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Eclairages nocturnes / 2: Espèces animales perturbées

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Publié dans
le 04.08.12
Hibou-grand-duc

La lumière artificielle qui rend la nuit moins noire a des incidences importantes sur la faune.

Les insectes

Les papillons. L’éclairage urbain est néfaste pour certains insectes nocturnes et en particulier pour les papillons. La présence permanente de lumière perturbe les cycles physiologiques comme l’alimentation, la reproduction et la ponte. Les lampes à vapeur de mercure utilisées pour l’éclairage public sont particulièrement dangereuses : les rayons ultraviolets attirent les papillons qui tournent autour du lampadaire jusqu'à épuisement. De plus, la lumière attire également les prédateurs des insectes (amphibiens, reptiles, chouettes, et chiroptères) qui repèrent d’autant plus facilement leur proie.

Les vers luisants. L’abondance de la lumière artificielle annule l’effet fluorescent de la femelle du ver luisant et ne lui permet plus de se faire repérer par le mâle. L’absence de fécondation entraîne la disparition de l’espèce.

Les oiseaux

Les oiseaux des villes. Les oiseaux adaptés à la ville ont tendance à augmenter leur nombre de couvées par an. L’éclairage nocturne leur permet une recherche plus longue de nourriture et donc une accélération du rythme biologique. C’est le cas des étourneaux, pigeons, rouges-gorges et rouges-queues noirs. On constate aussi que certains oiseaux comme le rouge-gorge ou le merle chantent pendant la nuit du fait de l’éclairage.

Les oiseaux migrateurs

Dérive: Les oiseaux migrateurs utilisent les étoiles pour se guider, la Lune joue un rôle secondaire en éclairant le paysage. Face aux lumières artificielles de la ville, les oiseaux migrateurs se trouvent parfois désorientés. Ils discernent mal les étoiles auxquelles ils se fient pour migrer. Les zones éclairées les dévient de leurs routes, en les attirant ou en les repoussant. Les oiseaux migrateurs dépensent ainsi une énergie pourtant précieuse pour venir à bout d’un périple exténuant.

Epuisement: Les oiseaux migrateurs tournent autour des sources lumineuses comme les phares côtiers, les forages offshore ou encore l’éclairage des axes routiers jusqu'à épuisement :- Les phares côtiers provoquent des rassemblements d’oiseaux et sont la cause d’une mortalité spectaculaire lors des migrations.- L’imagerie satellite démontre clairement la part de pollution lumineuse produite par les complexes industriels et pétrochimiques ainsi qui les forages offshore. Or, pour ces derniers, les torchères provoquent une hécatombe parmi les oiseaux.- L’éclairage des axes routiers est aussi un danger : lors de la mise en route de l’éclairage du pont qui relie la Suède au Danemark en 2001, quelques milliers d’oiseaux migrateurs ont péri en une nuit. En France, la mise en lumière de la première section de l’autoroute A16 qui relit Dunkerque et Boulogne fut à l’origine d’un nombre anormalement élevé d’oiseaux morts aux abords de l’autoroute.

Les amphibiens

La lumière est un handicap pour les yeux des animaux nocturnes. Des expériences ont, par exemple, mis en évidence que des grenouilles ne parvenaient plus à distinguer proies, prédateurs ou congénères.

Les reptiles

La Floride est le site de reproduction principal pour la population atlantique de tortues caouannes. Les jeunes naissent en général la nuit sur la plage et se ruent vers la mer, attirés par sa brillance. Mais, déviées par les lumières artificielles du littoral, elles se retrouvent sur la route et meurent de déshydratation, d’épuisement ou écrasées sous les roues d’une voiture.

Les mammifères

Les chauves-souris. Sur les trente-trois espèces en France, seul le murin à oreilles échancrées tolère de la lumière dans son gîte. Les autres chiroptères désertent les clochers, les bâtiments, les cavités dès lors que les entrées ou sorties sont éclairées. De ce fait, certaines espèces ont totalement disparu des régions urbanisées.

Les petits prédateurs. Il faut cependant remarquer que les éclairages publics nocturnes ne semblent pas contrarier les mœurs du renard ou de la fouine, espèces qui n’ont pas une adaptation naturelle à la vie nocturne : pas de grands yeux, par exemple.

En réalité, les perturbations peuvent concerner beaucoup d’aspects de la vie des animaux, les déplacements, l'orientation, et des fonctions hormonales dépendantes de la longueur respective du jour et de la nuit. Sans oublier que les problèmes posés à une espèce ont des répercussions en chaînes sur celles qui lui sont écologiquement associées…

CONCLUSION

Bien sûr, il faudrait approfondir les relations entre les processus naturels et les méfaits de l’éclairage nocturne sur les espèces. Tout est sans doute question de niveau puisque la nature s’est accommodée de la pleine lune qui gomme la nuit. Mais cette pleine lune n’est que passagère… Il est fort probable que le niveau varie d’une espèce à l’autre.

Il faudrait donc déterminer le seuil d’alerte pour chaque espèce affectée par la lumière artificielle.

La conclusion, comme souvent, est un appel à la recherche pour déterminer les seuils de luminosité acceptables pour de moindres impacts sur les espèces. Il y aura ensuite à trouver les moyens d’y adapter l’éclairage nocturne…?En attendant, lutter contre le gaspillage énergétique et ses conséquences sur la biodiversité nous apparaît comme une nécessité.

Voir l'impact sur la flore: http://www.humanite-biodiversite.fr/document/eclairages-nocturnes-3-impact-sur-la-flore

Le dossier complet fut présenté par notre association au Symposium pour la défense du ciel nocturne, « Les processus naturels mis en place par l’alternance du jour et de la nuit », les 24 et 25 septembre 2004 à Paris. 

TÉMOIGNAGE
POLLUTION LUMINEUSE: HISTOIRE EDIFIANTE
À LA REUNION

C’est le hasard qui m’a fait m’intéresser au problème de la pollution lumineuse à La Réunion. C’est en effet de cette île de l’océan Indien que partait le bateau qui emmenait mon équipe étudier les oiseaux marins subantarctiques. En attendant le départ, nous observions l’arrivée des oiseaux venant du large. D’un coté, nous nous sommes vite rendus compte que cette île était beaucoup plus riche que l’on pensait puisqu’il s’y reproduisait deux espèces de pétrels rarissimes. De l’autre, nous avons découvert lors du recensement financé par le Conseil Général qui a suivi ce constat que des centaines de juvéniles de ces espèces qui n’existaient que là, s’envolaient chaque année pour la première fois vers la mer mais atterrissaient sous les lampadaires où ils étaient dévorés par les chats ! Programmés depuis toujours pour être attirés la nuit par les tâches lumineuses, c'est-à-dire jusqu’alors le reflet de la lune sur leur futur milieu de vie, leur instinct était trompé en particulier par les lumières des stades et il les envoyait à la mort…Comment intervenir alors que les colonies de reproduction étaient souvent inaccessibles, alors que les responsables qui auraient pu réduire les lumières nous prenaient pour des âmes trop sensibles envers ces oiseaux pour eux communs qu’il était de tradition sur cette île de manger ? C’est grâce au Muséum de St Denis que nous avons pu débloquer la situation. Il alerta les médias locaux à l’époque des envols, constitua un réseau d’enseignants qui donnaient rendez-vous à leurs élèves le soir sur les stades pour recueillir dans des boites en carton les jeunes oiseaux égarés. Quelques bénévoles répondaient aux appels téléphoniques pour organiser une tournée de ramassage des boites puis le lâcher des oiseaux devant la mer. La situation n’est évidemment pas totalement réglée – pas plus que ne le sera l’érosion de la biodiversité à l’échelle de la planète- mais en 10 ans des milliers de pétrels ont été sauvés ce qui a empêché ces deux espèces de disparaître. Quant aux adultes qui se moquaient de nous, ils sont aujourd’hui très fiers de leur patrimoine ornithologique car leurs enfants les ont éduqués !


Pierre JOUVENTIN - ?Pour plus de précisions : LE CORRE M., OLLIVIER A., RIBES S. & JOUVENTIN P. 2002. Light-induced mortality of petrels : a four year study from Réunion Island (Indian Ocean). Biological Conservation. 105: 93-102.


 


 

Commentaires

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2012-08-06 19:35:40 +0200

Le travail de nuit, des chiffres INSEE.
http://www.insee.fr/fr/them...
Au delà des chiffres, santé au travail et horaires décalés.
http://www.inrs.fr/accueil/...

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2012-08-06 19:52:43 +0200

Impact du travail nocturne sur des humains. Cela mériterait une publication s'ajoutant à celles titrées "Eclairages nocturnes" fournissant par ex les conclusions des travaux cités (INSEE, INRS)...

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2012-11-30 23:27:10 +0100

En complément:
http://www.lefigaro.fr/envi...

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À propos de l'auteur

Humanité et Biodiversité, est une association loi 1901, reconnue d’utilité publique, agréée au titre de la protection de la nature. Elle est actuellement présidée par Bernard Chevassus-au-Louis, et Hubert Reeves est devenu son actif président d'honneur. Humanité et Biodiversité mène une action de plaidoyer et d'influence pour faire émerger dans la société les défis posés par l’érosion d...

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