symbolique ancrée dans notre inconscient collectif.


 


Une autre lecture est possible. Par exemple, la pensée chinoise, Taoïste notamment, repose sur la reconnaissance de deux principes, le Yin et le Yang. Aucun des deux n’est meilleur que l’autre de sorte que les deux se complètent et que chacun, même, engendre l’autre (symbole du « tàijí tú »). L’analogie du Yin et du Yang se retrouve dans toutes les choses et les êtres : le haut et le bas, le devant et le derrière, le chaud et le froid, le masculin et le féminin. La clef de l’équilibre et de l’harmonie réside alors dans le mariage de ces deux contraires. Il en est exactement de même pour le jour et la nuit. Il n’y a pas de nuit sans jour tout comme il n’y a pas de jour sans nuit. Jour et nuit se complètent et s’engendrent sans que l’un ne soit supérieur à l’autre. Éclairer la nuit c’est la transformer en jour et donc détruire au final, et la nuit et le jour.


 


Le temps qui passe et le temps qui cycle


Notre société a tendance à ne considérer le temps que sous forme linéaire. Pourtant, l’alternance du jour et de la nuit, et celle des saisons, factuellement, montrent clairement que le temps n’est pas que linéaire, il est aussi cyclique.


On peut en réalité représenter le temps :


- par une flèche qui avance, avec des évènements qui se succèdent et peuvent ainsi être chronologiquement classés les uns par rapport aux autres,


- par un cercle, où plusieurs phases alternent continuellement.


 


L’association de ces deux temps donne peu ou prou une hélice : certes chaque journée comporte un jour et une nuit mais chaque jour et chaque nuit sont différents des précédents.


A chaque commencement d’un nouveau cercle, le temps linéaire a progressé, un niveau est franchi.


Charge alors à nous d’utiliser le vécu du cycle précédent comme une expérience pour vivre le cycle qui suit avec un plus haut degré de conscience (et en corolaire, de responsabilité).


Le faisons-nous pleinement en ce qui concerne notre impact sur l’environnement ?


 


Prochainement, l'ensemble des 7 articles seront compilés dans un document unique, constituant le numéro 4 de la collection "Saga sur...", que vous pourrez trouver en téléchargement sur le site internet d'Humanité et Biodiversité. A très bientôt !

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À propos de l'auteur

Depuis 2012, j'apporte de mon temps et de mes compétences à l’association Humanité et Biodiversité (administrateur de 2012 à 2015), où je contribue au développement des Oasis nature et à l’approfondissement de plusieurs thématiques déjà portées de longue date par l'association H&B ex Ligue Roc (cohabitation avec les grands carnivores, considération des espèces dites « nuisibles », ...). Cet eng...

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