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Un rapport spécial du GIEC : l’humanité épuise les terres

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Publié dans
le 08.08.19
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Les experts de l’ONU avertissent sur la surexploitation des ressources, qui menace la sécurité alimentaire, appauvrit la biodiversité et amplifie les émissions.

"L’humanité doit mieux cultiver son jardin, pour sa sécurité alimentaire et le climat, recommande le nouveau rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat?–?le Giec, sous l’égide des Nations unies, publié ce jeudi 8 août.

Des forêts naturelles protégées, le maintien des cultures vivrières, la réduction du gaspillage alimentaire, des surfaces dédiées à la production de l’énergie limitées… Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) rend son rapport sur les mesures environnementales à prendre pour limiter le réchauffement climatique public ce jeudi 8 août. De quoi s’agit-il et à quoi va-t-il servir??

1. Sur quoi porte ce rapport??

Sur la manière dont les hommes utilisent les terres. Et ses conséquences sur l’équilibre de la planète tout entière. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat?–?le Giec, sous l’égide des Nations unies?–?a analysé les publications scientifiques sur cette relation vitale.

Son rapport est rendu public aujourd’hui, quelques mois après le document spécial sur un réchauffement planétaire à 1,5?°C. Un «?résumé?» destiné aux pays engagés dans l’accord de Paris sur le climat, signé en 2015, a été adopté, hier. Les représentants des 195 États auraient âprement discuté chaque ligne…

2. Pourquoi est-il important??

Parce que les terres sont centrales dans la lutte contre la crise climatique. Elles sont à la fois le problème et la solution. Un sol couvert d’une végétation dense et variée, comme une forêt, absorbe naturellement du CO2, l’un des gaz à effet de serre qui réchauffent l’atmosphère. Les écosystèmes terrestres (sols et forêts) ont ainsi capté 30?% des émissions de CO2 ces dix dernières années. À l’inverse, les productions agricoles, pour l’alimentation et le chauffage, surtout les monocultures intensives, en produisent tout autant.

Sans une meilleure gestion de la terre, c’est le «?cercle vicieux?», assure Jane Rickson, spécialiste de l’Université de Cranfield, au Royaume-Uni?: «?L’augmentation des températures et des fortes précipitations aggravera les glissements de terrain, l’érosion des sols, le compactage de la terre, les pertes de matière organique et de biodiversité…?»

Les conséquences sont connues. Les terres deviennent moins fertiles, la sécurité alimentaire est menacée. Certains experts prédisent une hausse du prix des céréales de près de 30?% d’ici à 2050. Or, 821 millions de personnes souffrent déjà de la faim, dans le monde.

3. Que préconise le Giec??

Pour faire simple?: que l’humanité cultive mieux son jardin. Des forêts naturelles protégées, des cultures vivrières plus variées et moins gourmandes en eau, contribueraient à limiter les dérèglements climatiques. Les oreilles du président brésilien Jair Bolsonaro doivent siffler?: la déforestation record de l’Amazonie, enregistrée en juillet, est l’exemple parfait de ce qu’il ne faut pas faire. À l’inverse, ce rapport renforcera de belles initiatives, comme celle de ces agriculteurs britanniques qui, pour conserver l’humidité de leurs tourbières, cultivent de la sphaigne, sorte d’éponge végétale.

Parmi les autres recommandations, le Giec insiste sur la réduction du gaspillage alimentaire. Près d’un tiers de la production agricole mondiale est actuellement jetée à la poubelle. Enfin, il faudrait limiter les surfaces dédiées à la production de l’énergie (comme les champs d’huile de palme transformée en carburant) qui empiètent sur les cultures vivrières. Et réduire notre appétit pour la côte de bœuf, grosse émettrice de méthane.

4. Les politiques entendront-ils ce rapport??

C’est la question. Ce sont des choix difficiles et longs. Des scientifiques ont calculé qu’il faudrait convertir un demi-milliard d’agriculteurs à des pratiques plus respectueuses…"
Source : https://www.ouest-france.fr/environnement/climat/climat-pourquoi-les-experts-du-giec-se-focalisent-sur-la-maniere-dont-les-hommes-utilisent-les-6473202?utm_source=of_alerte-generale&utm_medium=email&utm_campaign=of_alerte-generale&utm_content=20190808&vid=24668

Coprésidente du groupe de travail sur les sciences du climat du GIEC, la paléoclimatologue française Valérie Masson-Delmotte retient « l’intérêt et la qualité du travail, empreint de gravité, réalisé par les délégués de tous les pays, sans aucune tension, crise ou clash ». Elle y voit le signe de « la prise de conscience, partout dans le monde, des enjeux d’une transformation profonde de l’usage des terres ».
Ce rapport délivre quelques grands messages, indique-t-elle. « Il montre à quel point les terres sont sous pression humaine, le changement climatique ajoutant une pression supplémentaire. Il montre aussi que notre gestion des terres fait à la fois partie des problèmes et des solutions. Mais il insiste également sur le fait que ces solutions ont des limites : elles ne peuvent remplacer une action rapide et ambitieuse pour réduire les émissions de gaz à effet de serre dans tous les autres secteurs. »
source : https://www.lemonde.fr/planete/article/2019/08/08/l-humanite-epuise-les-terres-selon-le-dernier-rapport-du-giec_5497654_3244.html

Commentaires

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2019-08-08 19:54:00 +0200

Réagissant au rapport, la ministre française de la transition écologique, Élisabeth Borne, a écrit sur Twitter : « Lutte contre l’artificialisation des sols, développement de l’agroécologie, meilleure gestion de l’eau : il n’est pas trop tard pour agir, et c’est ce que nous continuerons à porter avec détermination. Nous aurons besoin de la mobilisation de tous pour changer la donne. »

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2019-08-08 20:27:38 +0200

Que du bon sens, les rapports du GIEC sont répétitivement alarmants, mais toujours avac des solutions. Des solutions loin d'être inaccessibles mais que, pour le moment, les politiques ne semblent pas avoir la volonté de mettre en œuvre.
C'est bien triste, plus que dommage, et alarmant aussi.

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À propos de l'auteur

ex-directeur de Laboratoire INRA, économiste, ex président de l'institut de recherche économique et sociale, ex membre du bureau du CNIS, négociateurs des Grenelles de l'environnement et de la mer, membre du CEDD et de la CNDP. Vice-président d’Humanité et Biodiversité.

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