La Charte d'Humanité et Biodiversité

Humanité et Biodiversité est l'héritière de la Ligue ROC qui, depuis 1976, s'est illustrée dans la protection du patrimoine naturel, la défense de l'animal être sensible, celle des droits des non- chasseurs et, finalement, de la biodiversité, sous la Présidence de deux visionnaires, Théodore Monod et Hubert Reeves. En changeant de nom, elle a voulu exprimer l'essentiel : l’humanité fait partie et dépend de la diversité du vivant, le destin de l’une est lié à celui de l’autre.

Humanité et Biodiversité entend donc contribuer avec force à sauver la diversité du vivant. La présente Charte explicite ce but et cette conviction, elle expose les méthodes auxquelles l'association entend recourir pour y répondre.
 
ARTICLE 1ER : LA DIVERSITE DU VIVANT, UN CAPITAL IRREMPLAÇABLE
Le vivant est divers. Deux millions d'espèces ont été recensées mais il y en a bien davantage. Chacune ne survit que par ses relations avec les autres et avec les milieux où elles vivent et cette diversité d’espèces et d’interrelations est un gage d'adaptation, une « assurance vie » pour l’avenir. La diversité du vivant est le fruit de l'évolution, qui dure depuis des milliards d'années et qui a engendré des innovations par myriades, que nos laboratoires ne sauraient reproduire. La diversité du vivant est ainsi une « épargne » héritée du passé, un « capital naturel » qui bénéficie à la planète tout entière et à nous-mêmes. Et c'est une épargne qui produit des « intérêts » car l'innovation du vivant se poursuit, préparant le futur.
 
ARTICLE 2 : HUMANITE ET BIODIVERSITE, DES LIENS INDISSOCIABLES
L'espèce humaine est un élément de la biodiversité, elle en dépend. Les plantes fabriquent l'oxygène que nous respirons ; nos aliments sont issus d'êtres vivants. Certaines espèces nous menacent parfois mais d'autres nous protègent. Si notre espèce est, plus que d'autres, pensante, les autres êtres vivants ont inspiré nos traditions, nos rêves et nos mythes. Ils sont sources d'idées pour nos inventions. Les animaux, les plantes, nous émeuvent et contribuent à notre bonheur.

Mais l'Humanité dispose de moyens considérables pour influencer les milieux de vie. Elle peut les anéantir, les stériliser ou du moins les appauvrir ; elle peut faire disparaître des espèces. Ces pouvoirs lui confèrent une responsabilité : la biodiversité et ses potentialités d’évolution dépendent aussi de nous, pour le bien futur de nos descendants.

Mais c'est aussi l'ensemble des êtres vivants qui a le droit d'avoir des descendants et de continuer à évoluer. L'Humanité a donc la responsabilité de protéger le vivant, non seulement pour les avantages que nous en attendons mais aussi pour lui-même.
 
ARTICLE 3 : L’EFFONDREMENT ACTUEL DE LA BIODIVERSITE, UN ENJEU MATERIEL ET MORAL
L'espèce humaine semble depuis peu s'isoler du reste du vivant, tant matériellement que spirituellement, et s'enfermer dans un univers artificiel où elle règne, ou croit régner, seule : c'est là une grave crise morale car l'indifférence à la souffrance et à la disparition des autres espèces n'est pas compatible avec son appartenance à la biodiversité.
La dégradation des écosystèmes, la surexploitation de certaines espèces et la pollution provoquent une catastrophe sans précédent : des centaines d’espèces s'éteignent chaque année ou sont réduites à quelques individus ; même les espèces communes voient souvent leurs effectifs chuter de façon spectaculaire.
C'est un peu comme si l’humanité préparait sa propre faillite, engloutissant en quelques générations notre épargne commune, accumulée pendant des milliards d’années. En même temps, l'expérience sensible du vivant tend à disparaître, en particulier du fait de l'urbanisation ou de l’intensification et la standardisation agricole. La connaissance documentaire de quelques espèces, l'attachement à certaines d'entre elles ne doivent pas cacher la grande rupture : le vivant a perdu ce qu’il avait de familier, de quotidien; d'ailleurs, le sort des centaines de millions d'animaux élevés dans des conditions inacceptables ou des centaines d'espèces qui s'éteignent n'émeut pas la majorité de nos contemporains.
 
ARTICLE 4 : LES POLITIQUES DE PROTECTION DE LA NATURE NE SUFFISENT PLUS
Le plus inquiétant est que cet effondrement se produit en dépit d'efforts qui n'ont rien de dérisoires. De nombreuses zones protégées ont été créées, des lois et des conventions internationales défendent la protection de nombreuses espèces. Télévision, cinéma, tourisme s'intéressent aux animaux sauvages.
Pourtant, le déclin de la biodiversité s'accélère et le gouffre qui sépare l'humain du vivant s'élargit : quelque chose fait défaut dans les choix qui ont été menés jusqu'à présent. Ainsi, l'on s'approche sans doute d'un seuil irréversible, où une partie trop importante du vivant aura disparu sans qu’il soit possible de la reconstituer. Mais ce seuil n'est sans doute pas encore atteint.
 
ARTICLE 5 : IL FAUT D'URGENCE RECONSTITUER LE CAPITAL VIVANT DE LA PLANETE
Nous devons favoriser la reconstitution du capital vivant de la planète et léguer son incroyable potentiel aux générations futures. La protection de quelques espèces ou de quelques zones a été une première réaction utile, mais la biodiversité ne survivra pas dans des zones trop fragmentées ; le brassage des populations, leurs migrations, leur évolution future exigent des espaces plus vastes. Et le vivant ne se limite pas à quelques espèces spectaculaires ; outre les tigres et les éléphants, des dizaines de milliers de plantes, des millions de microorganismes contribuent à la dépollution, à la fabrication d'oxygène et à la fixation de gaz carbonique : c'est ce que l'on appelle les "services écologiques". Les nouvelles politiques du vivant doivent donc aller au-delà de la "conservation" pour reconstituer le tissu vivant de la planète ; il faut penser grand et pour cela prendre en compte la diversité du vivant dans notre agriculture, dans nos jardins, dans nos villes, dans nos choix d’aménagement, dans nos choix industriels et commerciaux, en clair dans toutes nos activités.
Ces objectifs ambitieux, Humanité et Biodiversité entend y contribuer.
 
ARTICLE 6 : LES LIENS ENTRE L'HUMANITE ET LA BIODIVERSITE DOIVENT ETRE RENOUES
Le vivant comprend des êtres sensibles. Même si leur sensibilité n'est pas toujours identique à la nôtre, nous pensons que l'Humanité doit, sans mièvrerie mais avec conviction, la respecter : élevage, chasse, milieux de vie "épanouissants", les thèmes à traiter s'imposent d'eux-mêmes. Mais, au-delà, il est fondamental de restaurer une relation, affective et philosophique, entre l'espèce humaine et les autres espèces, de même qu’il est nécessaire de permettre à tous un accès facile et équitable aux espaces naturels.
 
ARTICLE 7 : CES OBJECTIFS AMBITIEUX SUPPOSENT DES POLITIQUES NOUVELLES, PREPAREES PAR LE DIALOGUE ET GARANTISSANT L'EQUITE
Dans le passé, la protection de la biodiversité a trop exclusivement été recherchée par des lois imposant des contraintes à des populations peu ou mal préparées, en tout cas insuffisamment associées à leur élaboration. Désormais, le dialogue démocratique est évidemment un préalable. Mais il ne suffit pas.
Même largement discutées, pour que les gens adhèrent à des règles, encore faut-il qu'elles soient équitables. La protection des ressources marines ne peut reposer sur la diminution des revenus des seuls pêcheurs ; des parcs naturels agréables à l'œil des citadins ne sont pas acceptables au prix de l'appauvrissement de leurs habitants ; on n'empêchera pas l'abattage des forêts équatoriales si leurs habitants n'ont aucune perspective économique ; et la lutte contre les pollutions agricoles ou les élevages concentrationnaires ne sera efficace qu’en tenant compte des enjeux sociaux et des aspects économiques.
Le dialogue et le souci de l'équité sont donc indispensables. Mais ils risquent d'être stériles si des idées très pratiques ne viennent pas montrer qu'il est possible de concilier restauration de la biodiversité et activités humaines. La recherche scientifique doit produire des propositions pragmatiques. La pensée économique et juridique doit fournir des méthodes pour répartir les efforts et récompenser ceux qui supportent les contraintes les plus lourdes ou ceux qui sont le plus exemplaires.
 
ARTICLE 8 : NOTRE MISSION ORIGINALE EST DE FAIRE NAITRE DES IDEES ET DE CONTRIBUER A DES SOLUTIONS DEMOCRATIQUES ET EFFICACES
Si nous voulons, comme d'autres organisations, faire connaître l'importance de la diversité du vivant et convaincre de la nécessité de la sauvegarder, notre mission la plus originale est de contribuer à l'adoption de solutions pratiques et efficaces.
Cette contribution passe d'abord par l'élaboration d'idées. Humanité et Biodiversité cherche à faire preuve de créativité : elle fait appel aux idées les plus récentes de la science (sciences humaines comprises), du droit, de l'économie et à l’expérience de terrain. La contribution de notre association s'appuie sur ses convictions : elle ne propose rien qui ne donne lieu d'abord à un débat démocratique. Elle se demande toujours quelles sont les populations humaines qui souffriront ou, au contraire, bénéficieront des actions en faveur du vivant ; elle cherche à en déduire des politiques équitables. Ces idées, proposées à ceux qui veulent bien en débattre, ne sont pas figées ; elles évoluent au contraire en fonction des discussions auxquelles elles contribuent. Enfin, s'agissant d'un enjeu aussi crucial, les idées ne doivent pas seulement être produites et mises en circulation : il faut les introduire dans les processus de décision, au niveau local, régional, national ou international. Ces processus de décisions doivent faire la place à tous les acteurs au sein d’une gouvernance partagée.
 
ARTICLE 9 : NOTRE ASSOCIATION SE DOTE DES MOYENS DE PRODUIRE CES IDEES, DE LES SOUMETTRE AU DEBAT ET DE LES PRESENTER AUX NIVEAUX CLES DES PROCESSUS DE DECISION
La vocation principale dHumanité et Biodiversité n'est donc pas la gestion mais la participation au débat d'idées et l’action de plaidoyer, ce qui suppose des moyens adaptés.
Au niveau national, nous disposons d’un Comité d’orientation constitué d'experts aux compétences variées : écologues, naturalistes, généticiens, sociologues, économistes, juristes, géographes, philosophes etc. Ces experts sont bénévoles et travaillent en toute liberté ; il leur est seulement demandé de travailler ensemble et dans l'esprit de la Charte ; le conseil d'administration ou l'assemblée générale valident et amendent régulièrement leurs propositions.
Les idées ainsi élaborées sont introduites dans le débat public par des publications, des conférences, des participations aux travaux lancés par les pouvoirs publics, des partenariats avec des acteurs privés de tous types et tous autres moyens adéquats. Humanité et Biodiversité, sans renoncer à ses spécificités, saisit toutes les occasions de collaboration avec d’autres Organisations Non Gouvernementales parce qu'elle est convaincue que ses idées gagneront toujours à être enrichies par d'autres qui partagent ses principales convictions.
Une fois consolidées, les propositions de notre association doivent être mises en avant : outre les actions de communication classiques, Humanité et Biodiversité considère de son devoir d'être présente de façon active et concrète dans le débat sociétal : instances de concertations créées par les pouvoirs publics, dialogue avec toutes les parties prenantes concernées, rencontres avec le public...
 
ARTICLE 10 : DES IDEES CONNECTEES AU TERRAIN ET UN ENGAGEMENT POSSIBLE POUR TOUS
Humanité et Biodiversité doit également disposer d'une capacité d'expertise et de réflexion au niveau régional ou local : c'est un moyen de nourrir les débats nationaux par une appréhension concrète des réalités de terrain ; de plus, une partie des décisions se prennent localement. C’est pourquoi des actions de terrain contribuent à ancrer ses propositions dans la réalité : de façon limitée et bien ciblée, l'association s'engage donc en faveur d'aires protégées, d’espèces en danger, lutte contre des aménagements destructeurs ou participe à certaines manifestations...
Par ailleurs, parce que la biodiversité est l’affaire de tous, Humanité et Biodiversité développe avec ses adhérents volontaires un réseau d’Oasis nature, espaces favorables à la nature pour contribuer à créer une mosaïque accueillante sur tout le territoire. Dans le même esprit Humanité et Biodiversité anime une communauté d’internautes engagés.
Nos modes d’actions supposent des moyens financiers d'un montant limité mais qui doivent être suffisants. Toutefois, Humanité et Biodiversité, dans la recherche de ses ressources, veille scrupuleusement à ne pas limiter son indépendance.
 
Humanité et Biodiversité exprime donc une interdépendance de fait qui doit redevenir un lien désiré et désigne une association dont le nom est aussi un programme.
 
Charte validée par le Conseil d’Administration le 21 septembre 2011.
 
Humanité et Biodiversité
 
 
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