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Un nouveau barrage hydroélectrique dévastateur en Guyane ?

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Publié dans
le 02.12.14
Barragepetitsaufw

Cayenne / Guyane Française / le 1er décembre 2014

Notre majorité régionale a choisi de détruire des pans entiers de notre patrimoine naturel, l’une des dernières forêts anciennes en bonne santé de la planète :

Le Président de Région, souhaite brûler 40 000 ha de forêt pour faire de la biomasse à grande échelle (1), Héléne Sirder, déléguée à l’environnement, soutient le projet d’un second barrage, 3 fois plus étendu que celui de Petit-Saut, et enfin, Carol Ostorero déléguée aux ressources naturelles, pèse de toute son influence pour que notre économie soit prise en mains par des multinationales minières (Auplata détient déjà 75 000 ha de permis et titres miniers, 100 000 ha pour Newmont Mining, Colombus Gold 19 000 ha, Iamgold…)

Quid du second barrage : les inititateurs semblent vouloir créer l’affolement en annonçant 180 000 habitants en 2020 sur le littoral !  Ils justifient ainsi leurs projets insensés ! Or, ce barrage répond seulement à la demande en énergie des compagnies minières citées plus haut mais aussi aux contrats d’énergie entre EDF le géant Eletrobras au Brésil, qui ne peut plus, politiquement, imposer de barrages destructeurs dans son pays (Cf Belo Monte).

En aucun cas, ces mega-projets ne viendront améliorer le quotidien des Guyanais. Ce mardi, à la CCIG, les scientifiques d’EDF, indépendants (sic), ont avoué n’avoir pas pris en compte les changements climatiques annoncés par les climatologues du GIEC – (à savoir de longues saisons sèches et des pluviométries bien moindres sur l’Amazonie) !

Pire encore ! On a pu apprendre à la conférence que les rejets en gaz à effet de serre (CO2)  d’un tel barrage sont bien plus importants, à moyen terme, qu’une centrale thermique ! Ces rejets nocifs du barrage deviennent identiques seulement au delà de 72 ans de fonctionnement du barrage (eu égard à une centrale Fuel) !
En d’autres termes, après 20 ans de fonctionnement, notre barrage est bien plus nocif pour la planète, qu’une centrale thermique même aussi obsolète que celle de Dégrad-des-Cannes , et le restera encore des dizaines d’années  ! Nous sommes donc bien loin des schémas idéalistes que les lobbies de l’énergie ont bien voulu nous faire croire !

Ce second projet de barrage en terme d’impact : c’est détruire plus de 100 000 ha de forêts primaires qui n’ont même pas été inventoriées en terme de biodiversité et de chimio-diversité, (diversité moléculaire, médicaments et cosmétiques, à forte valeur ajoutée), c’est accepter de voir disparaitre 100 000 ha de grumes valorisables par les 60 métiers de la filière bois, c’est voir disparaÎtre 100 000 ha de terres agricoles potentielles…

Un barrage de ce type répond rarement à une problématique environnementale ou sociétale ; il s’agit en fait de ce qui est qualifié en Europe de « Grands Projets Inutiles et Imposés » (GPII) et dictés par les lobbies du BTP et de l’énergie.

Plutôt que de dépenser l’argent public dans la création de barrages non adaptés au relief  du département, il faut orienter nos efforts vers des énergies renouvelables, dont il est prouvé qu’elles sont créatrices d’emplois pérennes  et sans conséquences néfastes pour nos descendants.

Dans l’urgence présumée, notre option énergétique est donc la construction d’une nouvelle centrale thermique optimisée, capable de nous faire gagner 15 à 20 ans ; le temps, espérons-le, de permettre à EDF et à une équipe responsable de la Région Guyane, de développer et offrir un avenir à sa jeunesse, via une économie raisonnée, durable et équitable.

Il est inconcevable que la richesse de cette biodiversité, fruit de millénaires d’évolution, soit détruite en une génération.

(1) La biomasse, telle qu’elle est gérée dans l’usine de Kourou, a un bilan positif parce qu’elle est constituée de déchets de scierie, dégâts de coupe et déforestations agricoles. En effet, le CO2 produit par la combustion du bois est compensée par le CO2 absorbé par les arbres durant leur croissance. Par contre, il est gravement néfaste si l’on opte pour un approvisionnement des usines à partir de bois directement prélevés dans les forêts : la production de Co2 pour la coupe, le transport et le bilan écologique génèreraient un ratio alors défavorable. Mais surtout, quid de ces forêts primaires destinées à devenir du vulgaire combustible ??

(2) La presse en parle :
Guyaweb : site d'information en ligne :
http://www.guyaweb.com/actualites/news/societe/le-barrage-des-grands-sots/

http://raoni.com/actualites-806.php
http://raoni.com/actualites-826.php

Commentaires

0
2014-12-02 09:44:48 +0100

Une fois de plus les intérêts de quelques uns passent avant l’intérêt général. Ce n'est pas nouveau. Ce qui l'est est qu'il faut sans doute une mobilisation des habitants sur place pour que cela cesse

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2014-12-03 09:50:13 +0100

En 1994 et 1995, plus de 300 km2 de forêt équatoriale ont été noyés pour mettre en eau le barrage EDF de Petit-Saut, implanté sur le fleuve Sinnamary (3.500.000.000 m3) d'une puissance de 115 mégawatts.

L'étude d'impact n'avait pas pris en compte un phénomène encore inconnu à l'époque : la production de gaz à effet de serre - méthane et CO2 - sur la retenue et la diffusion de méthane résiduel en aval…
Notre association a souligné combien "l’impact du barrage du Petit Saut est énorme en terme de destruction et fragmentation de l’habitat."

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2014-12-17 21:47:42 +0100

Une récente étude brésilienne sur les barrages hydroélectriques vient d’être mise en exergue grace à un article du site d’information indépendant Guyaweb intitulé : « La fausse durabilité des barrages en Amazonie ».
On y apprend entre autre :
- « les barrages en milieu amazonien (tel que celui de Petit-Saut en Guyane), établis sur des reliefs faibles, ennoient de larges zones de forêt primaire, entraînant des émissions massives de gaz à effet de serre (GES), essentiellement du méthane. Ainsi, les chercheurs ont calculé que si l’ensemble des barrages envisagés devaient voir le jour en Amazonie, leurs émissions de GES représenteraient 172% des émissions brésiliennes liées aux énergies fossiles en 2010 ».

  • « En parallèle, les chercheurs rappellent que les productions électriques de ce type déclinent inévitablement du fait de la sédimentation au niveau des turbines. Ils notent par ailleurs que les prédictions d’impact des changements climatiques indiquent une baisse attendue de la pluviométrie, et par conséquent de la productivité potentielle de ce type d’ouvrage ».

  • Les auteurs montrent du doigt la chute de la production par les barrages en saison sèche et estiment que le photovoltaïque coûterait « 30 à 40% moins cher dans le contexte amazonien que l’hydroélectricité issue de gros ouvrages »

  • En conclusion, les « chercheurs insistent sur le besoin d’un changement de perspective politique, réellement tourné vers des solutions innovantes et modernes. Une rupture avec les vieux mythes liant production hydroélectrique et bonne santé économique, basés sur des suppositions erronées mais encore répandues, est aujourd’hui nécessaire ».

Maiouri Nature Guyane se réjouit que la propagande engagée ces derniers mois par la Direction d’EDF Guyane pour faire accepter l’inacceptable se voit enfin contredite par une argumentation technique, humaniste et progressiste, loin de toute considération d'intérêts économiques lobbystes (BTP, Energie ...)

Lire la suite sur Guyaweb :
http://www.guyaweb.com/actu...

L’étude brésilienne en anglais est disponible ici :
http://www.mdpi.com/1996-10...

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À propos de l'auteur

Maïouri Nature Guyane s'attache à intervenir en fonction de ses moyens humains et financiers sur les atteintes à notre environnement et à la santé publique qui nécessitent une action ou une réaction urgente (enquête publique, pollution ponctuelle, atteinte directe au patrimoine faunistique et floristique...). Ses préoccupations sont surtout dirigées vers la limitation de la libéralisation ...

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