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Vie et mort d'une ferme œuvrant pour la biodiversité

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Publié dans
le 15.11.19
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Comment le système s'emploie à détruire 30 ans de travail au services de l'homme et de la nature

La Ferme Conservatoire de Leyssart œuvre depuis 30 ans à la sauvegarde des races menacées et rend, grâce à ses troupeaux, de nombreux services aux territoire. Convaincus que l'agriculture à un rôle social et environnemental à jouer, elle à su construire un système d'exploitation hors norme pour des races autrefois voués à la disparition. Un travail à contre courant de l'évolution voulue par l'agriculture industrielle, un travail de pionnier malheureusement dangereusement menacé par l'incompréhension et la bêtise.

Tout commence en 1987, lorsque quelques porcs gascons arrivent sur cette petite ferme située entre Dordogne et Gironde (Aquitaine). Révolté par la disparition des races domestiques, fruit de milliers d'années de sélection par des générations de paysans, la ferme servira de refuge pour de nombreuses races anciennes, qu'elle s’emploiera à multiplier et à étudier. C'est en effet une facette de la biodiversité bien souvent oubliée que les 59 races de moutons, 43 races de vaches et nombreux cochons, chèvres et volailles de France. Chacune de ses races possède des caractéristiques, et une influence sur le milieu naturel qui lui est propre. Le rôle de la ferme n'est bien entendu pas de toute les rassembler pour les conserver comme dans un musée, mais de participer à la sauvegarde et à l'étude de celles qui sont adaptée à la région naturel sur laquelle elle est implantée. A ce titre, le Conservatoire des Races d'Aquitaine est crée en 1991 et restera longtemps lié à la Ferme Conservatoire de Leyssart, leurs actions ayant souvent été confondues. Outre le porc Gascon, les équins et les nombreuses volailles, la ferme se focalisera sur la sauvegarde de deux races de moutons (Landaise et Rouge du Roussillon de souche Marty), deux races de vaches (Béarnaise et Lourdaise) et une race de chèvre (Pyrénéenne).

La propriété étant trop réduite pour accueillir un nombre aussi important d'animaux, l'exploitation expérimentera le pâturage itinérant dès 1994. Le principe est simple : les troupeaux pâturent sur des terres inutilisées, rendant ainsi service aux propriétaires en nettoyant leur terrain d'une manière parfaitement écologique. En plusieurs décennies de pâturage par des races anciennes, la métamorphose de certaines parcelles à été extraordinaire : ouverture du milieu, diversification de la flore, apparition de nombreuses espèces rares et d'importance patrimoniale. Le travail des animaux diminue également le risque d'apparition d'incendies dans un département qui est le premier du pays en matière de départ de feu. Ces races rustiques sont capables d'ingérer des végétaux ligneux, leur croissance lente leur permettant d'avoir des besoins alimentaires plus réduits. Ce système est toujours utilisé par la ferme à l'heure actuelle et permet l'entretien de 3000 ha de milieux naturels. Concrètement, les troupeaux sont déplacés deux fois par jour, soit contenus à l'intérieur de filets amovibles, soit gardés par un berger. Le pâturage itinérant permet le maintien du métier de berger et des savoirs faire pastoraux, mais aussi la valorisation des petites ressources du territoire (glands à l'automne, herbes en bordure de route…). En outre, il s'agit du seul moyen de conserver le caractère rustique de ces races (sélectionnées pour les transhumances et le plein air intégral).

Brebis Landaises au pâturage

Les troupeaux serviront à de nombreuses expérimentations d'écopastoralisme, par exemple dans le camps militaire de Souge, en coopération avec le Conservatoire d'Espaces Naturels d'Aquitaine. Ce type d'expérimentation montre que les pratiques pastorales anciennes et la préservation de l'environnement peuvent être liés. Précisons que l'entretien des terrain est gratuit pour les propriétaires, il s'agit donc d'un service considérable rendu à la communauté en matière de maintient de la biodiversité mais aussi et surtout pour ce qui est de la lutte contre les incendies.
Dans le même temps, la ferme s'investit sur le plan social, convaincu que l'homme est lié à l'animal et qu’œuvrer pour la biodiversité, c'est aussi œuvrer pour l'homme. C'est ce qu'écrit Dominique Massoubre dans les années 2000 :

« Nos systèmes d'élevages demandent beaucoup de temps et de personnel et il s'oppose à une tendance moderne qui voudrait voir les animaux s'élever seuls sur de grands espaces qu'ils entretiendraient. Il s'agit souvent de la conception de non agriculteurs, de personnes qui cherchent honnêtement une solution à la déprise agricole. Nous pensons que les résultats de telles conceptions resteront très limités du moins avec la plupart des races ovines. Et puis nous pensons que l'élevage à un rôle social beaucoup plus important à jouer. Dans nos sociétés européennes, comme presque partout dans le monde, les hommes ont passé un temps considérable à s'occuper des animaux qui étaient présents partout. Ils ont imprégné nos manières de voir et de sentir. Leur disparition a engendré un vide surtout pour les générations transitoires. Nous pensons que pour certaines personnes qui se sentent peu de place dans notre société ou qui y éprouvent un malaise, le travail et le contact quotidien avec les animaux peut être une solution. On pourrait dire en plaisantant  « les animaux sont notre meilleur lien culturel avec la nature » »

Race Rouge du Roussillon, souche Marty

Ainsi, entre 1987 et aujourd'hui, la ferme accueillera plus de mille personnes, bénévoles, stagiaires et employés, pour transmettre les savoirs faire pastoraux, la méthode du pâturage itinérant et pour développer la connaissance des races menacées. Parmi ces personnes, des individus en difficulté sociale, psychique et mentale, qui ont pu retrouver une dignité par le travail et le contact avec la nature.

Malheureusement, le travail de la Ferme Conservatoire n'est pas compris par tout le monde. Malgré l'engouement général pour les méthodes d'écopastoralisme et pour la conservation des races anciennes, cette exploitation pionnière est aujourd'hui gravement menacées. Depuis plusieurs années, elle est victime d'un assassinat économique de la part d'une administration malveillante. Victime également d'un lynchage médiatique de la part de pseudo défenseurs des animaux, jugeant de façon superficielle, incapables de comprendre les méthodes de cette ferme hors norme. Le troupeau de vaches à déjà été confisqué par les services de l'état, enfermé dans un enclos exigus ou 40 d'entre elles sont mortes, incapable de s'adapter à la captivité après une vie passée en plein air ! Les moutons et les chèvres risquent fort de subir le même sort, sans un salvateur retournement de situation. Privée des aides PAC, attaquée de toute part, l'équipe résiste contre vents et marrées. Jusqu’à quand ?
Dans un monde ou l'agriculture industrielle est toujours plus puissante, il n'est pas facile d'être à contre courant. La destruction de cette ferme exceptionnelle ne serait elle pas finalement politique ? Quoi qu'il en soit, on ne peut que déplorer que les pouvoirs publics permettent et même encouragent la destruction d'un cheptel rendant gracieusement autant de services au territoire, en entretenant, rappelons le, 3000 ha de milieux naturels, diminuant ainsi les risques de départ d'incendies sur un département fortement touché et permettant le maintient d'espèces et de races d'intérêt patrimoniale.

Face à ce déferlement de mensonges, de haine et de malveillance, un groupe à été crée pour aider le créateur de la ferme de Leyssart à rétablir la vérité et à pérenniser l'exploitation: le comité de soutien à Dominique Massoubre. En trente ans de travail, une dernière étape n'a encore pas été franchie : la réintégration et la valorisation de ces races anciennes dans l'agriculture moderne. Pour y parvenir, l'idée d'une société coopérative est envisagée. Comme toujours, les esprits motivés et passionnés sont les bienvenus à Leyssart pour atteindre cette dernière étape !

Commentaires

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2019-11-20 17:01:52 +0100

ON ne comprend pas bien ce qui est reproché à cet éleveur !?

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À propos de l'auteur

Basé en gironde, nous préservons depuis 1987 des races domestiques menacées de disparition.

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