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Saga sur...le sol : une surface, un milieu, des ressources 4/7

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Publié dans
le 17.10.15
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La semaine dernière, nous avons vu que les sols en France, en Europe et dans le Monde subissent de très fortes pressions dues aux activités humaines. Aujourd'hui, dans ce nouveau volet, nous allons évoquer quelques solutions qui peuvent permettre de diminuer ces menaces.

IV. Sauver les sols

Du fait de leurs fonctions, sauver les sols est un véritable enjeu mondial pour l’Humanité. C’est en effet un gage en termes de sécurité alimentaire, d’approvisionnement en eau, de lutte contre le changement climatique, de fourniture d’énergie renouvelable, de santé publique ou encore de protection de la biodiversité.

Actuellement, nous importons des sols pour compenser la dégradation des sols européens. L’Europe vit ainsi à crédit concernant les sols et c’est notamment le cas de la France qui, en 2004, a importé plus de 50 million d’hectares de sol contre 17 millions d’hectares exportés [1]. Mais il est encore temps de stopper la dégradation des sols et certains sols peuvent même être restaurés.

Concernant la biodiversité des sols par exemple, en refavorisant les bonnes pratiques, la faune du sol peut se reconstituer. Cette réparation peut en revanche être très longue : pour les vers de terre, il faudrait compter 5 à 10 ans pour restaurer leurs populations car leur cycle de reproduction est très lent ! La récupération d’un sol tassé est aussi envisageable, cela dépend du sol et du degré de tassement. Certains sols à textures sablo-argileuse sont très durs à récupérer mais d'autres sols peuvent se restructurer naturellement grâce au redémarrage de l’activité biologique (lombrics).

Nous allons maintenant faire un focus sur deux grandes menaces que sont la consommation des surfaces et la pollution des sols.

> Ménager le territoire pour stopper l’hémorragie de consommation d’espace et d’artificialisation

Il est primordial de réduire notre consommation de l’espace qui artificialise régulièrement des surfaces considérables au bénéfice d’infrastructures grises et au détriment des sols. L’association Humanité et Biodiversité possède une jolie formule pour résumer cet enjeu, en parlant de « ménagement du territoire » au lieu d’ « aménagement du territoire ». La notion d’aménagement du territoire laisse en effet penser que le sol est une denrée inépuisable et modelable à souhait par l’Humanité alors que la notion de ménagement fait clairement référence à un bien précieux qu’il faut manipuler avec précaution voire ne pas « maltraiter ».
Un sol artificialisé (bétonné) est un sol détruit à la fois pour la faune du sol mais aussi pour toute la faune et la flore superficielle qui utilise le sol comme support. Compte tenu des fonctions du sol dans la régulation des cycles, l’artificialisation des sols est aussi responsables de l’augmentation de la température de l’air, notamment en ville par la création d’ilots de chaleur, car les matériaux de construction modifient l’équilibre normalement assuré par l’évapotranspiration des végétaux. L’artificialisation, via l’imperméabilisation, supprime également le cycle naturel de l’eau ; et c’est ainsi qu’une ville peut se retrouver en état brutal d’inondation lors de forts orages car l’eau, qui normalement s’infiltre dans le sol, stagne sur le béton après avoir rapidement saturé les voies d’évacuation artificielle.
Par essence, l’artificialisation n’est pas un phénomène irréversible : un sol imperméabilisé depuis des décennies peut théoriquement être réhabilité s’il n’est pas pollué. En revanche, dans les faits, la désartificialisation des sols est très rare.

> Retrouver des sols sains sans pollution

Que faire d'un sol pollué ? Il est d’abord possible de "contourner le problème" en donnant à ce sol une seconde vie qui ne soit pas impactée par le polluant. Par exemple en implantant sur un sol contaminé des cultures qui n’utilisent pas les molécules polluantes et dont la consommation n’aura pas donc pas d’impact sur la santé mais cela reste risqué !

Mais pour dépolluer en tant que tel un sol, il n’existe en revanche que des solutions partielles comme notamment :
- le décapage pour retirer la partie de sol polluée,
- le recours à des végétaux, c’est la phytoépuration ou la phytoextraction.
Ces méthodes permettent en effet de décontaminer le sol, mais elles restent des palliatifs à l’heure actuelle car elles ne font que délocaliser la pollution : la terre décapée reste polluée et dans les végétaux épurateurs les polluants sont stockés mais non neutralisés. Des perspectives positives s’ouvrent néanmoins dans le recyclage de ces végétaux extracteurs, pour la filière bois-énergie ou pour la chimie moléculaire. Mais l’export de terre et de végétaux représente un coût très important et il n’existe pas non plus de végétaux extracteurs de tous les polluants. La dépollution des sols reste donc pour le moment quelque chose de très compliqué et de très couteux. A l’échelle européenne, la Commission européenne estime qu'elle couterait 38 milliards d’euros [2]

Qui paye la réhabilitation des sols ?

Sur le plan juridique, une dépollution est de la responsabilité du détenteur ou du propriétaire du déchet, donc du polluant. S’il n’existe plus, c’est le propriétaire du terrain où se situe le déchet qui doit dépolluer, à condition qu’il ait eu un comportement favorisant cette pollution. Sinon c’est la collectivité (donc le contribuable) qui paye.. On appelle alors « réhabilitation des sites orphelins » la dépollution des sols pollués ou potentiellement pollués nécessitant une action des pouvoirs publics car le responsable est défaillant (introuvable, insolvable, ...).

Ces sites orphelins sont référencés sur la base de données BASOL du Ministère de l’écologie conçue en partenariat avec l'ADEME, le BRGM, l'INERIS et l'IRSN. En octobre 2015, 6288 sites y sont référencés dont plus d’un millier en Rhône-Alpes et près de 700 en Nord-Pas-de-Calais. Parmi ces 6288 sites, 730 sont traités et libres de toute restriction et 2988 sont traités sous surveillance et/ou restriction d’usage [3].

Le coût de cette réhabilitation des sols orphelins est très conséquent : il s'élevait à 470 millions d’euros en 2010 après avoir plus que doublé en 10 ans [4]. L’ADEME, sur les 20 dernières années, a conduit 420 interventions sur 245 de ces sites, pour un budget de 8,2 millions d’euros en 2007 et qui se situe désormais plutôt autour d'une vingtaine de millions d’euros ces dernières années [5].

Réhabilitation des sites pollués en France en 2009

La semaine prochaine, à travers le nouveau volet de cette Saga intitulé "V. Les hommes s’organisent pour étudier, préserver et restaurer les sols", nous feront un petit tour d'horizon des acteurs, programmes, évènements consacrés aux sols. En attendant, vous pouvez prolonger ce numéro en visionnant la vidéo ci-dessous sur la dépollution des sols par les végétaux. Vous pouvez également consulter avec le lien plus bas, un site animé, créé par le BRGM (Bureau de Recherches Géologiques et Minières, qui est le service géologique national français), sur la pollution des sols (procédé, solutions, ...)

=> Voir le prochain volet de cette Saga


Références citées :

[1] Lugschitz B., Bruckner M., Giljum S. (2011). Europe’s global land demand. Sustainable Europe Research Institute. 36 pages. Disponible sur : http://seri.at/wp-content/uploads/2011/10/Europe_Global_Land_Demand_Oct11.pdf

[2] COMMISSION EUROPÉENNE (2010). Les sols : une ressource essentielle pour l’Union européenne. Disponible sur : http://ec.europa.eu/environment/archives/soil/pdf/factsheet_2010_fr.pdf

[3] Ministère de l’écologie. Base de données BASOL. Consultée le 16/10/2015. Disponible sur : http://basol.developpement-durable.gouv.fr/tableaux/home.htm#origine_action

[4] COMMISSARIAT GÉNÉRAL AU DÉVELOPPEMENT DURABLE (2012). La dépense de réhabilitation des sites et sols pollués en France. Le Point sur. Numéro 142 de Septembre 2012. 4 pages. Disponible sur : http://www.upds.org/images/stories/actualites/chiffres_r%C3%A9hab_SSP_sept2012.pdf

[5] ADEME (2015). Sites & Sols pollués à responsable défaillant. L'intervention de l'ADEME en pratique. 12 pages. Disponible sur : http://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/site-pollues-responsables-defaillant-8208.pdf

Autres références utiles :

COMMISSARIAT GÉNÉRAL AU DÉVELOPPEMENT DURABLE (2013). Basol : un panorama des sites et sols pollués, ou potentiellement pollués, nécessitant une action des pouvoirs publics. Études & documents N°97 de Novembre 2013. Disponible sur : http://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/fileadmin/documents/Produits_editoriaux/Publications/Etudes_et_documents/2013/ed97-sols-pollues-05112013.pdf

Dossier spécial "Sites et sols pollués, Le grand nettoyage". In: La Recherche. Numéro 493. Novembre 2014. Disponible sur : http://www.presse.ademe.fr/wp-content/uploads/2014/10/RECHERCHE-ADEME-SOLS-TaPart.pdf

Vignette : Phytoépuration. Photo Apetitspas, Wikimedia Commons

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À propos de l'auteur

Depuis 2012, j'apporte de mon temps et de mes compétences à l’association Humanité et Biodiversité (administrateur de 2012 à 2015), où je contribue au développement des Oasis nature et à l’approfondissement de plusieurs thématiques déjà portées de longue date par l'association H&B ex Ligue Roc (cohabitation avec les grands carnivores, considération des espèces dites « nuisibles », ...). Cet eng...

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