"Services écologiques", entrée économique

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On entend parler de plus en plus fréquemment des « services écologiques » rendus par la biodiversité, et la sphère économique s’est elle même saisie du sujet. Faut-il vraiment raisonner en ces termes et quel est l’intérêt de la notion ? Voici une première approche.

Services écologiques, kèsako ?

On peut définir sommairement la biodiversité comme l’ensemble du vivant, y compris les éléments de l’environnement qui en permettent le maintien : dans cette optique il s’agit en somme des espèces et des milieux qui les accueillent. Cette biodiversité incroyablement riche génère, pour les êtres humains, un large ensemble d’avantages dont nous profitons quotidiennement. Il peut s’agir de la fourniture de biens et de matériaux comme le bois, les tissus, les produits de l’agriculture ou encore les molécules employées dans l’industrie pharmaceutique. On peut en rapprocher les sources d’énergie fossiles, comme le charbon, issu de processus de décomposition organique intervenus au cours des âges préhistoriques et notamment du « carbonifère » qui donne son nom à cette matière. Mais il peut s’agir également de fonctionnalités diverses comme l’épuration de l’eau, de l’air, la constitution de sols arables, la lutte contre l’érosion ou encore la prévention de catastrophes naturelles comme les inondations ou les glissements de terrains. Pour qualifier cette très large palette d’avantages que les humains tirent des écosystèmes, on parle bien souvent de « services écologiques », ou parfois de « services écosystémiques » pour bien relier le bénéfice de ces prestations et le maintien de milieux en bon « état de marche ».

De la « valorisation » des services ?

Les services écologiques ont été décrits au cours des dernières années dans plusieurs rapports officiels. On peut en citer deux : l’ « Evaluation des écosystèmes pour le millénaire » (ou MEA), menée dans le cadre des Nations Unies et rendue publique en 2005, et l’étude du Conseil d’Analyse Stratégique (CAS) sur les « approches économiques de la biodiversité » (2009). Ces études sont frappantes en ce qu’elles se proposent de fournir, jusqu’à un certain point, une appréciation économique monétaire de la valeur des services rendus par les écosystèmes. Dans le rapport du CAS, par exemple, il est estimé que les forêts métropolitaines rendent des services à raison de 970 euros par hectare et par an. La démarche n’est pas si novatrice en soi, certains économistes ayant même tenté de se livrer à une appréciation économique globale des services à l’échelle de la planète : l’américain Robert Costanza évaluait leur valeur à 33.000 milliards de dollars dans les années 90, soit deux fois le PIB mondial. Mais cette étude a été critiquée de toute part depuis lors, comme étant nettement sous-évaluée.

Limite et intérêt de cette démarche

La démarche présente plusieurs limites, notamment sur le plan éthique. A l’évidence on ne peut pas tout « valoriser » ou monétiser, car certains services, supports fondamentaux de la vie, sont bien trop précieux pour pouvoir seulement être évalués. Le MEA parle à cet égard de services de soutien et d’entretien, dont relèvent par exemple la pollinisation des végétaux, la formation des sols ou la captation du gaz carbonique. D’un autre point de vue, il est difficile d’apprécier monétairement des valeurs plus suggestives, mais non moins fondamentales, comme le plaisir qu’on tire à contempler un beau paysage : c’est la problématique de ce que les économistes appellent les « valeurs hédonistes ».

Cependant cette approche peut offrir des possibilités intéressantes en termes de politiques publiques, notamment sur le front économique. On pourrait en effet s’appuyer sur la notion de services pour  fixer le montant de prélèvements fiscaux (notamment pour ce qui concerne les redevances perçues en échange d’une occupation du domaine public, ce domaine public produit des services pour lequel le bénéficiaire devrait payer une redevance), pour instaurer des servitudes moyennant rémunération (on fixe des modalités de gestion respectueuse de l’environnement contre rémunération pour les services rendus) ou pour instituer des politiques de solidarités territoriales entre territoires (un système de taxes de solidarité permet de faire rémunérer les communes qui préserve leur territoire par l’ensemble des collectivités qui en profitent).

Il est également possible d’exploiter cette notion pour organiser des flux économiques internationaux en direction des pays en voie de développement désireux de protéger leur propre biodiversité, comme c’est le cas avec l’ « échange dette nature » ou les concessions écologiques. Enfin il n’est pas exclu de pouvoir instaurer, sur la même base, des mécanismes de marché « intelligents » et dûment encadrés, comme cela peut être le cas avec les « banques de compensation » qui connaissent un succès certain dans les pays anglo-saxons.

Si elle ne constitue donc pas une panacée, l’idée de « services écologiques » peut fournir le support de solutions vertueuses, tout en facilitant la prise de conscience de la valeur intrinsèque de la biodiversité auprès d’un public de décideurs économiques jusque-là plus attaché aux espèces sonnantes et trébuchantes qu’à la protection de la vie. Le débat est ouvert.

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