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Des solutions fondées sur la nature pour lutter contre le changement climatique

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Publié dans
le 14.01.16
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Fin 2015 nous avons beaucoup parlé de la COP 21 et du climat
2016 commence sous l'angle de la biodiversité, avec l'arrivée de la loi biodiversité au Sénat le 19 janvier prochain.

Mais tout cela est lié, et comme notre Président Bernard Chevassus-au-Louis le disait récemment à la Ministre de l'Ecologie "La loi biodiversité est à considérer comme faisant partie de la même séquence que celle de la COP. Avant la COP, la loi énergie et la stratégie nationale bas carbone, après la COP la loi biodiversité et la relance de la stratégie nationale biodiversité. Tout cela vise le même objectif: faire baisser les pressions que nous faisons subir à la biosphère et qui nous mettent en difficulté".

S'il est besoin de vous convaincre encore de ces liens climat/biodiversité, voyez ces solutions fondées sur la nature pour lutter contre les dérèglements climatiques.

  • Les solutions fondées sur la nature pour lutter contre le changement climatique sont les solutions qui valorisent le rôle des écosystèmes dans les stratégies, plans et programmes d’atténuation et d’adaptation aux effets du changement climatique et qui privilégient le génie écologique (conservation du bon fonctionnement écologique ou restauration des écosystèmes) par rapport au génie civil (construction d'infrastructures et de bâtiments). Dans le monde, les écosystèmes naturels absorbent environ la moitié des émissions de CO2 générées par les activités humaines chaque année.
  • L'atténuation du changement climatique consiste à agir sur les causes du changement climatique en réduisant directement les émissions de gaz à effet de serre. Les écosystèmes terrestres et marins jouent un rôle important dans le cycle global du carbone : s’ils sont préservés, ils font office de puits et de réserves de carbone. En captant et stockant le carbone, ils contribuent ainsi à l’atténuation des changements climatiques.
  • L'adaptation au changement climatique vise à réduire les conséquences néfastes du changement climatique, les anticiper, voire permettre l'exploitation d'opportunités créées par le changement climatique. Des écosystèmes préservés ont un effet tampon sur le climat et réduisent les risques et les impacts des événements extrêmes tels que les tempêtes, les avalanches ou les inondations, dont la fréquence et l’intensité vont être accentuées par les changements climatiques.

La végétalisation urbaine pour limiter le phénomène d'îlot de chaleur

La conséquence la plus évidente du changement climatique est l'augmentation de la température moyenne sur Terre. L'institut météorologique britannique estime, en effet, que la température aura augmenté de 1°C par rapport à l'ère pré-industrielle à la fin de l'année 2015. Ce réchauffement est déjà perceptible et se manifeste notamment par des îlots de chaleur urbains. Il s'agit d'élévations localisées des températures, particulièrement des températures maximales diurnes et nocturnes, enregistrées en milieu urbain par rapport aux zones rurales ou forestières voisines ou par rapport aux températures moyennes régionales.
Pour combattre ce phénomène, de plus en plus de villes entament un processus de végétalisation. Orléans a, par exemple, mis en place des îlots de fraicheur et cherche à se restructurer sur le modèle d'une "ville-jardin". Les arbres influent sur le degré d'humidité locale et tempèrent les variations extrêmes du climat en dégageant de la vapeur d'eau dans l'atmosphère par le processus d'évapotranspiration. Leurs feuilles interceptent, absorbent et reflètent la radiation solaire et ainsi réduisent l'intensité du rayonnement et la chaleur qui en résulte. En période estivale, les arbres autour d'un immeuble créent un ombrage sur le bâtiment et permettent de maintenir des températures plus fraîches.

Des dunes naturelles pour limiter les risques d'érosion et de submersion

Selon les travaux du GIEC, le changement climatique entraînera également un renforcement des phénomènes extrêmes comme les tempêtes, l'érosion côtière et les submersions marines. En Aquitaine, le trait de côte a reculé de 5 à 20 mètres en 2014 (contre 1 à 3 mètres en moyenne) en raison des tempêtes successives entre 2013 et 2014. Parallèlement, le niveau de la mer continue d’augmenter (20 cm depuis 1870), ce qui accentue son avancée dans les terres. Ainsi, au cours de l’hiver 2013-2014, les 240 kilomètres de la côte sableuse, qui constituent la majeure partie du littoral aquitain, ont été fortement érodés. L’Office National des Forêts a donc mis en place des programmes de maintien des dunes naturelles. Grâce à la végétation qui retient le sable et stabilise le sol, les dunes naturelles permettent de lutter contre l'érosion et protège les zones basses de la submersion. Par ailleurs la préservation des dunes naturelles peut s'avérer plus efficace, moins cher, plus durable, et une politique plus intégrée que la construction de digues artificielles qu'il faudrait rehausser chaque année à mesure de la montée du niveau de la mer entraînée par le changement climatique. Des études récentes confirment, d'ailleurs, le rôle protecteur des dunes en Aquitaine en mettant en évidence que les habitats naturels les plus diversifiés sont ceux qui ont le mieux protégé la côte des tempêtes.

Revitaliser les tourbières pour atténuer et s'adapter au changement climatique

Le changement climatique va de paire avec une augmentation des gaz à effet de serre et notamment de dioxyde de carbone. Une des manières d’atténuer les effets du changement climatique est de stocker ce dioxyde de carbone en constituant un puits de carbone. Il s’agit d'un réservoir, naturel ou artificiel, de carbone qui absorbe le carbone de l'atmosphère.
Des tourbières en bonne santé constitue, par exemple, des puits de carbone importants. Elles ne couvrent que 3 % des terres mais contiennent deux fois plus de carbone que les forêts. Dans la région du Salzkammergut en Autriche le projet MoorClim vise à restaurer des tourbières dégradées. Des mesures de revitalisation (digues en bois dans des fossés d'écoulement) ont permis de ralentir l'écoulement des eaux de pluie de façon à pouvoir s'adapter au changement climatique et en même temps d'atténuer le changement climatique en protégeant ou restaurant la fonction de puits de carbone des tourbières.

Crédit Photo © JP. Gulia

Commentaires

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2016-01-16 15:02:07 +0100

Et, bonne nouvelle (de début 2015):
Selon de nouvelles données satellitaires, en Europe, le puits de carbone de la végétation, en particulier les forêts, est plus grand que prévu
http://www.atmos-chem-phys....

Mais mauvaise nouvelle (de fin 2015)
Le réchauffement en cours peut modifier le fonctionnement des forêts tropicales (et des forêts en général) http://www.pnas.org/content...

Et (rappel de 2014) il provoque une mortalité plus importante des arbres les plus gros, ceux qui stockent le plus de carbone extrait de l’atmosphère. (ils sont parfois éliminés par la déforestation et leur absence, quelle qu'en soit la cause, est préjudiciable au climat futur). http://sciences.blogs.liber...

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À propos de l'auteur

Humanité et Biodiversité, est une association loi 1901, reconnue d’utilité publique, agréée au titre de la protection de la nature. Elle est actuellement présidée par Bernard Chevassus-au-Louis, et Hubert Reeves est devenu son actif président d'honneur. Humanité et Biodiversité mène une action de plaidoyer et d'influence pour faire émerger dans la société les défis posés par l’érosion d...

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