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Dans "ethnies": un texte de Hubert Reeves

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Publié dans
le 28.04.12
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 Ouvrir une ère nouvelle sur Terre: celle du respect de la diversité des Terriens.

 

Les peuples indigènes sont nos contemporains dans le monde. Eux et nous sommes des Terriens sur la même planète qu’il faut garder accueillante au vivant. Alexis Tiouka mène des actions d’une grande dignité pour les peuples autochtones et l’on peut reprendre la définition qu’il en donne en s’appuyant sur  le droit international :

«… le terme « autochtones » désigne des groupes culturels spécifiques dont la relation avec la terre ou territoire est antérieure à la colonisation ou à la création d’un Etat moderne et qui maintiennent des traditions et des institutions uniques en ce lieu».

 

Avant l’arrivée des premiers « conquérants » ou  de « colons », les territoires étaient peuplés d’humains vivant de chasse, de cueillette mais aussi d’agriculture avec des manifestations culturelles fort diverses. Cependant les nouveaux venus ont voulu « civiliser »  donc imposer leur mode de vie importé de leur pays d’origine…

 

Tout Canadien sait que son gouvernement n’est pas un chaud partisan de droits sur les territoires ancestraux et sur leurs ressources naturelles que réclament les peuples autochtones. Le problème est le même en France. Mais c’est en France, dans le cadre de l’action que j’ai choisi de mener pour la préservation de la biodiversité dont l’humanité fait partie et dépend, que le sort des Amérindiens a davantage attiré mon attention et cela lors du Grenelle de l’environnement qui aborda les périls écologiques et les méthodes de gouvernance.

C’est ainsi que le problème de l’orpaillage en Guyane fut abordé. Il nécessite la déforestation et l’utilisation de produits hautement toxiques. Il a été le révélateur du problème qui se pose à la fois aux autochtones de Guyane et aux espèces non humaines dans la forêt primaire. Leurs sorts me sont apparus étroitement imbriqués.

Ailleurs, d’autres objectifs agricoles aboutissent au même constat.

Trop de peuples souffrent de la déforestation, laquelle est souvent encouragée par les gouvernements qui favorisent les plantations de soja (Brésil) et du palmier à huile (Indonésie, Bornéo).

 

La lutte contre la déforestation est indissociable du soutien aux peuples autochtones et vice-versa. La forêt leur offre ses ressources.

Détruire la forêt, c’est les condamner. Ne pas permettre aux Amérindiens de vivre de la forêt, c’est les déposséder et déposséder la forêt de ses défenseurs naturels car  si elle est encore là, c’est qu’ils y sont aussi.

Reconnaître que les zones où vivent les peuples indigènes sont encore de superbes forêts tropicales, avec leur flore et leur faune intactes, en quelque sorte 'défendues' par les populations qui y résident et en vivent

Un territoire commun non morcelé par la propriété privée, sur lequel vivent ensemble, humains et autres espèces, c’est la biodiversité dans sa plénitude, sans surpopulation humaine, un modèle culturel viable.

 

Humains, végétaux et animaux, ont leur sort indissolublement lié.

Cette grande interdépendance que les pays occidentaux semblent avoir oubliée, les peuples autochtones nous la rappellent et nous leur en sommes redevables.

Ils nous font ouvrir les yeux sur nos problèmes (en particulier sur l’érosion de la biodiversité et le réchauffement climatique dont notre civilisation est responsable et dont ils pâtiront eux aussi). Il serait de bonne justice de les ouvrir sur les leurs.

 

Notre civilisation a choisi d’accumuler les prouesses technologiques. Tous  les « ambassadeurs » de ces 350 millions de personnes dans le monde qui souhaitent développer leur  propre modèle social et culturel  utilisent  Internet et les courriels, résultat de nos recherches, de notre savoir-faire, différent du leur.  Ils savent reconnaître ce que notre civilisation moderne invente d’intéressant. Le dialogue est possible.

La diversité des civilisations permet à chacune de s’inspirer des autres, d’en adapter le contenu à ses propres objectifs.

Construire ce dialogue des cultures, c’est une méthode prometteuse. Elle est faite de respect des différences, et de la volonté de trouver  un accord  dont chacun sera satisfait.

Il faudrait  tout simplement nous ouvrir les uns aux autres puisque nous sommes tous Terriens sans planète de rechange. Accroître la solidarité intra et interspécifique est l’objectif.

Le défi est à relever.

 

Hubert Reeves

Commentaires

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2012-04-29 14:13:32 +0200

Les destins de l'Homme, des animaux et des plantes sont indéniablement liés, mais une des problématiques majeures concerne la "transition": bien souvent, et un peu partout dans le monde des populations, pour des raisons économiques, cèdent à la pression et dégradent l'environnement, parfois de façon dramatique; le problème qui se pose est:
Comment trouver des solutions durables pour les aider à trouver des moyens de vivre décemment sans détruire l'environnement?
Car les situations sont très différentes en fonction des caractéristiques géographiques, du climat, des lois locales, de la culture, des ressources...
Néanmoins, le substrat étant commun, existe-t-il des outils transversaux permettant de mieux appréhender la question, quelle que soit la région?

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2012-04-30 11:33:54 +0200

Très bel article, il faut protéger ces populations, et préserver leur droit de vivre selon leurs propres coutumes, ne pas faire passer les intérêts économiques des autres avant la vie de ces populations. C'est un véritable problème, force est de constater qu'il est difficile de faire comprendre à tous que nous n'avons effectivement pas de planète de rechange, et qu'il y a urgence.

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2013-07-02 12:28:15 +0200

Un défi à relever, certes, mais d'une taille et d'un poids très conséquent. Un des problèmes est la terre originelle de ces peuples, certains gouvernements ( cas de la Tanzanie pour les Hadzabés ) est bien sûr la réduction de leur territoire à une peau de chagrin, ne leur permettrant plus de chasser suffisamment ni de collecter suffisamment pour se nourrir. Bien souvent il y a une volonté gouvernementale et politique. Bien des ONG propose à ces gens de s'intégrer à la société via une activité agricole, c'est un mauvais combat. Dans le cas que je mentionne, il s'agit de khoisans ( ou presque ) leur présence sur la terre tanzanienne a sûrement 80.000 ans et depuis, ils vivent de chasse( à l'arc ) et de collecte avec toute une culture idoine. Il ne veulent pas de ce progrès qui profane leur mémoire collective. Les Hadzabés sont propriétaire maintenant d'une petite zone territoriale, mais très insuffisante alors que des milieux proches ( quelque km ) sont adaptés à leur survie, à 2500 euros l'hectare, je tente d'en acquérir pour eux, mais dans ce but, les autorités sont très réticentes à la vente. Je crois que c'est un problème généralisé à la surface de la terre .

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À propos de l'auteur

Humanité et Biodiversité, est une association loi 1901, reconnue d’utilité publique, agréée au titre de la protection de la nature. Elle est actuellement présidée par Bernard Chevassus-au-Louis, et Hubert Reeves est devenu son actif président d'honneur. Humanité et Biodiversité mène une action de plaidoyer et d'influence pour faire émerger dans la société les défis posés par l’érosion d...

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